Travailleurs de la constructions tournés vers l'horizon

En ce 1er mai 2020, Journée internationale des travailleurs et des travailleuses, nous publions ce texte pour rappeler aux prolétaires du Québec et du Canada que l’avenir de leur classe ne réside pas dans la société bourgeoise actuelle, société au sein de laquelle leur valeur n’est pas reconnue, au sein de laquelle leur voix est enterrée et dans laquelle ils sont constamment foulés aux pieds par la classe dominante qui les exploite. En ce 1er mai 2020, rappelons-nous que le combat à venir, c’est le combat pour le pouvoir prolétarien!

Parmi tout ce que la « crise de la COVID-19 » a fait apparaître au grand jour, il y a le fait que la société bourgeoise repose entièrement sur le travail physique et concret du prolétariat. Plusieurs intellectuels clamaient pourtant depuis des décennies que les prolétaires et les ouvriers n’existaient plus dans les pays comme le Canada. Ces idéologues bourgeois affirmaient que l’exploitation d’une classe par une autre ne correspondait plus à la réalité contemporaine et que tout le monde se fondait désormais dans une sorte de marmelade confuse et homogène. Ils affirmaient aussi que le travail manuel avait été remplacé par le travail « immatériel » et autres inepties du même genre. Mais voilà : avec les mesures de confinement des dernières semaines, toutes ces affirmations se trouvent clairement réfutées par les faits. Dès le début de la crise, on a vu apparaître une division tangible, une division on ne peut plus nette entre les personnes qui, d’un côté, ont pu poursuivre leur occupation habituelle en faisant du « télé-travail » et celles qui, de l’autre côté, ont été privées de leur gagne-pain ou bien ont été obligées de continuer à se rendre physiquement sur leurs lieux de travail (puisqu’elles occupaient un emploi « essentiel »). Qu’est-ce que cela signifie? Cela veut dire que la division sociale du travail est encore bien réelle, mais aussi que le fonctionnement de la société repose encore et toujours sur l’action matérielle quotidienne d’une masse de prolétaires. Cette masse de travailleurs et de travailleuses compose encore, d’ailleurs, la majorité de la population (ce qui se confirme aisément lorsque l’on jette un œil aux statistiques disponibles), et ce, malgré tout le tapage que font régulièrement les artistes, les journalistes, les professeurs d’université et les « personnalités publiques » en tout genre pour nous convaincre que le cœur de la société, ce sont les gens comme eux. Le confinement a également mis en lumière la contradiction fondamentale de la société actuelle, celle entre la bourgeoisie et le prolétariat. Nous avons vu, en effet, que les événements réels qui surviennent dans la société affectent les gens d’une manière radicalement différente selon qu’ils font partie de la minorité de riches vivant de revenus tirés de leur capital et ayant en leur possession des réserves d’argent considérables, ou bien qu’ils font partie de la vaste majorité de gens modestes ou pauvres vivant du travail salarié et ayant peu ou pas d’épargne. Pour les bourgeois, qui n’ont aucune obligation de travailler pour vivre, le confinement ne représentait pas un grave problème. Pour les prolétaires, qui dépendent de leur salaire pour leur survie et qui n’ont pratiquement pas de marge de manœuvre en cas d’ennuis, le confinement signifiait l’insécurité économique, l’angoisse et l’appauvrissement.

Les faits sont difficiles à démentir (même si la petite-bourgeoisie est experte en la matière) et les idéologues qui niaient, il n’y a pas longtemps, l’existence de la classe prolétarienne et la réalité du travail physique et exploité devront se faire silencieux pendant un moment. En effet, l’actualité médiatique a été occupée pendant des jours – surtout au début de la crise – par la réalité de différents groupes de prolétaires et d’ouvriers, groupes occupant diverses fonctions au sein du grand procès social de travail qui produit la société telle qu’elle existe. L’économie constituant la base de la société, il va de soi qu’une réorganisation aussi importante de la vie sociale qu’un confinement généralisé ne pouvait pas être axée sur autre chose que sur la réorganisation des grands secteurs de la production et du travail : transport, fabrication, commerce, services publics et utilités publiques, etc. Au sein de ce vaste procès de travail, il a par exemple fallu distinguer ce qui était « essentiel » de ce qui était « non-essentiel ». Alors que les travailleurs et les travailleuses de certaines catégories ont dû cesser complètement leur activité, d’autres ont été obligés de rester en poste, par exemple pour assurer la production des aliments, pour assurer le maintien des chaînes d’approvisionnement ou encore pour faire fonctionner les hôpitaux et l’ensemble du réseau de la santé. On a bien vu que sans la continuité du travail concret de ces milliers de prolétaires, tout allait s’écrouler. On s’est d’ailleurs mis à voir plein de petits-bourgeois (lesquels, en temps normal, ne s’intéressent pas le moindrement à la réalité de la production et du grand procès de travail qui leur permet de vivre) affirmer sur les réseaux sociaux qu’ils portaient attention pour la première fois au travail des employés de magasins, des caissières, des camionneurs, des livreurs, etc. Plusieurs de ces petits-bourgeois en quête d’attention se sont mis à remercier, de manière ostentatoire, ces travailleurs et ces travailleuses. Évidemment, ce n’était que pour se donner bonne conscience et « se racheter » de les avoir ignorés pendant des années – ce qu’ils vont d’ailleurs bien vite recommencer à faire.

En temps normal, les travailleurs et les travailleuses ne font pas les manchettes et ne reçoivent pas d’éloges. En règle générale, leur réalité n’intéresse peu ou pas les médias. En effet, dans la société capitaliste, ce sont les personnalités qui ont accompli des « exploits » individuels qui sont mises sur un piédestal. Les gens qui sont encensés dans les médias, ce sont les sportifs bourgeois comme Laurent Duvernay-Tardif, les artistes fils-à-papa comme Xavier Dolan, les « entrepreneurs » à la Alexandre Taillefer, les activistes vedettes à la Dominique Champagne, les astronautes comme David Saint-Jacques, les chanteurs, les écrivains, les chercheurs universitaires, les aventuriers, etc. Si la société bourgeoise met ces personnalités de l’avant, c’est pour renforcer l’illusion que ce sont les individus qui produisent le monde et non les masses. Ainsi, la bourgeoisie cherche à véhiculer l’idée que certains individus particulièrement intelligents et talentueux ont tout bâti et ont tout construit, alors qu’en réalité, tout a été produit par le travail combiné de millions de prolétaires anonymes qui n’ont jamais demandé l’attention de personne. En fait, les « grandes personnalités » ne produisent à peu près rien du tout. Leurs « accomplissements » ne sont rien d’autre que le produit de l’activité des millions d’êtres humains qui les entourent et qui sont venus avant eux, produit qu’ils s’approprient pour briller, se construire une carrière, s’enrichir et surtout, ne pas avoir à travailler comme tout le monde. Souvent, ces personnes ont bénéficié de conditions matérielles extrêmement favorables qui leur ont permis de développer leurs « talents » et à présent, elles s’en servent pour parasiter la société, ce qui est d’ailleurs la seule chose qu’elles savent faire. En général, ces « héros » de la bourgeoisie regardent les prolétaires de haut et jugent leur vie bien trop « ordinaire » pour être digne d’intérêt. Pourtant, les véritables héros, ce sont les millions de travailleurs et de travailleuses sans histoire qui s’activent chaque jour pour apporter leur petite contribution à la vie sociale. Les vrais héros, ce sont ces millions de prolétaires qui prennent part quotidiennement au vaste processus collectif transformant le monde et améliorant le bien-être de l’humanité. En réalité, la chose la plus noble et la plus élevée qu’il soit possible d’accomplir, ce n’est pas l’obtention d’un doctorat, la réalisation d’une œuvre d’art, la victoire aux Jeux Olympiques, le fait d’être allé dans l’espace ou d’autres choses du même ordre. Au contraire, la chose la plus admirable qu’il soit possible de faire, c’est réaliser quotidiennement avec ses camarades une simple tâche parcellaire au sein du grand procès social de production et de travail qui permet à l’humanité de vivre. Prises séparément, ces tâches semblent à première vue n’avoir rien d’extraordinaire. Mais lorsqu’on les prend comme un tout, on saisit toute leur importance : on comprend que chacune d’entre elle est nécessaire à la reproduction de la société et que s’il n’y avait personne pour les accomplir humblement, la civilisation humaine s’effondrerait en un instant.

Cela dit, depuis le début de la crise, quelque chose d’anormal semble être en train de se passer. Alors que d’habitude, ce sont les « héros » de la bourgeoisie qui occupent toute la place dans les médias, on entend tout à coup parler des prolétaires et de leur rôle indispensable dans la société. Le premier ministre Legault, dès le début de l’état d’urgence sanitaire, a par exemple semblé vouloir exprimer une profonde gratitude envers les infirmières et les préposées aux bénéficiaires en se mettant à les appeler « nos anges gardiens ». Plus encore, lors de ses insupportables « remerciements du jour », il s’est mis à louer les efforts quotidiens de toutes sortes de catégories spécifiques de travailleurs et de travailleuses. Parmi les prolétaires encore au travail, presque tout le monde y est passé, du personnel des hôpitaux aux caissières de magasins, en passant par les livreurs et les camionneurs. Que s’est-il passé? Les rapports entre les classes ont-ils changé dans la société? Pas le moindrement. En réalité, la « glorification » de certaines catégories de travailleurs et de travailleuses à laquelle on a assisté dernièrement n’avait rien à voir avec une réelle reconnaissance, par la société bourgeoise, de leur contribution. La bourgeoisie, qui exploite les prolétaires à l’année longue, n’a pas commencé au mois de mars dernier à se soucier de la vie des travailleurs et des travailleuses. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que l’exécutif gouvernemental bourgeois, à travers ces remerciements et ces louanges hypocrites, cherchait simplement à favoriser l’obéissance et la soumission des prolétaires qu’il envoyait au travail malgré les risques associés au virus, un peu comme un général chante l’honneur et la gloire des soldats qu’il envoie se faire sacrifier comme de la chair à canon sur le champs de bataille. Nous pouvons être certains d’une chose, c’est que sous le gant de velours du premier ministre se cache une main de fer. D’ailleurs, parallèlement à son discours « plein de gratitude envers les prolétaires », François Legault accusait de manière à peine voilée les masses populaires d’être responsables de la propagation du virus. Il a notamment accusé gratuitement, dès les premiers jours, les jeunes prolétaires de ne pas écouter les consignes. Plus tard, il a laissé entendre de manière implicite que le chaos dans le réseau de la santé était en partie causé par l’absentéisme des travailleuses du réseau, présumant que plusieurs d’entre elles étaient parties non pas pour des raisons de santé mais simplement parce qu’elles avaient peur (ce qui serait tout de même parfaitement compréhensible et ne constituerait en rien la cause des problèmes auxquels nous assistons). Mais son mépris de classe s’est révélé de manière manifeste lorsqu’il a laissé sous-entendre que les médecins spécialistes allaient pouvoir effectuer sans aucune difficulté (et sans aucun entraînement) le travail des infirmières et des préposées aux bénéficiaires, tout en ajoutant, sur un ton plein de condescendance envers les prolétaires assurant l’entretien des installations du réseau de la santé, « [qu]’on ne leur demande pas [aux médecins spécialistes] de laver le plancher dans les CHSLD ». Ne nous méprenons pas : les remerciements de l’État bourgeois envers les travailleurs et les travailleuses ne servent à rien d’autre qu’à les encourager à se sacrifier pour sauver le Capital. Soyons assurés que la situation reviendra bien vite à la normale, que les masses laborieuses seront à nouveau ignorées par les médias et que l’ensemble des prolétaires qui auront déployé des efforts incroyables pour vaincre le virus seront complètement oubliés par le gouvernement. Comme l’a si bien résumé une camionneuse interviewée sur les ondes de Radio-Canada au début de la crise : « Avant, on était des moins que rien. Maintenant, on est devenus des héros. Mais dans pas longtemps, on va redevenir des zéros. » Tel est le sort réservé aux prolétaires sous le capitalisme : alors qu’ils constituent la majorité de la population et qu’ils sont ceux qui permettent à la société de fonctionner, ils sont méprisés et leur voix est complètement étouffée par la bourgeoisie.

C’est seulement lorsque le prolétariat détiendra le pouvoir que le mépris dont il fait l’objet prendra fin et que les travailleurs et les travailleuses seront appréciés à leur juste valeur. Sous le socialisme, le travail réalisé par les prolétaires et les ouvriers sera honoré réellement et en permanence. Cette glorification ne sera d’ailleurs pas qu’en paroles : elle se traduira aussi matériellement dans la mise en place de toutes sortes de mesures pour améliorer le bien-être des masses laborieuses et pour rendre leur vie plus facile. Des mesures seront également mises en place pour favoriser la participation du plus grand nombre de prolétaires aux décisions politiques et économiques. Les institutions qui seront érigées auront toutes pour fonction de servir le peuple. Finalement, toutes les décisions seront prises en fonction des intérêts des travailleurs et des travailleuses plutôt qu’en fonction d’une minorité de parasites comme c’est le cas sous le régime bourgeois. Cette société socialiste, elle est devant nous, elle est à venir. Il n’en tient qu’à nous, prolétaires, de lutter pour sa réalisation!