Montage d'architecture diverses teintée en rouge

Le discours suivant a été prononcé le 1er octobre dernier lors du lancement de notre livre « Le Nouvel Idéalisme : Comment le postmodernisme sert les fins du capital». Veuillez noter que le livre est présentement en vente tous les samedis à la Maison Norman Bethune. Le texte du livre est également disponible en intégralité sur le site des Cahiers canadiens du matérialisme historique.

Dans les dernières années, on a vu éclater des scandales à propos de ce qu’on appelle « l’appropriation culturelle », les « climats de travail toxiques », le « racisme systémique », les « micro-agressions », etc. On a vu la politique de l’identité et les idéologies petites-bourgeoises dominer l’actualité. À présent, toutes les semaines, on entend parler des « woke », de la « culture du bannissement », du dogmatisme des étudiants universitaires. Les travailleurs se questionnent et cherchent à se positionner. Mais personne ne leur fournit les armes adéquates pour comprendre.

Les idéologues réactionnaires indignés en profitent pour cibler l’extrême-gauche. Ils sèment la confusion. D’abord, la nouvelle « gauche » qui domine n’a rien à voir avec l’extrême-gauche authentique qui est l’héritière de Marx, de Lénine et du mouvement communiste du 20e siècle. Mais surtout, les aberrations qu’ils pointent du doigt n’appartiennent pas à une chapelle politique précise. Elles n’appartiennent pas à l’un des deux côtés de la joute politique bourgeoise traditionnelle. Elles sont le fruit d’un vaste mouvement qui traverse toute la société contemporaine.

Expliquer, critiquer et entamer le combat pour détruire ce mouvement, c’est ce que nous faisons aujourd’hui avec la parution de ce livre. Le nouvel idéalisme est un livre offensif. Certains le qualifieront de provocateur. Ce n’est pas une fausse rupture avec le postmodernisme comme on en voit trop. Ce n’est pas une critique partielle. Ce n’est pas une critique purement idéologique et intellectuelle. Ce n’est pas une critique conservatrice. C’est une critique radicale, matérialiste, complète et exhaustive : une critique sans compromis avec les idées dominantes de la petite-bourgeoisie. C’est l’analyse d’un phénomène beaucoup plus large et significatif que ce que laissent entendre les détracteurs habituels du postmodernisme, qu’ils soient de droite ou « de gauche ». C’est un livre à propos de notre époque.

La bourgeoisie est à bout de souffle. Son temps est révolu. Elle ne représente plus le progrès. Elle ne représente plus le développement. Elle ne représente plus la science. Tout ce qu’elle incarne en réalité, c’est le parasitisme et la débandade de l’impérialisme : la débâcle en Afghanistan, les affrontements stériles entre l’Ouest et la Chine, les bidonvilles dans le tiers-monde, la stagnation des salaires et des conditions de vie, la dégradation des métropoles, l’incertitude et la misère des travailleurs.

Mais la bourgeoisie a un allié précieux. Les intellectuels. Ils répandent leur idées confuses et trompeuses. Ils sont rétrogrades, mais se présentent comme avant-gardistes. Ils accusent les masses d’être arriérées et de ne pas suivre leurs préceptes. Ils camouflent l’exploitation, la décadence du capital, les crimes des armées bourgeoises. Ils monopolisent l’arène politique avec leurs inepties et leurs chimères. Ils bloquent notre lutte pour la libération du travail. Ils prolongent l’existence de la bourgeoisie qui, sans eux, serait rapidement balayée par la classe ouvrière.

L’époque se caractérise par la fusion de deux éléments. Le premier, c’est la stagnation du capitalisme qui fait disparaître les idées tournées vers l’avenir, les idées d’innovation scientifique, les idées de révolution. Cette stagnation rend la petite-bourgeoisie pessimiste et l’amène à vouloir revenir en arrière. Le deuxième élément, c’est le perfectionnement de la démocratie, que personne ne semble voir. Il résout les contradictions inutiles et apaise les antagonismes superflus. Il accorde la liberté aux intellectuels et les transforme en enfants gâtés de la société bourgeoise. Il sape les bases de la lutte démocratique dans laquelle se cantonnent les militants depuis les années 1960. En fait, il a déjà satisfait depuis un bon moment leurs revendications – leurs seules revendications. Alors le militantisme doit s’inventer de plus en plus. Il s’idéologise et dégénère. La petite-bourgeoisie idéaliste lui fournit ses nouveaux mots d’ordre et ses nouveaux concepts.

Les militants postmodernes veulent lutter contre le capitalisme parce qu’ils croient qu’il renforce l’oppression et qu’il est en train de mener au fascisme. La bourgeoisie est d’accord avec eux : elle luttera elle aussi contre le « capitalisme » si c’est ainsi qu’on le définit. Le capitalisme réel, celui fait de rapports de production, de rapports d’exploitation, les militants ne le combattent plus. Le postmodernisme l’a fait disparaître de leur tête. Au lieu de la lutte pour émanciper les travailleurs, on voit se développer des luttes contre les « systèmes d’oppression », contre le « privilège » blanc et masculin, contre des fascistes imaginaires.

Mais tout cet échafaudage d’idées et de concepts est bâti sur du sable. Le prolétariat le fera s’écrouler en se levant contre l’exploitation. Avec notre critique du postmodernisme, nous faisons aujourd’hui exister une option politique qui n’existait pas au Canada. Nous sommes les seuls à combattre le capitalisme et à rejeter entièrement les délires de la petite-bourgeoisie. Nous sommes les seuls à brandir le flambeau du matérialisme historique et à poursuivre de manière conséquente la lutte pour le communisme.

Alors camarades, lisez Le Nouvel idéalisme! Faites-le connaître à vos amis! Soyez assurés qu’il fera parler du PCR et qu’il alimentera la haine des petits-bourgeois à notre égard! Nous riposterons aux attaques et nous poursuivrons ensemble, sans nous laisser distraire, notre combat pour la révolution socialiste.

Travailleur devant un vitrail rouge et bleu

Le Parti communiste révolutionnaire du Canada lance aujourd’hui son nouvel organe central : le journal Cause ouvrière. Ce dernier remplace le journal Iskra ayant constitué l’organe central du Parti entre 2018 et 2021 et n’ayant officiellement plus d’existence à partir de maintenant. C’est à présent dans le journal Cause ouvrière que seront diffusés les points de vue, les mots d’ordre et les analyses du PCR-Canada. La mise sur pied de Cause ouvrière s’inscrit dans une réorganisation générale du système de propagande du Parti, réorganisation rendue nécessaire à cette étape-ci de la reconstruction de l’organisation. La création de Cause ouvrière s’accompagne ainsi du lancement des Cahiers canadiens du matérialisme historique, une revue politique et théorique qui servira de complément au journal.

Le journal Cause ouvrière s’inscrira dans la continuité politique avec le journal Iskra. Cela dit, il s’en distinguera sur le plan de la forme et de la méthode, et il le surclassera sur le plan du style et de ses qualités techniques. Notamment, le journal Cause ouvrière aura une forme hybride, c’est-à-dire à la fois celle d’un journal électronique et celle d’un journal papier devant paraître à une fréquence régulière. Notre expérience des dernières années a montré que c’est la combinaison de ces deux formes qui permet d’obtenir les meilleurs résultats en terme de rayonnement de notre propagande. La forme électronique permet au Parti de s’exprimer en continu sur l’actualité nationale et internationale de la lutte des classes. Elle offre une grande souplesse qui permet de réagir rapidement aux événements qui traversent la société et de se positionner en temps réel sur une très grande quantité d’enjeux et de questions. Ainsi, c’est dans le journal en ligne que seront publiés la majorité des articles de Cause ouvrière. Par ailleurs, la forme électronique du journal permet de rayonner rapidement au-delà de ce que permet la simple diffusion d’un journal physique. Elle permet de compenser certaines limites organisationnelles et de rejoindre des groupes de prolétaires difficilement atteignables autrement à ce stade-ci du développement du Parti. Le journal papier, quant à lui, permet d’aller directement à la rencontre des travailleurs, de faire connaître le journal à des ouvriers toujours plus nombreux et de faire pénétrer plus profondément et plus solidement la propagande communiste dans les masses prolétariennes. Aussi, le journal papier offre un outil de travail vivant, tangible et permanent aux militants révolutionnaires, outil leur permettant de déployer leurs forces de manière coordonnée et unifiée vers la classe ouvrière. Il permet de se lier concrètement aux masses; de rassembler et d’organiser des prolétaires. La lutte révolutionnaire se déroule dans le monde réel et non sur internet. Un journal strictement électronique n’est pas un outil complet et n’a pas la force nécessaire pour entraîner à l’action et générer une action communiste réelle. C’est pourquoi l’inauguration de Cause ouvrière est marquée par la sortie d’un premier numéro imprimé, numéro qui sera suivi de trois autres parutions au cours de l’année. Dans le futur, la fréquence de parution des numéros imprimés sera appelée à s’accroître.

L’une des fonctions essentielles du journal Cause ouvrière sera de rassembler des militants favorables aux intérêts de la classe ouvrière, de les mettre en mouvement et d’en faire des communistes éclairés et conscients. Le journal devra interpeller largement les masses et servir à leur mobilisation en donnant le goût de l’action. Le journal cimentera l’activité des ouvriers révolutionnaires, tant sur le plan idéologique que sur le plan organisationnel. En ce sens, il devra servir d’organisateur collectif. Comme l’a écrit Lénine en 1901 dans Par où commencer :

« Le journal ne borne pas cependant son rôle à la diffusion des idées, à l'éducation politique et au recrutement d'alliés politiques. Il n'est pas seulement un propagandiste collectif et un agitateur collectif; il est aussi un organisateur collectif. On peut à cet égard le comparer à l'échafaudage dressé autour d'un bâtiment on construction; il ébauche les contours de l'édifice, facilite les communications entre les différents constructeurs, à qui il permet de répartir la tâche et d'embrasser l'ensemble des résultats obtenus par le travail organisé. Avec l'aide et à propos du journal se constituera d'elle-même une organisation permanente, qui ne s'occupera pas seulement d'un travail local mais aussi général et régulier, habituant ses membres à suivre de près les événements politiques, à apprécier leur rôle et leur influence sur les diverses catégories de la population, à trouver pour le parti révolutionnaire la meilleure façon d'agir sur ces événements. »

 Avec la mise sur pied de Cause ouvrière, le Parti vise à développer un journal central pour tout le Canada. Afin de construire un mouvement révolutionnaire vraiment unifié à l’échelle de tout le pays, le développement d’un appareil de direction idéologique unique et centralisé est absolument indispensable. Évidemment, l’expansion du mouvement révolutionnaire fera éventuellement naître une multitude de journaux et d’outils propagandistes (tracts, brochures, etc.) locaux et spécialisés partout sur le territoire. Mais ceux-ci devront impérativement se subordonner à l’organe central du Parti. Ils joueront le rôle de courroies de transmission servant à diffuser de manière tentaculaire les grands mots d’ordre et les grandes analyses du Parti en les appliquant à des enjeux plus spécifiques et localisés. Sans le développement d’un organe central pour tout le pays, il est impossible de construire un mouvement cohérent et de marcher comme une seule armée pour vaincre la bourgeoisie. En fait, sans organe central, la propagande et l’action des militants révolutionnaires ne peuvent que demeurer étroitement locales. Elles ne peuvent pas servir à la constitution du prolétariat en classe pour soi et ne peuvent pas exprimer « les intérêts du mouvement dans sa totalité ». Par ailleurs, sans journal pour tout le Canada, un parti composé de militants géographiquement séparés serait éventuellement amené à se disloquer sous la pression du subjectivisme et à se scinder en organisations de nature divergente. Cela dit, nous reconnaissons comme une nécessité objective le développement inégal de la révolution. C’est pourquoi nous n’attendons pas d’être présents partout et d’avoir une activité de même intensité dans tous les coins du pays pour mettre sur pied notre organe central. De la même manière, nous n’attendons pas d’avoir les capacités pour traiter dès le départ avec la même insistance de tous les enjeux qui traversent l’ensemble des régions du Canada. Inévitablement, le développement du journal reflétera, surtout dans ses premiers stades, le développement inégal du Parti d’une région à l’autre du pays.

Cause ouvrière sera un journal politique. Il ne s’agira pas d’un journal syndical se cantonnant dans le rapport immédiat entre patrons et travailleurs. Notre journal ne se contentera pas de refléter l’état du mouvement ouvrier et les luttes économiques spontanées des travailleurs. Il servira à élever la conscience de classe des prolétaires, à les entraîner à l’action révolutionnaire et à développer le combat politique pour mettre la classe ouvrière au pouvoir. Il servira à défendre et à populariser le programme de la révolution communiste canadienne et à construire le parti qui en est le porte-étendard, le PCR-Canada. Le journal Cause ouvrière sera complètement au service de l’objectif de la fusion du mouvement ouvrier et du socialisme. Autrement dit, il aura pour fonction de faire pénétrer les perspectives révolutionnaires dans le mouvement ouvrier et de lui révéler son but historique : l’abolition de l’exploitation capitaliste et l’instauration d’une société sans classes. Il servira au développement d’un fort courant communiste dans le mouvement ouvrier, courant qui devra, à terme, transformer le mouvement et en prendre la direction pour guider les travailleurs vers la prise du pouvoir. Comme l’a expliqué Lénine dans Les objectifs immédiats de notre mouvement (1900), le rôle du communisme « n’est pas de servir passivement le mouvement ouvrier à chacun de ses stades, mais de représenter les intérêts de l’ensemble du mouvement, de lui indiquer son but final et ses objectifs politiques, de sauvegarder son indépendance politique et idéologique. Coupé de la social-démocratie [du communisme], le mouvement ouvrier dégénère et s’embourgeoise inévitablement : en se cantonnant dans la lutte économique, la classe ouvrière perd son indépendance politique, se traîne à la remorque d’autres partis, trahit la grande devise : L’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. »

Ainsi, la fonction principale de Cause ouvrière sera de faire des révélations politiques quotidiennes aux masses prolétariennes du Canada, et ce, en parlant des luttes et des conditions de vie réelles des prolétaires, en expliquant de manière matérialiste les événements de l’actualité nationale et internationale et en lançant des mots d’ordre révolutionnaires en phase avec la réalité sociale. Par révélations politiques, nous entendons le type d’idées et d’explications qui amènent les prolétaires à développer une compréhension plus élevée de l’exploitation capitaliste, qui rehaussent leur volonté de lutter contre la bourgeoisie et qui les conduisent à appuyer la révolution socialiste. Afin de favoriser l’action, le journal devra traiter des questions organisationnelles et des moyens pratiques de la lutte révolutionnaire en les rendant accessibles et intéressantes pour les larges masses. Il devra expliquer non seulement pourquoi, mais aussi comment l’on doit se battre contre la bourgeoisie. Aussi, afin d’interpeller le plus grand nombre de prolétaires – ce qui nécessite que la propagande du Parti soit étroitement liée à la réalité concrète et vivante de la lutte des classes –, l’une des tâches prioritaires du journal sera de parler des luttes économiques spontanées des travailleurs, dont il se saisira pour entraîner les prolétaires dans le combat actif pour la collectivisation des moyens de production. Le journal devra positionner le PCR comme la seule organisation qui concentre politiquement les intérêts économiques de la classe ouvrière canadienne. Le journal devra également développer une analyse de plus en plus détaillée de la production nationale et de l’économie canadienne (monopoles, plus-value, baisse tendancielle du taux de profit, taux d’exploitation, etc.). Il devra donner confiance aux masses en la possibilité de diriger le processus de planification économique au pays après la prise du pouvoir.

Le journal consacrera une partie de ses articles à la dénonciation de l’impérialisme et du pillage des pays dominés, en ayant notamment pour objectif de favoriser l’indignation des masses populaires du Canada devant les crimes de la bourgeoisie impérialiste canadienne à l’étranger. Le journal fera aussi la promotion des mouvements et des révoltes populaires légitimes émergeant partout dans le monde, et ce, dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien et du slogan Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! Les analyses des contradictions de l’impérialisme et de la conjoncture internationale publiées par le journal seront celles d’un parti d’avant-garde complet et clairvoyant se distinguant des petits partis économistes limités du genre IWW. Les travailleurs sont avides d’explications sur les grands événements internationaux, sur les rapports de force entre les différentes puissances impérialistes, sur le sort des pays pauvres, etc. Le journal doit satisfaire pleinement cette soif d’explications existant au sein du prolétariat, soif d’explications que les grands médias bourgeois, évidemment, ne satisfont pas.

Finalement, la ligne éditoriale de Cause ouvrière sera ouvertement anti-postmoderne et fera du journal un bastion de rationalité, de vérité objective, de scientificité et de matérialisme. Une partie des articles du journal seront consacrés à dénoncer les diverses manifestations de l’idéalisme postmoderne dans la société bourgeoise contemporaine ainsi qu’à mettre en lumière le programme postmoderne de la bourgeoisie à travers des exemples tirés de l’actualité. La lutte soutenue du journal contre le postmodernisme sera celle d’une organisation à caractère résolument prolétarien se distinguant radicalement de la pseudo-gauche actuelle.

Un complément au journal : les Cahiers canadiens du matérialisme historique

Comme nous l’avons spécifié, la mise sur pied de Cause ouvrière s’accompagne de celle des Cahiers canadiens du matérialisme historique. Nous décrivons ce nouvel organe comme une revue de combat politique et théorique pour la défense du matérialisme historique. Cette revue servira à approfondir les grandes questions de la révolution canadienne et à développer le travail théorique du Parti. Elle répondra de manière concrète aux questions névralgiques de la révolution au Canada : elle traitera du parti, des classes sociales, du mouvement ouvrier, de l’économie politique, de la guerre populaire, de l’impérialisme, et plus encore. Elle aura pour but de développer une défense complète et élaborée de la science révolutionnaire – du maoïsme véritable – contre les assauts idéologiques de la petite-bourgeoisie. Elle servira à mener des débats et à polémiquer avec d’autres organisations ainsi qu’à défendre les conceptions stratégiques et les thèses générales du PCR-Canada à l’international. De la même manière que Cause ouvrière, elle aura une forme hybride, soit à la fois celle d’une revue électronique et d’une revue imprimée. Cela dit, elle n’existera que sur internet dans un premier temps.

Il est important de préciser qu’entre le journal et la revue, il n’y aura aucune différence sur le plan de la ligne et du niveau politique : il n’y aura qu’une différence de forme et de caractère. Le rôle du journal sera de lier la théorie du communisme scientifique aux faits concrets de la lutte des classes. Le journal appliquera la ligne politique et la science du Parti aux manifestations particulières de l’exploitation, du combat ouvrier, de la concurrence capitaliste, des grandes contradictions internationales, etc. Il travaillera davantage dans un temps court que dans un temps long. Il façonnera les matériaux brut tirés de l’expérience et exposera davantage des analyses que des synthèses. Par ailleurs, ses articles seront plus nombreux et variés, mais généralement plus brefs que ceux de la revue. Sa forme sera pédagogique et accessible. Il servira, davantage que la revue, à jeter les prolétaires dans l’arène de la lutte révolutionnaire. Il sera immédiatement destiné aux masses les plus nombreuses.

La revue, quant à elle, aura davantage pour fonction de développer et d’étoffer la ligne politique générale et les conceptions théoriques du Parti. Tout en demeurant étroitement liée à la réalité concrète de la lutte des classes, elle exposera les idées plus globales de manière plus détaillée et exhaustive. Elle travaillera davantage dans un temps long que dans un temps court. Elle traitera de manière élaborée des enjeux stratégiques de la révolution canadienne. Elle exposera davantage des synthèses que des analyses. Elle s’adressera tout d’abord à un nombre plus restreint de lecteurs. Elle servira principalement à susciter une adhésion ferme à la ligne générale du Parti et à consolider l’unité idéologique des militants maoïstes canadiens.

Cela dit, y compris sous ces aspects, il n’y aura pas de muraille de Chine entre le journal et la revue. Par exemple, même si le journal servira davantage d’agitateur que la revue, il comportera aussi un aspect propagandiste important. La plupart des aspects de la lutte pour la transmission des idées communistes seront présents dans les deux organes, bien qu’à divers degrés et sous des formes différentes. Surtout, le journal et la revue défendront tous les deux le même programme politique et la même conception avancée du combat révolutionnaire. Ils feront preuve tous les deux de la même clarté idéologique et de la même scientificité. Ils appartiendront tous les deux à un système de propagande unique diffusant les mots d’ordre, les analyses et les perspectives d’avant-garde d’un parti révolutionnaire centralisé et unifié. Ainsi, nous sommes entièrement partisans de la conception formulée par Lénine en 1900 dans le Projet de déclaration de la rédaction de l’Iskra et de la Zaria :

« [I]l faut que la revue comme le journal reflètent tous les aspects du mouvement, et nous tenons tout spécialement à souligner notre désapprobation d’un plan qui ferait insérer dans le journal ouvrier exclusivement ce qui se rapporte directement et immédiatement au mouvement ouvrier spontané, en réservant à l’organe destiné aux intellectuels tout ce qui se rapporte à la théorie du socialisme, à la science, à la politique, à l’organisation du Parti, etc. Il faut précisément, au contraire, rattacher tous les faits concrets et toutes les manifestations concrètes du mouvement ouvrier à ces questions; il faut éclairer par la théorie chaque fait particulier; il faut que la propagande rende les problèmes de la politique et de l’organisation du Parti familiers aux plus larges masses de la classe ouvrière; il faut que ces problèmes deviennent un sujet d’agitation ».

En somme, le journal Cause ouvrière, comme la revue, sera un organe communiste à 100%. Il ne fera aucune concession à la bourgeoisie et aux tendances petites-bourgeoises présentes dans le mouvement ouvrier et populaire. Sa ligne éditoriale sera fermement opposée à l’économisme, à l’opportunisme de droite, à l’ultra-gauchisme, à l’anarchisme, au postmodernisme, à l’écologisme, au féminisme, et ce, sous toutes leurs formes. Il ne servira qu’un seul objectif : élever la conscience et le niveau d’activité du prolétariat, entraîner les masses dans le combat pour le socialisme et préparer la guerre populaire pour renverser la bourgeoisie canadienne!

Développons notre journal politique central pour tout le Canada!

Faisons connaître la propagande du PCR aux travailleurs de tout le pays!

Bâtissons le parti communiste de la classe ouvrière canadienne!

Travailleurs sur structure métallique

Le Ve Congrès du Parti communiste révolutionnaire du Canada, tenu à l’été 2021, a approuvé les bases politiques d’un nouveau programme à venir dont l’adoption va clore la reconstruction du Parti au bout de plus ou moins deux ans. Plus de vingt ans après son élaboration, le programme actuel du Parti, sur lequel notre Congrès s’est penché, n’est plus adéquat. Au cours des deux dernières décennies, l’expérience de lutte accumulée par le Parti, qui est reconnue à l’échelle internationale, a fait évoluer sa ligne politique, ligne que le programme est censé condenser. Par ailleurs, la société canadienne et les grands mouvements qui la traversent ont changé. Le nouveau programme devra refléter ces transformations. Il témoignera d’une maturité politique supérieure et répondra à toutes les questions que les travailleurs et leurs familles de même que les militants révolutionnaires se posent. Il fournira en grand nombre les armes pour lutter contre ceux qui s’opposent à une conception scientifique du monde. Ce programme constituera la vraie école prolétarienne du socialisme. Il donnera la marche à suivre pour vaincre la bourgeoisie et transformer la société. Nous invitons tous ceux qui s’éveillent à la réalité de la lutte des classes à s’emparer des bases politiques de ce nouveau programme, à en discuter dans leurs milieux et surtout, à rejoindre le PCR-Canada, le parti qui en est le porte-étendard.

 

Table des matières

Préambule

Le capitalisme et les classes sociales au Canada

Les questions nationales au Canada

Contre l’impérialisme et pour la révolution mondiale!

Le marxisme-léninisme-maoïsme et le parti ouvrier d’avant-garde

La centralité ouvrière

La théorie du parti communiste complet : notre synthèse des quatre formes objectives de l’action révolutionnaire

Nos principes d’organisation

Contre le programme postmoderne de la grande bourgeoisie canadienne!

Les courants qui cherchent à nous diriger

Notre but : le socialisme et le communisme!

La future direction ouvrière de l’économie

Pour la Fédération des Républiques socialistes du Canada!

La réorganisation de la vie sociale par le pouvoir prolétarien

La guerre populaire prolongée

La pratique : le critère de vérité!

 

Préambule

  1. Les bases politiques de notre programme, et notre programme lui-même, expriment, avec la franchise la plus crue, la tâche immédiate que doivent accomplir les communistes dans la période actuelle : libérer notre classe et nos organisations de toutes les idéologies trompeuses qui détournent, interrompent et bloquent notre lutte vers le socialisme, et ce faisant, réaffirmer avec honnêteté et tranchant les principes qui guident notre action.

  2. Le socialisme est à nos portes si nous parvenons à arracher le pouvoir à la bourgeoisie. Mais un fatras d’idéologies vient tout verrouiller au grand plaisir des bourgeois qui se régalent de ce théâtre. Nous sommes au carrefour du capitalisme et du socialisme. La société capitaliste a régné sur un long passé, se fissure dans le présent, et ne peut plus rien pour l’avenir. Comme l’a écrit Karl Marx, le capitalisme est la dernière forme contradictoire d’organisation sociale : avec sa chute « s’achève la pré-histoire des sociétés humaines ». Quelle époque grandiose! Or, toutes ces idéologies, tout cet idéalisme déconcertant, veulent nous ramener plus de 170 ans en arrière, à une époque où la science commençait à peine à pénétrer les véritables structures des formations sociales. Croyez ce que vous voulez! Relativisez tout! Inventez tout! Inventez-vous vous-mêmes! Allez là où vous le voulez, prenez tous les chemins. De toute façon, ces chemins mènent partout et nulle part à la fois. Mais de grâce, oubliez le progrès, oubliez l’histoire, oubliez la lutte des classes.

  3. Nos bases politiques sont notre petite arme à nous (avec Le Capital, Marx avait, disait-il, lancé un missile à la bourgeoisie) pour trancher une fois pour toutes au Canada les liens qui retiennent la classe ouvrière.

  1. Le communisme n’est pas le titre d’un magazine d’opinion. Contrairement à ce qu’il en est dans les mouvements bourgeois et petit-bourgeois, la subjectivité et l’opinion comptent pour peu de chose dans le communisme. Le matérialisme historique est son noyau dur scientifique. Sa force est d’appartenir à la matérialité des choses humaines et en premier lieu aux rapports sociaux de production. Le communisme, c’est « le mouvement réel qui abolit l’état actuel » comme l’ont écrit Marx et Engels. C’est aussi « la théorie des conditions de la libération du prolétariat ». Ce n’est pas une invention. Ce n’est pas une idée. Ce n’est pas un projet. Ce n’est pas une utopie. Ses prémisses sont là devant nos yeux et trop d’entre nous refusons de les voir. Parce que le mouvement communiste s’est laissé embourber par des idéologies désorganisatrices, beaucoup de militants et de travailleurs ont opéré un repli malheureux vers des utopies. L’utopie est un pays imaginaire rempli de gens honnêtes. Mais entre l’imaginaire et la réalité, nous optons pour la réalité! C’est par elle seulement que nous réussirons à désembourber le communisme, et ce faisant, à désembourber l’avenir! Conséquemment, dans nos bases politiques, la toute première en haut de la liste ne peut être que la suivante : revenons au mouvement réel.

Le capitalisme et les classes sociales au Canada

  1. Notre Parti représente les intérêts fondamentaux et historiques du prolétariat canadien : la classe sociale composée de millions de travailleurs dépourvus de moyens de production et exploités par le capital. Notre but est d’unir l’ensemble de ces prolétaires qui représentent à peu de chose près les deux tiers de la population du pays – ce qui est énorme! – ainsi que les couches sociales qui les appuient dans une lutte commune pour renverser le pouvoir de la bourgeoisie et instaurer un nouvel État prolétarien et révolutionnaire.

  1. Le Canada est un pays capitaliste : son économie se caractérise par la propriété privée des moyens de production, par l’exploitation de la plus-value générée par la classe ouvrière ainsi que par la « régulation » de la production à l’échelle sociale à travers les échanges marchands.

  2. Le Canada est un vaste pays de production. Il est donc aussi, par définition, un vaste pays producteur de plus-value. Dans un premier temps, cela se vérifie dans l’étendue et la puissance de sa grande industrie : l’extraction minière; la production énergétique; les transports; le génie et la construction; les industries agricoles et alimentaires; la production d’automobiles, de véhicules et de matériel roulant; l’industrie de l’aluminium et des autres métaux; le secteur de la mode et de l’habillement, etc. On pourrait poursuivre cette liste longtemps encore tellement est développée l’industrie capitaliste au Canada!

  3. Le corollaire de ce qui précède est que le Canada est un immense producteur de plus-value. Presque tous les travailleurs en ont une perception spontanée, immédiate. On peut nommer cela l’intuition de l’exploitation. Nous produisons, nous construisons, nous transportons, nous servons, mais une part énorme du produit de tout ce travail est accaparée par la bourgeoisie. Entre 1860 et 1980, le Canada a grimpé au dixième rang mondial pour l’importance de sa production manufacturière. En mesurant la valeur de la production industrielle au prorata de la population, le Canada se situait en 1980 au 4e rang mondial. Toutes nos actions dans le prolétariat doivent avoir pour but de transformer l’intuition de l’exploitation en certitude, et cette certitude en une puissance matérielle pour la révolution et le socialisme.

  4. De manière à détourner la lutte des travailleurs de l’affrontement fondamental entre les deux classes principales – la bourgeoisie et le prolétariat –, la petite-bourgeoisie et ses secteurs intellectuels s’efforcent de découvrir de dix ans en dix ans de prétendues transformations structurelles du capitalisme. Sur la base du matérialisme historique et d’une connaissance concrète et empirique du capitalisme au Canada, nous nous appliquons à démontrer le caractère de classe de ces « découvertes » qui ne sont jamais autre chose que des spéculations abstraites.

  5. Parmi celles-ci, nous contestons : a) les errements théoriques qui annoncent la quasi-disparition du travail matériel; b) l’hégémonie de la production immatérielle; c) l’économie de la connaissance et du langage s’émancipant de la production de la plus-value; d) la disparition de la loi de la valeur; e) l’idée que le general intellect (soit l’accumulation collective des savoirs et des sciences selon Marx) puisse, dans le cadre du capitalisme, remplacer la force de travail humaine. Nous nous opposons à l’idée selon laquelle le capitalisme peut par lui-même se muer en son contraire (ou en tout autre chose) sans que la classe des producteurs abolisse la propriété privée des moyens de production et saisisse la plus-value, et ce, de manière à gagner durablement une transformation générale du travail.

  6. Le capitalisme canadien est arrivé depuis la Première Guerre mondiale à son stade impérialiste. Il se caractérise par une concentration élevée de la production et du capital, par la présence de grands monopoles nationaux qui ont une influence décisive sur la vie économique du pays, par l’importance accrue du capital financier et des grandes banques ainsi que par une forte exportation de capitaux vers les pays dominés.

  7. La société canadienne se divise en trois grandes classes sociales : 1) le prolétariat, 2) la petite-bourgeoisie et les couches intermédiaires, et 3) la bourgeoisie. Chacune de ces classes sociales se décompose en plusieurs couches.

  8. La sociologie et les sciences économiques, les médias et les universités livrent un superbe cadeau à la bourgeoisie en imposant depuis 30 ans la notion inexacte de « classe moyenne ». Dans la production, la classe moyenne n’existe pas. Il existe des classes et des couches intermédiaires dont le rapport aux moyens de production est différent à la fois de celui des prolétaires et de celui des bourgeois. Mais fondre au sein d’une même classe, par la variable du revenu, une large majorité de la population active, isolant en bas les très pauvres et en haut les très riches, indépendamment de qui possède et de qui ne possède pas, c’est le tour de magie tant recherché par l’économie bourgeoise : faire disparaître l’exploitation du travail. Mais gare à vous magiciens, les exploités vont rebondir!

  9. Nous rejetons l’idée abusive et trompeuse selon laquelle l’augmentation du revenu des travailleurs au fil des années les a fait passer de la misère à l’aisance et est le signe de la disparition de l’exploitation. C’est nier la lutte des classes, c’est nier son caractère historique et c’est faire disparaître le combat permanent autour du coût de la force de travail. Nous adoptons la formule d’Engels selon laquelle, suivant les époques et les pays, l’accroissement de la misère prend plutôt la forme d’un développement assuré de « l’incertitude de l’existence »

  10. Au Canada, en réalité, la classe sociale majoritaire est le prolétariat. Elle représente un peu plus de 65% de la population totale. Elle est composée de tous les travailleurs qui ne possèdent pas de moyens de production, qui doivent vendre leur force de travail à des capitalistes (ou encore à l’État bourgeois) pour pouvoir survivre et qui ne jouent qu’un rôle d’exécution dans le procès de production. Elle inclut également les familles de ces travailleurs ainsi que les prolétaires sans emploi. C’est le prolétariat qui constitue la force principale de la révolution puisqu’il rassemble la majorité exploitée.

  11. Par ailleurs, au cœur du prolétariat se trouve la force dirigeante de la révolution : la classe ouvrière. Cette dernière regroupe d’abord et avant tout les travailleurs actifs dans la grande industrie, c’est-à-dire dans les secteurs de l’agriculture et de l’extraction des ressources naturelles, de la fabrication en usines, du transport et de l’entreposage ainsi que de la construction. La classe ouvrière inclut également l’ensemble des travailleurs manuels produisant généralement de la plus-value et disséminés dans toutes sortes de secteurs à travers le pays : la restauration, l’hôtellerie, l’entretien des bâtiments, les services publics et privés, etc. Certains idéologues petit-bourgeois clament depuis des décennies que la classe ouvrière aurait disparu dans les pays capitalistes développés. En réalité, les ouvriers représentent aujourd’hui environ 25% des personnes ayant un revenu d’emploi au Canada – ce qui en fait une force sociale imposante. Outre son nombre encore très élevé, la classe ouvrière joue un rôle central dans l’économie capitaliste canadienne.

  12. La classe ouvrière constitue le fer de lance de la révolution socialiste parce qu’elle qui est liée aux forces productives les plus avancées; parce qu’elle produit directement les richesses utiles à l’ensemble de la société; parce qu’elle se trouve au cœur de l’exploitation en générant par son travail le gros de la plus-value accaparée par les capitalistes; et parce que ce sont les moyens de production qu’elle met en œuvre (usines, sites d’extraction de ressources naturelles, chantiers de construction, réseaux de transport, etc.) que la révolution vise d’abord et avant tout à collectiviser et à mettre au service des masses populaires.

  1. Dans son ensemble, le prolétariat est composé de dix grands groupes : 1) les prolétaires « inactifs », 2) les prolétaires « irréguliers », 3) les manœuvres et les journaliers, 4) les opérateurs et les ouvriers spécialisés, 5) les employés d’exécution dans le secteur privé, 6) les employés d’exécution dans le secteur public, 7) les ouvriers qualifiés dans les services publics, 8) les ouvriers qualifiés dans la construction, 9) les ouvriers qualifiés dans la production, et finalement 10) les techniciens dans la production et les services publics. Tous ces grands groupes forment une seule et même classe sociale exploitée par la bourgeoisie et dont les intérêts fondamentaux sont indivisibles. Chacun de ces groupes doit être mobilisé par l’avant-garde communiste.

  2. La petite-bourgeoisie et les couches intermédiaires composent aujourd’hui un peu moins de 30% de la population canadienne. Il s’agit de la classe sociale la plus hétérogène et la plus instable. Elle regroupe les petits propriétaires et artisans, les artistes et les intellectuels, les professionnels salariés qui conservent un certain contrôle sur leur travail, les travailleurs autonomes, les fonctionnaires subalternes du capital, les gestionnaires, les cadres intermédiaires, les superviseurs, les agents de répression, etc. Certains secteurs de ce vaste ensemble social peuvent éventuellement être ralliés à la révolution prolétarienne; d’autres secteurs doivent être considérés comme fondamentalement hostiles au prolétariat.

  3. Les petits propriétaires et les artisans qui n’exploitent pas de travailleurs salariés (par exemple, les propriétaires de dépanneurs, les chauffeurs de taxi, les pêcheurs, les plombiers indépendants, etc.) peuvent être gagnés à la révolution. Certes, leur statut de propriétaires autonomes les pousse spontanément vers l’individualisme. Mais en revanche, leurs conditions d’existence les rapproche davantage du prolétariat que les autres couches de la petite-bourgeoisie. Leur propension spontanée à l’individualisme peut ainsi être facilement contrecarrée par la direction du prolétariat. Par ailleurs, leur participation au travail et leur position dans l’économie les rend d’emblée moins idéalistes que les intellectuels. Finalement, leur influence sociale est presque aussi faible que celle du prolétariat. Bien qu’il s’agisse d’une couche instable, elle fait partie du peuple et devra impérativement être mobilisée dans le cadre du front uni contre le pouvoir capitaliste.

  4. Une bonne partie des professionnels salariés n’occupant pas une fonction idéologique ou d’encadrement et jouant le rôle de « semi-exécutants » devra être ralliée à la révolution et intégrée au front uni. C’est le cas, notamment, de plusieurs professionnels de la santé et des « services sociaux ». Ces éléments font souvent partie du mouvement syndical et sont affectés, jusqu’à un certain point, par les mesures anti-populaires de la bourgeoisie, ce qui facilitera leur mobilisation.

  5. Les artistes et les intellectuels composent la couche la plus influente de la petite-bourgeoisie sur le plan idéologique. Cette couche importante (qui regroupe les universitaires, les journalistes, les écrivains, les cinéastes, les musiciens, etc.) a été domestiquée par la grande bourgeoisie et sert aujourd’hui de rempart important au capitalisme. La grande bourgeoisie l’a chargée de développer l’idéologie dominante de l’époque actuelle – le postmodernisme – et de défendre la démocratie bourgeoise. En raison de son rôle actuel, cette couche doit être considérée à court et à moyen terme comme étant hostile à la révolution. Cela dit, avec le développement de la lutte révolutionnaire et la montée du prolétariat vers le pouvoir, des éléments de plus en plus nombreux seront éventuellement amenés à se ranger dans le camp du socialisme, bien qu’ils le feront souvent en important des idées erronées dans le mouvement et en développant une interprétation confuse et idéaliste du marxisme. Tout en considérant ces éléments comme des alliés et des membres du front uni, il faudra donc veiller à ce que leurs conceptions demeurent dominées par la direction prolétarienne et à ce que leur idéalisme ne gagne pas d’influence importante dans le mouvement. Aussi, il faudra empêcher les idéologues incorrigibles, les révisionnistes, les carriéristes et les opportunistes de rejoindre l’organisation d’avant-garde. Après la prise du pouvoir, la majeure partie de la couche artistique et intellectuelle sera neutralisée pacifiquement et devra se soumettre à la révolution. Les éléments qui jouent aujourd’hui le rôle le plus actif dans l’élaboration et la promotion de l’idéalisme anti-prolétarien doivent cependant être considérés comme des agents irrécupérables de la bourgeoisie.

  6. Les gestionnaires, les cadres et les superviseurs dont le rôle est précisément d’organiser l’exploitation des prolétaires doivent également être considérés comme appartenant à une catégorie de la petite-bourgeoisie hostile aux masses populaires, surtout avant la prise du pouvoir.

  7. Finalement, les agents de répression (notamment les policiers et les soldats) constituent des ennemis du peuple et de la révolution : ils devront être entièrement liquidés en tant que force organisée.

  8. La bourgeoisie forme la classe dominante au Canada. C’est elle qui détient les principaux moyens de production, qui possède les banques, qui est à la tête des grandes entreprises et qui contrôle l’appareil d’État. Il s’agit d’une vaste classe sociale représentant un peu plus de 5% de la population. Elle se divise en plusieurs couches allant de la moyenne bourgeoisie à la grande bourgeoisie et se décompose en plusieurs sections : elle est rentière, bancaire, financière, foncière, industrielle ou commerciale. À sa tête se trouve un noyau solide de grands bourgeois impérialistes qui concentrent entre leurs mains la plus grosse part du capital monopoliste. À ce noyau principal de la bourgeoisie se greffent l’ensemble des petits et moyens capitalistes qui possèdent des moyens de production et exploitent une main-d’œuvre salariée.

  9. La bourgeoisie regroupe également les fonctionnaires du capital. Certains idéologues affirment que le capitalisme se régule par lui-même grâce aux forces spontanées du libre marché. En réalité, rien n’est plus faux. Pour se maintenir, le capitalisme a besoin d’un immense appareil bureaucratique servant à organiser l’exploitation et la distribution, de même qu’à assurer la circulation du capital. Même si les idéologues bourgeois associent généralement la bureaucratie à l’État, ce vaste appareil est en grande partie privé. En effet, il se compose notamment des conseils d’administration, de la direction et des ressources humaines des entreprises; des grandes firmes privées de comptabilité; des grandes firmes privées de publicité, de relations publiques, de sollicitation et de marketing; des grands bureaux d’avocats; des grandes compagnies d’assurance; des bureaux de planification financière; des grandes firmes privées d’ingénieurs et d’architectes; etc. Les fonctionnaires du capital, en tant que membres de la bourgeoisie, forment la couche supérieure du personnel œuvrant au sein de ce vaste appareil : les cadres supérieurs; les directeurs et les administrateurs des firmes; les avocats associés au sein des grands bureaux; les ingénieurs et les architectes haut placés; les administrateurs des grands appareils de communication et de relations publiques; les directeurs d’usines, etc. Les fonctionnaires du capital regroupent également la couche supérieure du personnel de l’État bourgeois : les juges; les administrateurs et les cadres supérieurs des entreprises publiques; la haute fonction publique aux niveaux fédéral, provincial et municipal; les officiers supérieurs dans l’armée et la police; les diplomates; les dirigeants et organisateurs politiques; etc.

  10. Il est à noter que les « exécutants » des fonctionnaires du capital (excepté le personnel de soutien) font partie de la petite-bourgeoisie. Ces fonctionnaires subalternes du capital forment la couche inférieure de professionnels et de carriéristes travaillant eux aussi dans les secteurs dont le rôle est de faire fonctionner l’économie capitaliste. Cette couche est en grande partie composée d’aspirants bourgeois en début de carrière ou encore d’éléments peu performants qui n’arrivent pas à atteindre les postes les plus élevés. Ces éléments sont avides et ont conscience de faire rouler une économie injuste. Ils défendent le capitalisme puisque leur fonction est bien souvent parasitaire et entièrement liée à ce mode de production. Par conséquent, ils forment une couche hostile au prolétariat et à la révolution.

  1. Bien que les bourgeois se livrent en permanence à une concurrence acharnée entre eux, l’ensemble de leur classe partage les mêmes intérêts réactionnaires : le maintien de la propriété privée capitaliste, l’accroissement toujours plus grand de l’extraction de plus-value, la poursuite de l’exploitation du prolétariat canadien ainsi que le pillage des peuples des pays dominés où une partie du capital canadien est exporté.

  2. Puisque la révolution prolétarienne vise à confisquer la propriété de la bourgeoisie et à mettre fin à son enrichissement parasitaire et débridé, cette classe est fondamentalement hostile à la révolution et emploiera tous les moyens possibles (répression, propagande, etc.) pour l’écraser et se maintenir au pouvoir. La bourgeoisie – et plus spécialement ses couches supérieures – vit dans un monde à part, un monde on ne peut plus étranger aux conditions de vie du peuple. Elle concentre entre ses mains des richesses inouïes – entièrement produites par les travailleurs – et elle les gaspille de la manière la plus éhontée au lieu de les mettre au service de la société.

  3. Afin de maintenir son pouvoir, la bourgeoisie canadienne dispose de l’État bourgeois canadien, un appareil répressif qu’elle contrôle de mille et une manières et dont les hauts responsables font eux-mêmes partie de cette classe sociale. Malgré la forme démocratique de l’État bourgeois canadien (égalité en droits des citoyens, respect des libertés fondamentales, élections libres, etc.), le pouvoir de la bourgeoisie – comme celui de n’importe quelle classe sociale dominante – se maintient par la violence organisée. En cas de soulèvement du prolétariat et des masses populaires, la bourgeoisie peut utiliser à sa guise la police, les forces armées, les tribunaux et les prisons pour maintenir l’ordre capitaliste, comme elle l’a fait à maintes reprises dans l’histoire du pays. Lorsque ses représentants jugent que les intérêts du capital sont menacés, la bourgeoisie peut également retirer purement et simplement des droits démocratiques aux masses populaires – par exemple la liberté de rassemblement –, voire même faire usage de moyens « illégaux » contre le prolétariat. Par ailleurs, la bourgeoisie dispose des grands médias pour imposer son point de vue, propager ses idées et discréditer les luttes des prolétaires et des masses exploitées.

  4. La bourgeoisie contrôle les grands partis politiques. En fait, les partis qui peuvent accéder au pouvoir et former le gouvernement sont nécessairement pro-capitalistes. Malgré que les politiciens prétendent être les représentants de la population dans son ensemble, le prolétariat et les masses populaires n’ont en réalité aucun pouvoir sur l’agenda politique et sur les prises de décision importantes. En définitive, c’est toujours la classe sociale qui domine l’économie qui dicte la marche de la société. C’est pourquoi le régime politique en place au Canada doit être qualifié de démocratie bourgeoise. Si ce régime permet aux divers représentants de la classe capitaliste de débattre entre eux de la politique à mettre en œuvre, il impose la soumission la plus complète au prolétariat et aux masses populaires.

  5. Après la prise du pouvoir par le prolétariat, la bourgeoisie continuera à s’opposer à la révolution et tentera par tous les moyens de restaurer l’ancien régime. Pour ce faire, elle n’hésitera pas à recourir au sabotage, au terrorisme, aux émeutes, à la pègre, à toutes les formes de crime organisé à sa disposition, voire à appeler à une intervention militaire étrangère des pays impérialistes comme les États-Unis. Le prolétariat au pouvoir devra utiliser la répression pour écraser la résistance de la bourgeoisie et devra mobiliser ses forces armées pour protéger le Canada révolutionnaire contre une éventuelle attaque impérialiste. Cela dit, la bourgeoisie sera divisée sur l’emploi des moyens violents pour restaurer le capitalisme. Les anciens bourgeois acceptant de se soumettre au pouvoir prolétarien seront ainsi intégrés dans la nouvelle société et se verront confier une fonction socialement utile.

Les questions nationales au Canada

  1. À l’intérieur du Canada cohabitent plusieurs nations, peuples et minorités dont l’histoire, le développement et les luttes ont marqué la nature de l’État canadien et de son évolution depuis le milieu du XIXe siècle. À l’époque de la révolution industrielle et de l’unification des marchés, la tendance principale était à la constitution d’États nationaux séparés, clairement dirigés par des bourgeoisies nationales qui trouvèrent là le pré-requis et l’impulsion nécessaires pour se développer, dans la période suivante, en grandes bourgeoisies impérialistes, c’est-à-dire pour s’extérioriser de leurs frontières et s’allier, même imparfaitement, entre elles.

  2. Le Canada, à l’intérieur de l’Empire britannique, ne s’est pas développé sous cette forme. Il s’est constitué en un État à composition nationale hétérogène, non pas par la victoire et la clairvoyance du « démocratisme conséquent » (selon l’expression de l’époque), mais sous la domination de la bourgeoisie britannique et anglo-canadienne. Pendant de longues et nombreuses décennies, la bourgeoisie canadienne fut profondément réfractaire au démocratisme conséquent. Elle était absorbée par la constitution de son marché interne et l’unification d’un territoire fabuleux plein d’immenses richesses. Elle oscilla donc toujours entre le libéralisme en paroles et la réaction dans les faits. Si bien que se développèrent de grandes questions nationales : les Acadiens dans les provinces de l’Est, les nations et les peuples autochtones, les Canadiens français du Québec, les minorités canadiennes-françaises dans les autres provinces, les Inuits ainsi que les Métis issus de la communauté de la rivière Rouge.

  3. La bourgeoisie canadienne fut hostile chez elle au droit des nations à disposer d’elles-mêmes ainsi qu’au principe de l’égalité des langues.

  4. Le Canada fut ainsi pendant longtemps un carrefour de deux tendances (et de deux contre-tendances leur correspondant) sur la question nationale : a) la tendance aux luttes démocratiques et linguistiques (les exemples sont nombreux allant du soulèvement des Métis en Saskatchewan et au Manitoba, aux batailles linguistiques des Acadiens, en passant par le Québec et son mouvement indépendantiste, ainsi que la montée à partir de la fin des années 1960 d’un large mouvement des Premières Nations); b) la contre-tendance à la répression de ces luttes; c) la montée en puissance des contradictions entre les bourgeoisies sur le marché intérieur canadien; et d) la contre-tendance résidant dans le développement des relations entre les bourgeoisies, dans les accords, les fusions, et dans la communauté économique et politique impulsée par le stade impérialiste.

  5. Il nous semble évident que petit à petit, et particulièrement suite aux luttes des années 1960 à 1990, la force de la tendance (a) et la force de la contre-tendance (d) ont modifié le positionnement de larges fractions de la bourgeoisie au Canada. C’est le statut de classe dominante de la bourgeoisie canadienne sur le territoire qui était en jeu.

  6. Cela est évident dans le cas du Québec. Il n’y a plus de mouvement national dirigé par la fraction souverainiste de la bourgeoisie québécoise. Cette bourgeoisie dispose de suffisamment d’attributs et de leviers politiques et économiques pour se développer – y compris un État « fort ». Dans le cas du Québec, il n’y a plus d’oppression nationale et il n’existe plus de lutte de libération nationale, et ce, même si comme le soulignait Lénine au début du siècle dernier, il y aura toujours des tendances au sein du nationalisme bourgeois à vouloir maintenir « des querelles nationales sans issues ».

  7. Une situation du même ordre a commencé à se développer plus récemment chez les nations et les peuples autochtones. Leurs luttes ont été puissantes, surtout à compter de 1969-1970 (Cornwall, les Dénés, Restigouche, les Cris de la Baie James, Oka, Ipperwash, Gustaffsen Lake, etc.). Elles ont porté principalement sur les questions du territoire. Elles ont pris un caractère de plus en plus antagonique. En se braquant davantage et plus longtemps encore, la bourgeoisie risquait de générer une véritable lutte révolutionnaire à caractère national et risquait ainsi de mettre en péril son contrôle sur une partie du territoire. Elle fut donc rappelée à l’ordre par sa fraction éclairée (la Cour suprême). Désormais, son maître-mot est « réconciliation ». Cela correspond dans les faits à des accommodements sur les plans symbolique et culturel; à des négociations sur le plan politique; ainsi qu’à des compromis et des concessions sur les questions économiques. Certes, rien n’est joué, mais c’est la tendance de la période actuelle. Évidemment, tout va bouger, car tout bouge toujours!

  8. Notre Parti n’adhère pas aux croyances selon lesquelles ce qui a été une fois se répétera éternellement. L’oppression nationale se résout par le démocratisme le plus conséquent. Elle se résout par l’égalité et l’union des peuples et non par la séparation à l’infini des cultures nationales.

  9. Notre Parti lutte : a) pour l’égalité absolue des langues et des nations au Canada; b) pour la suppression de tout privilège linguistique ou national; c) pour le droit des nations acadienne, métisse, inuite, québécoise et autochtones à l’autodétermination jusqu’à se constituer en État indépendant si elles le décident ainsi; d) pour forger une alliance solide avec les Autochtones, les Métis et les Inuits dans un grand mouvement de lutte contre la bourgeoisie impérialiste canadienne; e) pour la création de la Fédération des Républiques socialistes du Canada (FRSC) qui sera une nouvelle union, librement consentie, entre toutes les nations, peuples et minorités présents sur le territoire du Canada; et f) pour l’unité du prolétariat à travers tout le pays.

Contre l’impérialisme et pour la révolution mondiale!

  1. Depuis la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, le monde est entré dans l’ère de l’impérialisme. Cela signifie que les classes dominantes d’une poignée de pays riches dominent et exploitent la majorité des nations et des peuples du monde en les maintenant dans une situation misérable. Afin d’accaparer les marchés et les zones d’influence, les différentes bourgeoisies impérialistes se livrent également à une concurrence effrénée, semant le chaos partout sur la planète et conduisant périodiquement à des guerres pour le repartage du monde.

  2. L’impérialisme maintient une grande partie de l’humanité dans des conditions absolument épouvantables. En dépit de la propagande triomphaliste et mensongère des institutions pro-capitalistes comme les Nations unies et la Banque mondiale sur la réduction de la pauvreté et de la faim dans le monde – propagande reprise allégrement par tous les chantres du libéralisme économique –, la situation réelle des masses populaires dans les pays dominés demeure dramatique et ne s’améliore pas, ou trop peu. Entre 1981 et 2010, le nombre de personnes vivant avec 5 dollars ou moins par jour a augmenté d’environ 1 milliard pour s’établir à 4,3 milliards – soit environ 62% de la population mondiale. À la fin des années 2000, près de 80% de la population mondiale gagnait 10 dollars par jour ou moins. En 2012, entre 1,5 et 2,5 milliards de personnes souffraient de malnutrition dans le monde. En 2020, les Nations unies elles-mêmes ont admis qu’environ 21 000 personnes dans le monde mourraient chaque jour de causes liées à la faim – soit 7,6 millions par année! – et que la situation se dégradait. Pour mettre fin à cette situation aberrante, il faut lutter contre l’exploitation et faire la révolution partout!

  3. Le prolétariat international et les peuples du monde entier n’ont aucun intérêt à soutenir les rivalités impérialistes et les politiques guerrières des classes dominantes décadentes. C’est pourquoi les communistes prônent l’internationalisme prolétarien : l’unité absolue entre les prolétaires de toutes les nations et de tous les pays. En se soulevant comme une seule armée internationale contre le camp impérialiste, les prolétaires de tous les pays ainsi que les peuples des pays dominés mettront fin au chaos planétaire provoqué par le capitalisme. Certes, la révolution se développera de manière inégale, non-simultanée et chaotique à travers le monde. Mais les prolétaires de partout sur la planète finiront par triompher ensemble et par se rassembler sous le communisme mondial.

  4. Le Canada est un pays impérialiste. La bourgeoisie canadienne exporte ses capitaux dans les pays dominés afin d’y exploiter la main d’œuvre locale bon marché et d’y piller les ressources naturelles. On peut par exemple mentionner les compagnies minières canadiennes actives partout dans le monde, les banques canadiennes présentes dans les Caraïbes, en Amérique latine, en Asie, etc. Au début des années 2010, le Canada possédait la moitié des compagnies minières internationales cotées en bourse opérant sur le continent africain. Les investissements miniers canadiens en Afrique sont passés de 233 millions de dollars en 1989 à 37,8 milliards de dollars en 2019. Dans l’ensemble des 96 pays étrangers où les compagnies minières canadiennes étaient présentes, les actifs miniers canadiens s’élevaient à 177,8 milliards de dollars en 2019. De manière générale, le stock des investissements directs canadiens à l’étranger, tous secteurs confondus, s’élevait à 1 469,3 milliards de dollars à la fin de 2020.

  5. Le Canada intervient militairement contre les peuples du monde et au détriment de la souveraineté des nations dominées pour protéger les intérêts de la bourgeoisie canadienne et de ses alliés impérialistes. Par exemple, les Forces armées canadiennes ont joué un rôle de premier plan dans la guerre injuste menée par les États-Unis et l’OTAN contre le peuple afghan au cours des deux dernières décennies. Notre Parti s’oppose résolument à ces actions de la classe dominante canadienne à l’étranger et se place dans le camp des peuples victimes des gestes d’agression du Canada et de ses alliés.

  6. Si la dénonciation de l’impérialisme canadien dans le monde constitue l’une de nos tâches internationalistes prioritaires, notre Parti s’oppose bien entendu à toutes les puissances impérialistes (États-Unis, France, Allemagne, Chine, Russie, etc.) ainsi qu’aux classes dominantes locales qui leur sont subordonnées dans les pays dominés. Notamment, la concurrence entre le bloc impérialiste mené par les États-Unis, actuellement en déclin, et le bloc impérialiste sino-russe, qui a présentement le vent dans les voiles, constitue aujourd’hui la plus grande source d’instabilité dans le monde et fait courir de graves risques à l’humanité. Le repartage incessant du monde se cristallise aujourd’hui dans l’opposition entre les États-Unis et la Chine ainsi qu’entre leurs alliés respectifs. Le Canada se range comme une puissance impérialiste moyenne derrière les États-Unis. Les politiques menées de part et d’autre doivent être vigoureusement dénoncées par le prolétariat mondial.

  7. L’époque de l’impérialisme, c’est aussi l’époque de la révolution prolétarienne mondiale. Notre Parti appuie tous les soulèvements populaires dans le monde qui renforcent le camp de la révolution socialiste. Nous sommes solidaires des partis communistes qui dirigent des guerres populaires dans leurs pays, comme le font actuellement le Parti communiste d’Inde (maoïste) et le Parti communiste des Philippines.

  8. Notre Parti vise à développer des liens étroits avec l’ensemble des organisations et des partis véritablement maoïstes dans le monde. Nous prônons le développement d’un véritable mouvement révolutionnaire international composé des partis communistes de chaque pays qui se préparent à déclencher le processus de prise du pouvoir par l’insurrection et la guerre populaire ainsi que de ceux qui l’ont déjà fait.

Le marxisme-léninisme-maoïsme et le parti ouvrier d’avant-garde

  1. Le PCR-Canada est un parti prolétarien d’avant-garde : il regroupe les ouvriers, les travailleurs et les éléments du peuple les plus combatifs, les plus disciplinés et dont la conscience de classe est la plus élevée. Il vise, tel que le faisaient les partis de l’Internationale communiste, à devenir l’état-major du mouvement prolétarien : « à marcher à la tête des masses, comme leur partie la plus vaillante, la plus prudente, la plus clairvoyante ». Sans une telle force dirigeante pour le guider, le prolétariat ne peut pas se lancer dans la lutte avec assurance et encore moins triompher de son ennemi de classe.

  2. Comme l’écrivait Lénine en 1902, « sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ». Sans s’appuyer sur les acquis théoriques du passé et sans avoir assimilé les enseignements des expériences révolutionnaires antérieures survenues partout dans le monde, le prolétariat reste démuni et ne peut atteindre la victoire complète contre la bourgeoisie. Par conséquent, il doit impérativement se servir de la science la plus avancée pour analyser la société actuelle et pour saisir les conditions du combat pour le communisme. C’est pourquoi il a besoin d’un parti qui concentre en lui l’ensemble de ces connaissances scientifiques : un parti qui, comme l’écrivaient Marx et Engels dans Le Manifeste du parti communiste, possède une « intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien ». Aujourd’hui, un tel parti doit se baser sur la science révolutionnaire la plus développée : le marxisme-léninisme-maoïsme (MLM).

  3. Le marxisme-léninisme-maoïsme représente la synthèse de l’expérience et des connaissances accumulées par le mouvement communiste international depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui. En particulier, il représente la somme de la théorie scientifique développée par Marx, Lénine et Mao lors de trois moments clés de l’histoire de la révolution prolétarienne mondiale. Chacun de ces grands dirigeants révolutionnaires a été le représentant de quelque chose de réel, d’une situation objective; chacun a été le reflet de son époque, l’expression politique de la lutte des classes à un moment donné de l’histoire; chacun doit être considéré comme le représentant historique d’un grand jalon dans le combat du prolétariat international.

  4. Karl Marx – ainsi que son fidèle camarade Friedrich Engels – représente la naissance du mouvement ouvrier et du communisme scientifique, les premières expériences révolutionnaires du prolétariat comme la Révolution de juin 1848 en France et la Commune de Paris de 1871, en passant par la création de l’Association internationale des travailleurs (AIT) – aussi appelée Première Internationale – en 1864. Le grand jalon posé par Marx et Engels est notamment celui de l’élaboration du matérialisme dialectique et du matérialisme historique; de la découverte géniale des lois du développement social et en particulier de celles du mode de production capitaliste, de la compréhension de la nature de l’État et de la reconnaissance de la nécessité de la dictature du prolétariat.

  5. Vladimir Lénine – ainsi que son continuateur immédiat Joseph Staline – représente la victoire de la voie révolutionnaire contre l’opportunisme des dirigeants de la Deuxième Internationale; le surclassement de la social-démocratie par le communisme; l’alliance du prolétariat et de la paysannerie et la prise du pouvoir par les masses exploitées lors de la révolution d’Octobre 1917; la première expérience d’édification réelle du socialisme – celle de l’État soviétique en Russie de 1917 à 1953 ; ainsi que la création de l’Internationale communiste – aussi appelée Troisième Internationale. Entre autres, Lénine a fait progresser la science révolutionnaire à travers son analyse de l’impérialisme en tant que stade suprême du capitalisme; à travers l’élaboration d’une nouvelle conception du parti prolétarien – le parti d’avant-garde centralisé composé de révolutionnaires professionnels; et à travers l’approfondissement des notions fondamentales d’insurrection et de guerre civile révolutionnaire, y compris la guerre de partisans. Surtout, Lénine a montré l’exemple sur la question de l’initiative révolutionnaire : il a été un maître de la conjoncture et a su saisir le bon moment pour mettre le prolétariat au pouvoir en plus d’avoir assimilé admirablement la compréhension marxiste de la société bourgeoise.

  6. Mao Zedong, quant à lui, représente la victoire de la guerre populaire prolongée en Chine en 1949; l’extension de la révolution prolétarienne à la planète entière; la réalisation de la révolution socialiste au sein des pays dominés par l’impérialisme; l’élargissement de la lutte révolutionnaire à travers l’alliance avec la bourgeoisie nationale et les classes progressistes des pays dominés; la lutte internationale contre le révisionnisme moderne représenté par les révisionnistes krouchtchéviens ayant restauré le capitalisme en URSS après la mort de Staline; et finalement la Grande Révolution culturelle prolétarienne – soulèvement des masses chinoises déclenché en 1966 ayant permis d’empêcher le rétablissement de la dictature bourgeoise jusqu’en 1976 en Chine. La contribution principale de Mao Zedong à la théorie révolutionnaire réside dans son approfondissement inestimable de la science militaire du prolétariat : dans l’élaboration de la théorie de la guerre populaire prolongée. On doit aussi à Mao, entre autres, la notion fondamentale de front uni (étroitement liée à la guerre populaire); la notion de démocratie nouvelle en tant que prélude nécessaire à la révolution socialiste dans les pays dominés; ainsi que des enseignements précieux sur la construction du socialisme et sur la continuité de la lutte des classes sous la dictature du prolétariat. Finalement, Mao a maintenu vivante la philosophie en enseignant à ses cadres le matérialisme dialectique et en le mettant en pratique dans la lutte politique.

  7. Le marxisme-léninisme-maoïsme est le marxisme de notre époque : c’est la continuité de l’œuvre scientifique entamée par Marx et Engels au XIXe siècle. Il est basé sur la méthode matérialiste dialectique selon laquelle le monde matériel prime sur les idées et selon laquelle la conscience est le reflet de la matière en mouvement. Pour étudier, pour enquêter, pour apprendre, pour connaître, pour comprendre, pour concevoir, pour expliquer, pour transformer, pour agir, nous comptons sur cette science puissante que tout groupement de travailleurs aurait tort de négliger. Marx dit de la dialectique matérialiste qu’elle est « la science des lois générales du mouvement, tant du monde extérieur que de la pensée humaine ». Ainsi, le marxisme-léninisme-maoïsme se base sur le mouvement réel de la société humaine, et non sur des inventions idéalistes développées indépendamment de l’analyse des faits sociaux objectifs. Il se base sur la pratique sociale concrète : sur l’expérience de la production et de la lutte des classes. Il est composé de connaissances acquises scientifiquement dans le processus de transformation du monde matériel, connaissances qui se vérifient dans la pratique permettant de modifier radicalement la société.

  8. L’application du matérialisme dialectique à l’étude de l’évolution des sociétés est le matérialisme historique. Le matérialisme historique postule que le fondement de toute société humaine se situe au niveau de l’économie : au niveau des forces productives (les instruments de production et les masses laborieuses qui les manient) et des rapports de production (les rapports que les êtres humains établissent entre eux afin de produire ce qui est nécessaire à leur existence). Au-dessus de cette infrastructure économique s’établit une superstructure politique (État, partis politiques, tribunaux, etc.) et idéologique (philosophie, culture, religion, art, etc.). Tous les grands événements, les grandes révolutions et les grands bouleversements sociaux dans l’histoire ont découlé du développement de la vie matérielle et économique – du développement de la production – et non du développement des idées et des concepts. Les nouvelles idées politiques, philosophiques ou artistiques ne sont que l’expression des nouvelles forces productives et des nouveaux rapports de production. Le marxisme-léninisme-maoïsme affirme que le but de la révolution prolétarienne est la transformation des rapports de production et le développement des forces productives : le passage à un mode de production supérieur.

  9. Le matérialisme historique nous enseigne que l’humanité est passée jusqu’à maintenant par quatre grands modes de production : le communisme primitif, l’esclavagisme, le féodalisme et le capitalisme. Le but de la révolution prolétarienne est la destruction du mode de production capitaliste (basé sur la propriété privée des moyens de production, l’exploitation de la plus-value et les échanges marchands) et son remplacement par le mode de production communiste (basé sur la propriété sociale des moyens de production, sur l’association libre et égalitaire des travailleurs et sur la planification économique).

La centralité ouvrière

  1. Nous appuyons le principe de la centralité ouvrière, c’est-à-dire la vérité selon laquelle le prolétariat ouvrier – et plus particulièrement son noyau concentré dans la grande production industrielle – constitue la force motrice de la classe travailleuse et de la révolution socialiste. Le PCR-Canada vise à s’implanter et à se construire au cœur de la classe ouvrière d’abord et avant tout.

  2. Nous affirmons l’indivisibilité des intérêts du prolétariat dans son ensemble et nous prônons l’unité absolue de tous les prolétaires peu importe leur secteur d’activité, leur degré de qualification ou leurs conditions d’existence actuelles. Nous cherchons à unir et à mobiliser pour la révolution l’ensemble des grands groupes qui composent le prolétariat.

  3. Nous nous appuyons sur le mouvement ouvrier actuel ainsi que sur les revendications prolétariennes qui y sont exprimées constamment – et que nous n’avons pas à inventer! Nous prenons part aux luttes économiques et syndicales menées régulièrement par les travailleurs contre les capitalistes et nous cherchons à leur donner une direction politique révolutionnaire. Nous sommes entièrement partisans de la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier afin de transformer ce dernier en un puissant torrent qui renversera la bourgeoisie et le capitalisme.

  4. Nous affirmons que le mouvement syndical actuel possède une double nature. Nous reconnaissons, d’une part, son rôle utile et indispensable dans la défense économique immédiate des travailleurs. D’autre part, nous dénonçons le caractère bourgeois de sa direction sur le plan politique. Pour que le prolétariat puisse prendre le pouvoir et vaincre la bourgeoisie, la direction bourgeoise du mouvement ouvrier devra ultimement être remplacée par une direction prolétarienne et communiste. C’est avec la maturation de la lutte politique révolutionnaire et avec la montée vers le pouvoir du prolétariat guidé par son parti d’avant-garde que la transformation du mouvement ouvrier dans son ensemble sera possible.

  5. Nous adhérons au mot d’ordre léniniste « plus profondément dans les masses », c’est-à-dire que nous reconnaissons la nécessité de nous lier avec les larges masses de travailleurs à la base des organisations syndicales et dans les milieux de travail non syndiqués.

  6. Nous visons à faire émerger un fort courant de lutte politique pour le socialisme au sein du mouvement ouvrier en nous appuyant principalement sur ces larges masses de travailleurs. Afin d’agir dans les syndicats, nous prônons le développement d’une ligne syndicale tactique permettant de nous positionner face aux enjeux concrets et immédiats de la lutte économique.

  7. Le conflit permanent entre les travailleurs et la bourgeoisie est quelques fois latent, quelques fois ouvert, mais il brûle toujours sous les cendres. Les confrontations et les luttes connaissent immanquablement des pointes et des creux. Elles restent une donnée définitive des rapports de classes sous le capitalisme. Pour mettre le plus de clarté possible sur le pourquoi, le comment et le résultat de ces conflits et de ces luttes, nous appliquons dans toutes les circonstances notre ligne syndicale, laquelle doit être compréhensible et adaptée. Notre ligne syndicale n’est pas idéologique. Elle ne se nourrit pas de chimères ni de fantasmes. Elle n’invente pas, sous une forme ou une autre, un « syndicalisme rouge » ou un « syndicalisme révolutionnaire » qui n’en aurait que l’étiquette. Nous favorisons l’unité la plus large de tous les ouvriers et de tous les employés d’exécution dans un même syndicat; nous voulons que tous les ouvriers isolés dans les petits milieux de travail puissent rejoindre cette grande union; nous appuyons et popularisons les revendications ouvrières; nous encourageons le combat pour l’augmentation des salaires, contre les dangers au travail, pour l’amélioration des horaires, des retraites, des congés et des protections diverses; nous appuyons les grèves; nous favorisons les grèves courtes et percutantes; quand, à cause de la résistance des patrons, elles ne peuvent être courtes, nous disons qu’elles deviennent alors l’affaire de toute notre classe; il faut conséquemment multiplier les appuis, les comités, se solidariser d’une usine à l’autre, et multiplier les actions pour faire plier les bourgeois. Dans les usines, les entrepôts, les garages, sur les chantiers, nous mettons sur pied des comités du Parti. Nous ne nous perdons pas dans toutes sortes de caucus avec des opportunistes. Nous luttons pour que la classe ouvrière prenne le pouvoir et dirige la production. Mais pas que la production! Toute la société doit tomber sous la direction collective de notre classe!

La théorie du parti communiste complet : notre synthèse des quatre formes objectives de l’action révolutionnaire

  1. Les sociétés et les grands modes de production historiques naissent et meurent dans la violence. « La violence, disait Marx, est l’accoucheuse de l’histoire ». Ce n’est pas un choix ou une option. Il n’y a pas là l’objet d’une délibération morale. Mais en matérialistes, nous savons également que la violence n’est pas une et indivisible. Il y a la violence qui tente d’aller à rebours de l’histoire, de maintenir un vieux régime ou une vielle classe sociale au pouvoir, de prolonger un empire, une domination coloniale ou impérialiste, d’étirer l’oppression d’un peuple ou d’une nation. Cette violence à rebours de l’histoire est condamnée. La défaite et la honte guettent ses propagateurs. Et il y a par contre la violence objective qui marque la fin d’un vieux régime, le développement d’un mode de production progressiste, le remplacement d’une classe réactionnaire, la lutte contre un empire, la libération d’un peuple, etc. Celle-ci accompagne toujours la réalisation de la lutte des classes. C’est pourquoi nous pouvons dire avec Engels : « Un cri de guerre va retentir : Guerre aux palais, paix aux chaumières! »

  2. Le PCR-Canada est une organisation de combat : il lutte pour le renversement de la bourgeoisie canadienne à travers la destruction complète de l’État bourgeois canadien. S’organisant de manière conforme à ses buts, notre Parti dissimule entièrement son fonctionnement interne, protège l’identité de ses militants et se soustrait à tout contrôle des autorités. Tout en profitant de la légalité bourgeoise et en déployant des formes d’agitation et de propagande ouvertes, il vise à développer le travail secret et illégal. Il ne cherche aucune reconnaissance officielle de la bourgeoisie, refuse toute participation aux instances de l’État bourgeois et ne vise pas à faire élire de députés au parlement.

  3. Le PCR-Canada cherche à devenir un parti révolutionnaire complet. Il veut éviter à tout prix de se spécialiser dans un domaine d’action en particulier (que la propagande, que la lutte économique, que l’action armée, etc.). Il cherche plutôt à maîtriser la totalité des formes objectives de l’action révolutionnaire. Autrement dit, il cherche à combiner l’ensemble des formes de lutte et des moyens d’action développés historiquement par les avant-gardes communistes. Il puise notamment dans l’expérience du Parti bolchévik de Lénine, des partis de l’Internationale communiste de 1919 à 1943, du Parti communiste du Canada dans les années 1920 et 1930 alors qu’il a monté spectaculairement dans la classe ouvrière, des partisans anti-fascistes européens de la Seconde Guerre mondiale, du Parti communiste chinois dirigé par Mao Zedong, des communistes vietnamiens pendant la guerre de résistance antifrançaise et pendant la guerre du Viêt Nam, des organisations marxistes-léninistes renaissantes dans les années 1970 au Canada, des organisations combattantes européennes des années 1970-1980, et des partis maoïstes du Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI) ayant existé de 1984 jusqu’aux alentours de 2010.

  4. Nous affirmons que pratiquement toute l’activité d’un parti communiste, hormis un certain nombre de tâches administratives ou de représentation, appartient, par la force des choses et la réalité politique objective de la lutte des classes, à l’une ou l’autre des quatre formes objectives de l’action révolutionnaire : 1) la propagande politique générale (dite classique), 2) l’action révolutionnaire parmi les masses (ARM), 3) la propagande armée (PA), et 4) la guerre populaire prolongée (GPP). Ces dernières existent en tant que formes historiques, soit en tant que réalités objectivées par l’expérience historique du prolétariat international, et cela, indépendamment de la manière avec laquelle une organisation ou un parti les assume ou les nie, les prend en charge ou les néglige. Assumées et prises en charge, elles sont autant de possibilités et de capacités ouvertes pour l’action révolutionnaire. Niées et négligées, elles sont autant de capacités d’initiative et de résistance laissées à la bourgeoisie et à ses alliés politiques.

  5. La propagande politique générale réfère aux méthodes habituelles de lutte idéologique exécutées par la transmission des idées au moyen d’outils de communication écrits, parlés, électroniques, imprimés; au moyen de cours, de conférences, de production et d’édition de matériel théorique et scientifique du MLM, etc.

  6. Cette propagande permet de faire en sorte que les masses reconnaissent la nécessité du parti ainsi que sa direction, élèvent leur niveau de conscience de classe, et se considèrent comme classe en soi. Les organes de cette propagande répercutent parmi les masses les orientations et les mots d’ordre nécessaires au renversement de la classe capitaliste. Le parti, de manière concrète, se pose en centre intellectuel hégémonique du prolétariat dans la lutte des classes. Bref, cette propagande fait apparaître le parti comme le centre dirigeant révolutionnaire.

  7. L’expression des communistes ne peut se réduire seulement aux formes les plus classiques. Cependant, par le fait qu’elle parvient à synthétiser une pensée et à la rendre intelligible, la propagande politique générale fait progresser en clarté la ligne politique défendue auprès de l’avant-garde et des masses prolétariennes.

  8. L’action révolutionnaire parmi les masses réfère à la présence agissante des militants du parti au sein du prolétariat et des couches populaires, dans toutes les circonstances politiques de leur réalité vivante. Elle n’est pas une simple présence-reflet comparable à celle que pratiquent tous les courants spontanéistes comme l’anarcho-syndicalisme ou le populisme radical qui au fond se contentent de refléter les luttes ou les mouvements qui se forgent ici et là. Notre présence est plutôt une présence d’avant-garde, consciente, politique, faisant preuve constamment d’initiative pour élever les luttes et les objectifs des masses. En somme, les opérateurs de l’ARM font un travail communiste indépendant.

  9. Les révolutionnaires déploient, entre autres, les formes de lutte et les moyens de combat utilisés historiquement par le prolétariat international pour résister au capitalisme, qu’il s’agisse des grèves, du sabotage, des barricades, des manifestations, des occupations, etc. La tâche du parti est d’utiliser le patrimoine de formes de lutte déjà accumulé en plus de systématiser les nouvelles formes de lutte qui surgissent au sein des masses.

  10. À un certain stade de son développement, le parti d’avant-garde génère la création d’un nombre important de mouvements et d’organisations à travers le pays qui adoptent un style et une pratique maoïstes bien démarqués, prélude au déferlement d’une vague de luttes et de combats. Le style et la pratique du parti sont eux-mêmes une forme de propagande.

  11. La propagande armée est la forme supérieure et nécessaire de la propagande. Elle tend à s’adresser à la nation tout entière, à la société dans sa totalité. La propagande armée est la forme objective de l’action révolutionnaire qui regroupe l’ensemble des moyens armés (c’est-à-dire ceux incorporant l’usage du feu) employés avant la guerre populaire et contribuant à sa préparation politique. Ce n’est qu’à partir du déclenchement de la GPP que la PA devient subordonnée à l’aspect militaire de la lutte, lui-même subordonné à la direction politique du parti.

  12. La PA est dirigée contre des biens, des instances, des appareils organisés, des moyens et des dispositifs de la bourgeoisie pour occasionner leur destruction partielle ou totale. Surtout, elle sert de support ou de véhicule au discours révolutionnaire dans la lutte des classes. Son message est sans ambiguïté; sa portée est nationale. Elle a le potentiel de parler aux masses mieux qu’un million de tracts. Elle valide matériellement la possibilité pour le peuple de remporter des victoires. Elle a comme objectif de libérer l’expression et l’activité politiques des communistes. La propagande armée a principalement une fonction politique dans la lutte des classes, et ce, même si elle peut aller jusqu’à prendre une forme militaire. Le contenu de ce qu’elle propage est plus important que le moyen dont elle se sert.

  13. Avec le léninisme, au début du XXe siècle, le prolétariat révolutionnaire a compris qu’un parti ouvrier n’était pas la simple addition de plusieurs groupe locaux circonscrits aux limites de plusieurs usines ou de plusieurs localités, mais qu’il devait propulser sa politique devant le peuple entier. Dans « Que faire? », Lénine disait que « seul le parti qui organisera véritablement des révélations à l’intention du peuple entier pourra devenir, de nos jours, l’avant-garde des forces révolutionnaires. » Plus d’un siècle plus tard, dans des pays qui ne sont plus soumis au sens strict à des gouvernements aristocratiques s’appuyant sur l’inexistence de droits démocratiques, mais à des démocraties bourgeoises éprouvées et puissantes, la nécessité d’une propagande portée devant le peuple entier est une chose tout aussi certaine, sinon davantage encore. En contrepartie, force est d’admettre que la forme journalistique des révélations est devenue insuffisante. Pour s’accomplir, cette propagande devant le peuple entier doit inclure les moyens de la propagande armée.

  14. La PA est une éducatrice de premier ordre. Elle révèle au grand jour où campent toutes les forces politiques, toutes les classes, tous les courants dans la société, tous les grands et les petits chefs. Elle jette bas bien des masques. Elle éduque toutes les classes quant à la réalité des contradictions et des enjeux politiques dans la lutte des classes. De surcroît, elle éduque peu à peu le prolétariat et ses militants d’avant-garde sur l’étendue des capacités qu’ils doivent acquérir pour vaincre le pouvoir de la bourgeoisie.

  15. Dans un pays vaste, multi-national et multi-linguistique, où les disparités régionales et économiques sont nombreuses, les moyens de cette nouvelle propagande sont un recours nécessaire pour élever la propagande et la porter au niveau d’une lutte politique véritable. Elle a le pouvoir de traverser les distances, les régions, les différences entre les secteurs de l’économie, entre les couches d’ouvriers et les groupes linguistiques, etc. Toutes les classes de la société sont concernées par les défis ainsi posés, mais évidemment dans des directions contraires et avec des effets opposés : négativement pour les classes dominantes, et positivement pour le prolétariat et la masse des travailleurs. Ce n’est qu’ainsi, en touchant et en atteignant toutes les classes et tous les groupes dans la société, en bouleversant les vieux accords, en réveillant les soumissions dormantes et en congédiant les alliances qui se maintiennent depuis si longtemps, que la lutte des classes va monter et va progresser pour atteindre sa dimension politique; que la lutte de classe va devenir une lutte pour renverser l’État bourgeois.

  16. Notre Parti travaille au développement de ce que nous appelons une aire vaste de propagande et d’organisation (AVPO) au sein du prolétariat et des masses, ce qui signifie que nous devons développer notre maîtrise des deux formes de l’action révolutionnaire que sont d’abord la propagande politique générale et l’action révolutionnaire parmi les masses (ARM) pour enfin poursuivre leur développement en synergie. C’est dans le prolongement du développement de cette AVPO que peut émerger la troisième forme d’action révolutionnaire : la propagande armée (PA).

  17. Au stade de préparation de la guerre populaire, la PA s’inscrit dans la continuité politique du travail du parti et non en rupture avec celui-ci. Son apparition n’indique pas de changement de période dans la lutte révolutionnaire. C’est seulement la GPP qui est structurante stratégiquement. C’est son déclenchement qui inaugure une nouvelle phase et non celui de la PA. Par ailleurs, la PA ne consiste pas en un acte de colère spontané. Elle est lourdement planifiée, et une fois qu’elle est lancée, elle ne s'arrête plus, et cela, comme c’est le cas pour toutes les autres formes de l’action révolutionnaire.

  18. Sans AVPO qui se construit progressivement, qui prend de l’ampleur et qui se consolide, la PA ne trouve pas de supporters qui la font résonner avec enthousiasme dans les masses. Elle est donc vaine. Pour amorcer la PA, il faut avoir forgé un lien fort avec les travailleurs, avec des prolétaires sujets à l’appuyer et à en propager le message. Bâtir l’AVPO, c’est donc bâtir ce dispositif multiforme et tentaculaire, cette caisse de résonance qui est à ciel ouvert, loin de la clandestinité. Plus encore, le parti doit affronter la bourgeoisie sur le plan de la propagande politique générale, de l’ARM et de la PA (les trois en simultané), jusqu’au déclenchement de la GPP. Entre-temps, avec entêtement et ténacité, le parti maintient ses acquis, continue à se développer et tient le fort jusqu’à la lutte armée.

  19. Voilà ce que nous appelons le principe de construction croisée. Autrement dit, le parti se construit en plaçant ses forces à plusieurs endroits dans la lutte des classes. En ce sens, il doit travailler à développer sa propagande politique générale adressée aux masses et à mener son action révolutionnaire dans les masses pour les entraîner à la lutte. Il doit aussi mener à bien des actions de propagande armée. Mais sans l’AVPO en progression, la PA ne peut être mise en branle.

  20. En revanche, il vient un point où sans l’émergence de la PA, l’AVPO stagne. En effet, la PA bonifie la propagande classique et redonne de la vitalité et de la crédibilité aux organisateurs dans les masses. L’AVPO est distincte et séparée de l’opérationnalisation de la PA, mais politiquement, la construction de l’une permet la construction de l’autre, et vice-et-versa. C’est aussi selon ce modèle que le développement de l’ARM doit venir aider à la préparation politique de la GPP et que celle-ci vient donner un souffle nouveau à l’ARM.

  21. Ajoutons que l’ARM n’est rien sans la propagande classique qui elle-même devient une coquille vide lorsqu’elle n’a pas d’écho dans la pratique révolutionnaire. Toutes les formes objectives de l’action révolutionnaire sont en dialogue et finissent par atteindre un niveau d’interdépendance pour tendre vers leur pleine maturation. Elles n’opèrent réellement que par synthèse politique. Autrement dit, une stimulation isolée ne produit jamais l’effet escompté. Par exemple, l’ARM prise isolément ne peut pas soulever une classe contre une autre. C’est la synthèse de la propagande classique, de l’ARM et de la PA pendant la période de préparation de la GPP et pendant le déroulement de la GPP qui peut le faire. En somme, avant le déclenchement de la GPP, c’est entre autres par le truchement de la PA que les prolétaires doivent accéder aux thèses de la GPP et être stimulés par la perspective de la prise du pouvoir.

  22. La guerre populaire prolongée, elle, réalise l’unité de toutes les méthodes de lutte et de tous les combats du prolétariat, en leur fournissant une solution qui sans elle resterait inexistante; elle réalise la lutte pour la conquête du pouvoir politique et le renversement de l’État bourgeois. La lutte armée est la forme d’action principale de la GPP. Chaque classe fait la guerre à sa façon et donc, le prolétariat a une façon de la faire qui lui est propre. En fait, la guerre populaire, c’est la lutte du prolétariat révolutionnaire et de ses alliés pour désarmer l’État bourgeois, et concurremment, la lutte du prolétariat et de ses alliés pour s’armer eux-mêmes.

  23. S’il existe une possibilité sur cent que le prolétariat fasse chuter l’État bourgeois d’abord et n’entreprenne de le désarmer qu’ensuite, il existe surtout quatre-vingt-dix neuf possibilités sur cent que ce soit l’inverse qui se produise et que le parti doive d’abord lutter pendant un certain temps pour désarmer, affaiblir et isoler l’adversaire de même que pour s’armer lui-même dans l’optique de parvenir à faire chuter le pouvoir de la bourgeoisie. À tout prendre, c’est à cette réalité des quatre-vingt-dix-neuf possibilités sur cent que notre Parti se prépare; c’est à la préparation de la guerre populaire prolongée qu’il s’affaire.

Nos principes d’organisation

  1. En tant que détachement organisé du prolétariat, le PCR-Canada n’est composé que de militants révolutionnaires actifs, faisant partie de l’une de ses instances et se soumettant à la discipline unique de l’organisation. Contrairement aux partis bourgeois, il n’accepte pas de membres passifs et de beaux parleurs.

  1. Le PCR-Canada fonctionne selon le principe du centralisme démocratique, lequel permet à la fois la liberté de discussion et l’unité dans l’action. Le centralisme démocratique favorise l’initiative à la base de l’organisation en même temps qu’il permet à son centre dirigeant d’exercer l’autorité la plus ferme de sorte que les résolutions du parti ont préséance sur le débat. Cet acquis politique du mouvement communiste n’est pas une fioriture; c’est le fondement de son organisation.

  2. La démocratie au sein du parti prolétarien ne sert pas à nier, mais bien à renforcer la discipline unique, la volonté unique, la ligne directrice unique et l’organisme dirigeant unique du parti. Pour triompher de la bourgeoisie – qui dispose d’un appareil d’État puissant et de ressources innombrables pour imposer sa conception du monde à la société –, le prolétariat a absolument besoin d’un parti centralisé et unifié. Il a besoin d’un parti monolithique, c’est-à-dire d’un parti qui n’a et qui ne présente qu’une seule ligne, laquelle dirige sa propagande et son action. Le PCR-Canada se construit conformément à cette nécessité : comme une véritable organisation d’avant-garde centralisée.

  3. L’unité de volonté et l’unité d’action du parti n’excluent évidemment pas que des débats puissent avoir lieu à l’intérieur de l’organisation. Sans débats, il n’y aurait pas de centralisme démocratique. Les débats fraternels au sein du parti doivent servir d’une part à atteindre la vérité, et d’autre part à renforcer la soumission consciente et volontaire des membres à la discipline du parti. Mais une fois les débats épuisés, la discussion doit prendre fin et l’unité d’action doit prévaloir. Aussi, dans le parti, la minorité doit se soumettre à la majorité; les instances inférieures doivent se subordonner aux instances supérieures.

  4. Toutefois, l’histoire enseigne que des contradictions et des divergences plus profondes, c’est-à-dire des positions ayant tendance à éloigner le parti de son orientation révolutionnaire, peuvent parfois apparaître dans les rangs du parti sous la pression que la bourgeoisie et les couches non prolétariennes exercent immanquablement sur le prolétariat et son avant-garde (ces derniers n’évoluant pas en vase clos, mais bien dans une société traversée par la lutte des classes). Ces contradictions et ces divergences menacent alors de se cristalliser dans une ligne opportuniste qui revient à protéger la bourgeoisie. La probabilité qu’une telle ligne politique se développe est particulièrement élevée lors des moments décisifs et des tournants dans la lutte des classes. Afin de ne pas être pris au dépourvu, le parti doit chercher à anticiper ces moments et s’y préparer.

  5. Pour empêcher l’émergence d’une ligne bourgeoise qui briserait son unité et menacerait de changer son caractère de classe, le parti doit lutter fermement contre les déviations et chercher à les supprimer dès qu’elles se manifestent, et ce, en n’hésitant pas à expulser de ses rangs les opportunistes avérés ainsi que les éléments désagrégateurs. En effet, une avant-garde révolutionnaire authentique ne saurait tolérer de tels individus en son sein. Si le parti doit faire preuve d’une fermeté implacable contre les opportunistes et lutter pour empêcher leur présence dans ses rangs, il doit également s’assurer, à travers une éducation politique constante, que l’ensemble de ses cadres et de ses militants honnêtes sont en mesure d’assimiler la ligne prolétarienne, de repérer les déviations opportunistes et de mener la lutte contre elles. En appliquant correctement ces mesures, il est tout à fait possible d’empêcher l’émergence d’une ligne bourgeoise et de préserver la ligne prolétarienne unique du parti.

  6. Cela dit, l’histoire du mouvement communiste montre que dans certaines circonstances, l’unité d’un parti peut se trouver momentanément brisée : qu’une fraction défendant une ligne bourgeoise et opportuniste peut effectivement se développer au sein de l’organisation. Les partisans du camp prolétarien doivent, dans cette situation, prendre tous les moyens nécessaires pour écraser la ligne adverse afin de restaurer l’unité du parti et de sauvegarder son caractère révolutionnaire. Si la direction du parti est tombée entre les mains d’opportunistes bourgeois, le camp révolutionnaire doit absolument refuser de s’y soumettre et se révolter contre elle. Comme le maoïsme l’enseigne, il doit alors « bombarder le quartier général ». Dans ce cas, la lutte des classes prime bien entendu sur l’aspect formel du centralisme démocratique. La lutte entre les deux lignes peut ainsi mener à des expulsions, à des vagues d’épuration, voire à une scission. Malgré son caractère antagonique, elle doit néanmoins comporter un aspect important d’éducation. Cette dernière doit permettre de rehausser le niveau politique du parti – voire des masses à l’extérieur du parti – et d’empêcher la ligne bourgeoise de réémerger.

Contre le programme postmoderne de la grande bourgeoisie canadienne!

  1. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la bourgeoisie des pays impérialistes occidentaux comme le Canada est engagée dans un processus continu et prolongé de démocratisation stratégique afin de se maintenir au pouvoir. En 1945, les bourgeoisies gagnantes ont choisi l’option de la démocratie bourgeoise pour vaincre le communisme. Si la bourgeoisie avait mis en place des régimes fascistes dans chaque pays capitaliste développé, elle aurait été rapidement balayée par la classe ouvrière et les masses populaires révoltées contre ses méthodes tyranniques, terroristes et sanguinaires. En revanche, la démocratie bourgeoise a permis aux classes dominantes de conserver leur pouvoir et de retrouver une certaine légitimité. Aujourd’hui, cette démocratie est une finalité incontournable pour la bourgeoisie.

  2. On assiste depuis ce moment à un long processus de perfectionnement de la démocratie bourgeoise. Les tâches démocratiques qui n’avaient pas encore été accomplies (par exemple l’atteinte de l’égalité juridique complète entre les hommes et les femmes) sont réalisées. Plus le temps avance, et plus l’ampleur des revendications démocratiques à satisfaire se réduit. La bourgeoisie en arrive à un point où elle ne peut plus que peaufiner et polir ses institutions démocratiques. C’est l’étape à laquelle se trouve présentement la bourgeoisie canadienne.

  3. En même temps qu’elle démocratise son État, la bourgeoisie gagne le soutien des couches intellectuelles et artistiques. Celles-ci sont entièrement rassasiées de la liberté pleine et entière que leur concède désormais le pouvoir bourgeois. Elles en ont plus qu’elles en demandent. Par conséquent, elles se portent d’emblée à la défense de la démocratie bourgeoise.

  4. Afin de s’assurer l’appui des intellectuels et des artistes, la grande bourgeoisie doit les laisser développer leurs idées et doit satisfaire certaines de leurs revendications. En même temps, cela fait son affaire puisque l’idéologie développée par la petite-bourgeoisie tend à masquer la lutte des classes et à donner l’impression que l’exploitation n’existe plus. Petit à petit, les intellectuels, les artistes, les milieux universitaires et médiatiques sont tacitement chargés de développer la nouvelle idéologie dominante : le postmodernisme.

  5. Le postmodernisme est le reflet, dans la conscience des petits-bourgeois, de la stagnation matérielle de la société capitaliste. Il s’agit d’une idéologie opposée au progrès, aux sciences et aux techniques ainsi qu’au communisme. Le postmodernisme est aussi une interprétation déformée – générée par la petite-bourgeoisie – des grandes luttes démocratiques ayant eu lieu au cours du XXe siècle et dont la plupart sont aujourd’hui résolues dans les pays impérialistes. Malgré que le capitalisme permet la résolution des revendications démocratiques réelles, la petite-bourgeoisie postmoderne, hostile à l’idée de progrès, imagine que la modernité a généré la discrimination et les « oppressions », et que celles-ci se perpétuent inlassablement. Elle voit la société se fragmenter à l’infini en une multitude « d’identités » opprimées. Dans les années 1960 et 1970, le postmodernisme s’est constitué en tant que mouvement philosophique et militant et a pris son essor. Aujourd’hui, ce mouvement est omniprésent dans la société bourgeoise.

  6. La grande bourgeoisie accepte maintenant l’intégration des thèses et de l’idéologie postmodernes au sein de ses partis politiques, de son appareil d’État, de ses institutions médiatiques et culturelles, etc. Le perfectionnement de la démocratie bourgeoise s’effectue désormais sous la bannière de cette nouvelle forme d’idéalisme. L’État capitaliste fait à présent la promotion du féminisme, de l’écologisme, du postcolonialisme, etc. Tout cela fait partie du programme postmoderne de la grande bourgeoisie.

  7. L’avant-garde prolétarienne doit refuser toute participation au mouvement postmoderne petit-bourgeois. Si elle appuie les revendications démocratiques réelles et légitimes des masses populaires, elle doit dénoncer sans réserves les revendications et les thèses idéalistes de la petite-bourgeoisie (la reconnaissance de « l’identité de genre », la « décroissance », etc.). Elle doit s’opposer avec force à l’idéologie postmoderne qui tend à affaiblir la lutte ouvrière contre la bourgeoisie, à diviser les masses, à répandre la méfiance des sciences et des forces productives et à propager l’anti-autoritarisme au profit de la classe dominante.

  8. À l’époque du perfectionnement de la démocratie bourgeoise, l’avant-garde prolétarienne doit se concentrer essentiellement sur l’exploitation économique, sur le combat sur la plus-value et surtout, sur la lutte politique qui en découle. Elle doit redoubler de vigilance pour empêcher la pénétration de l’idéalisme postmoderne dans ses rangs et développer une méfiance organisée des couches intellectuelles et artistiques de la petite-bourgeoisie. Elle doit également mener une vaste campagne de dénonciation du programme postmoderne de la bourgeoisie.

Les courants qui cherchent à nous diriger

  1. Le grand mouvement postmoderne prend la forme de divers courants qui se combinent, s’entrelacent et se mêlent à des courants antérieurs et plus traditionnels. L’ensemble de ces courants ont pénétré avec le temps le mouvement spontané des masses et ont acquis une certaine influence au sein du mouvement populaire et syndical. Ils cherchent – et parfois réussissent – à imposer leur direction idéologique et politique sur les masses. Qu’ils appartiennent au postmodernisme ou qu’ils soient plus anciens, ils tentent de concurrencer le marxisme révolutionnaire et de l’éliminer définitivement. C’est pourquoi ils doivent être combattus par les prolétaires avancés et par l’avant-garde communiste. Nous affirmons que ces courants anti-prolétariens se divisent actuellement en cinq grandes catégories, soit le réformisme militant, l’anarchisme, le féminisme, l’écologisme et le postcolonialisme.

  2. Dans la lutte politique de surface que nourrit la démocratie bourgeoise au Canada, lutte qui est superficielle mais néanmoins foisonnante, il n’existe plus à proprement parler de grande social-démocratie classique comprise comme une fusion entre la couche dirigeante du mouvement syndical et un solide appareil parlementaire et électoraliste, fusion dont la raison d’être est d’hégémoniser l’activité politique de la classe ouvrière. Il reste encore quelques vestiges régionaux d’une forme de « triple-alliance » (secteurs du NPD, grands groupes ouvriers, appareils syndicaux). Mais ces vestiges sont très épars et minoritaires. Le NPD s’est défait de ses amarres ouvrières. Il s’est amalgamé à une vaste famille recomposée dont on chercherait en vain à fixer précisément les liens matrimoniaux. Nous parlons donc ici du réformisme militant, dit aussi le « flanc gauche de la bourgeoisie ». Le NPD en est, comme le Parti vert, l’ancien Parti communiste du Canada, Québec solidaire, les trotskystes, le réseau des ONGs, des appareils de recherche alternatifs et nationalistes, les mouvements communautaires, et tous les « maîtres-passeurs » qui ont pour fonction permanente dans la lutte des classes d’encadrer le militantisme ouvrier et populaire de manière à ramener les égarés (les jeunes et les prolétaires qui cherchent la voie de la révolution) dans le giron de la démocratie bourgeoise. Le réformisme militant n’est pas porteur d’une issue au capitalisme propre à lui. Il n’est qu’un trait d’union néfaste et inutile entre les partis politiques bourgeois qui dominent les parlements et les masses populaires. On ne peut lui faire confiance. Ses idées sont flexibles comme des roseaux. Il s’esquive sur toutes les questions fondamentales. Il veut nous diriger mais ne connaît même pas son propre chemin. Le réformisme militant, comme courant, correspond en tout point au portrait que Lénine dressait de Trotski, le social-démocrate russe : « Il a toujours eu coutume de s’échapper par la tangente et de passer d’un camp à l’autre. »

  3. Dans l’histoire récente de la lutte des classes dans notre pays, l’anarchisme a sans doute été le courant le plus désorganisateur. À mesure qu’il se dépouillait de ce qu’il avait de positif intrinsèquement, à savoir une adhésion à la classe ouvrière et une haine réelle de l’exploitation, il devenait une porte d’entrée pour toutes les idées à la mode les plus néfastes. Sans en faire un absolu, nous identifions trois courants anarchistes principaux: les anarchistes de classe qui se revendiquent de l’héritage du syndicalisme révolutionnaire; les anarchistes individualistes qui s’alimentent comme des gloutons des idées les plus aberrantes du postmodernisme; et les anarchistes paysans qui critiquent le capitalisme et lui opposent un retour à l’économie artisane. Les premiers déclinent, leur pratique est symbolique et sans issue propre. Les seconds sont les plus nombreux. Ils cherchent à remplacer la rationalité par l’irrationalité. Les troisièmes ont le vent dans les voiles. Ils s’implantent en région. Ils développent une pratique économique. Ils sont très éloignés du socialisme mais, peut-être plus que les autres, vont devoir croiser notre chemin… et nous le leur.

  4. Le féminisme est un courant influent dans le mouvement populaire et syndical. Il est directement alimenté par les milieux universitaires, médiatiques et politiques. Les journaux, la télévision, la radio et les artistes en font la promotion en permanence. Au Canada, ce courant entièrement petit-bourgeois et idéologique est un reliquat du mouvement historique des femmes ayant existé à la fin du XIXe siècle et durant une partie du XXe siècle, mouvement progressiste et légitime s’étant développé en réponse à l’injustice qui frappait les femmes dans leur ensemble à l’époque où elles étaient privées des droits et du statut social dont jouissaient alors les hommes. Même s’il contenait déjà à l’époque des éléments idéologiques superflus et réactionnaires, le féminisme comportait tout de même à ce moment-là un aspect démocratique important. Or, le mouvement revendicatif historique des femmes est tombé en caducité au Canada depuis que l’émancipation – notamment juridique – du sexe féminin a été gagnée. Conséquemment, le courant militant étiqueté « féministe » qui perdure au pays est désormais presque entièrement basé sur de l’idéologie : il a perdu tout contenu démocratique et est rendu strictement idéaliste.

  5. En tant que partie intégrante du grand mouvement postmoderne, le féminisme encourage aujourd’hui une lutte des sexes divisive en prônant notamment la suspicion et les dénonciations à outrance. Il invente sans cesse des formes d’oppression inexistantes et encourage les militants à s’investir dans des luttes irréelles et petites-bourgeoises (visant par exemple à transformer la grammaire et le langage, à réformer les individus dominés par le soi-disant « sexisme inconscient », etc.). Il met de l’avant une politique de l’identité selon laquelle les personnes doivent être jugées en fonction de leur « genre » et non en fonction de leurs qualités personnelles; selon laquelle les idées doivent être jugées en fonction du « genre » de la personne qui les formule et non en fonction de leur contenu; etc. Prétendant s’adresser à l’ensemble des femmes, il sert dans les faits d’étendard à une mince couche de femmes issues de la petite-bourgeoisie qui aspirent à développer leur carrière et à briller socialement.

  6. N’étant plus lié à aucun mouvement revendicatif réel, le féminisme dégénère nécessairement vers les formes d’idéalisme les plus extrêmes. Ainsi, il se confond de plus en plus avec l’idéologie queer et le mouvement trans, lesquels se caractérisent par la négation anti-scientifique du sexe biologique, par l’ultra-individualisme et par la promotion de la multiplication « d’identités » et « d’expressions de genre » inventées. Les partisans d’une conception matérialiste du monde doivent impérativement s’opposer aux thèses insensées propagées par ces sous-courants. Les personnes « non binaires », les personnes « trans », les personnes ayant un « genre fluide », etc., n’existent nulle part sauf dans leur propre conscience. Le sexe biologique, lui, existe dans le monde matériel.

  7. Finalement, le féminisme se porte désormais de plus en plus à la défense de la prostitution – pourtant l’un des produits historiques les plus patents du patriarcat et de l’oppression des femmes. Cette activité aberrante, dégradante et malsaine est rebaptisée « travail du sexe » par les idéologues postmodernes, ce qui revient à dire qu’ils la considèrent comme « un travail comme un autre ». En fait, ce point de vue réactionnaire n’est que l’expression des intérêts d’une poignée de femmes et d’hommes de la petite-bourgeoisie qui s’enrichissent de manière parasitaire en offrant leurs « services » sexuels en tant « qu’auto-entrepreneurs », en plus de servir les intérêts des proxénètes et autres barons de la prostitution qui font des affaires d’or sur le dos de femmes maintenues dans une situation de quasi-esclavage. En dépit de ce que pensent les féministes, la classe ouvrière rejette la prostitution et l’éliminera en prenant le pouvoir.

  8. Parmi l’ensemble des courants qui cherchent à exercer leur influence sur les masses et sur les militants, l’écologisme est sans doute celui ayant connu l’ascension la plus importante dernièrement. Malgré les habits « scientifiques » dont il se pare, l’écologisme n’est rien d’autre qu’une idéologie : qu’un point de vue petit-bourgeois et idéaliste sur la nature, sur l’organisation économique de la société et sur les forces productives. C’est l’idéologie selon laquelle l’être humain doit se soumettre à la puissance de la nature – considérée comme une chose immuable devant être préservée dans un état fantasmé – au lieu de chercher à la maîtriser en la transformant. Selon l’écologisme, le développement historique de la production a mené à une crise écologique globale et insurmontable obligeant maintenant l’humanité à faire marche arrière. Il faudrait ainsi lutter pour la réduction de l’intensité de l’activité humaine, pour l’abandon des forces productives modernes (comme l’énergie atomique, l’agriculture industrielle, etc.), voire pour la décroissance économique. Or, ces objectifs sont non seulement impossibles, mais ils sont réactionnaires et condamneraient l’humanité à une dégradation considérable de ses conditions d’existence.

  9. Puisqu’ils s’opposent au développement industriel, les écologistes s’opposent à la classe ouvrière et au contrôle ouvrier sur la production. Les prolétaires doivent rejeter entièrement les illusions propagées par ce courant idéaliste et rétrograde. Contrairement à ce que l’on entend partout, il n’y a pas de grande « crise écologique » ou de grande « crise climatique » menaçant la vie sur Terre ou l’existence des civilisations humaines. L’humanité n’a pas fait l’erreur d’associer le progrès au développement de la production. Les défis posés par l’acte de transformation de la nature peuvent tous être surmontés grâce au progrès des sciences et des techniques. Bref, il n’y a pas de lutte écologiste à mener : il n’y a que la lutte contre l’exploitation capitaliste. Cette lutte est aussi une lutte pour un développement supérieur des forces productives et pour une plus grande domination de l’homme sur la nature.

  10. Une large tendance anti-matérialiste s’emploie depuis les années 1990 à détourner, à défaire (certains disent « à déconstruire ») les bases premières à partir desquelles s’organisent depuis plus de 170 ans le prolétariat et les travailleurs du monde entier, à savoir, la production de la vie matérielle; le travail; les rapports de production; les classes sociales et ce qui en découle concrètement, soit la lutte des classes, les syndicats, les partis, de même que les mouvements et organisations de classe. Pour nous, ces bases sont incontestables. Elles sont historiques et universelles. Les anti-matérialistes et les post-colonialistes veulent quant à eux défaire ces acquis qu’ils prétendent être une espèce « d’hyperbole théorique » appartenant à l’occident, à l’Europe et au colonialisme.

  11. Le post-colonialisme n’est pas une actualisation des luttes d’émancipation contre le capitalisme et l’impérialisme. Ce vocable est donc trompeur. C’est une tentative de direction des masses à rebours des lois universelles du développement mondial du capitalisme dans l’intention de les gagner à l’hétérogénéité permanente du monde, à ce qui est incommensurable dans les pratiques traditionnelles, au localisme, de même qu’aux croyances et cultures fragmentaires et marginales. Pour le post-colonialisme, tout ce qui est unificateur, totalisant et rassembleur dans l’explication et la transformation du monde est dit « colonial », est accusé de « marginaliser » et donc « d’exercer une domination ».

  12. Cette question est extrêmement importante partout, et en particulier au Canada. La classe ouvrière au pays est très largement multinationale. Dans nos usines, nos quartiers, nos villes, nous avons mille cultures, mille origines, mille histoires. Nous venons des Premières Nations ou d’Europe, d’Afrique ou d’Asie. C’est la lutte des classes qui nous unit et qui rendra possible le plein développement des potentialités de chacun d’entre nous. Le post-colonialisme ne vient pas de l’Orient, ni du Sud. Il vient des universités et d’un noyau idéaliste au sein de celles-ci : les sciences sociales bourgeoises.

Notre but : le socialisme et le communisme!

  1. Le communisme est une société sans classes sociales et sans État. Sous le communisme, la propriété privée des moyens de production a été entièrement abolie et remplacée par la propriété sociale. La concurrence, l’argent et le marché ont laissé entièrement la place à la planification et à la coopération libre et égalitaire entre les producteurs associés. Le communisme, c’est la réalisation complète du principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». C’est aussi la société où, comme l’a écrit Engels, « le gouvernement des personnes fait place à l'administration des choses et à la direction des opérations de production ».

  2. Le but final du mouvement prolétarien est l’établissement du communisme intégral partout sur la planète avec la suppression des barrières nationales et la fusion des nations au sein d’une grande collectivité mondiale. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, cette fusion des nations se fera de manière non forcée. Cela dit, dans les conditions induites par l’impérialisme, la révolution prolétarienne doit nécessairement se développer de manière inégale dans le monde. Elle ne pourra pas triompher dans tous les pays en même temps.

  3. Il est matériellement impossible de passer directement du capitalisme au communisme : il doit nécessairement y avoir une étape transitoire entre les deux. Cette étape de transition, c’est celle du socialisme ou encore de la dictature du prolétariat. Cette dernière sert à mater la résistance de la bourgeoisie en même temps qu’elle permet aux masses de développer leur capacité à diriger la société. Par ailleurs, l’État socialiste met en place les mesures économiques et sociales qui permettent d’avancer vers le communisme.

  4. L’étape du socialisme couvre une vaste période durant laquelle la lutte des classes se poursuit sous de nouvelles formes. L’ancienne bourgeoisie renversée pourra et voudra résister de manière acharnée et tentera selon les circonstances d’organiser la contre-révolution. Par ailleurs, étant donné que les rapports sociaux n’ont pas encore été entièrement transformés, qu’il subsiste des éléments de petite production, que des inégalités matérielles persistent et que l’idéologie et la culture capitalistes jouent encore un rôle, de nouveaux éléments bourgeois vont immanquablement émerger et avoir tendance à se constituer en nouvelle classe véritable au sein même de la nouvelle société. Cette tendance sera combattue avec la poursuite de la révolution et pourra être endiguée par le pouvoir prolétarien.

  5. Afin d’empêcher les nouveaux éléments bourgeois – dont certains pourraient possiblement se hisser jusqu’au sommet du Parti communiste – de changer la nature de l’État prolétarien et de lui faire prendre la voie de la restauration du capitalisme, l’avant-garde révolutionnaire fera preuve de vigilance et de fermeté et éduquera ses cadres pour qu’ils soient prêts à défendre coûte que coûte le socialisme. Aussi, les masses devront être mobilisées par le Parti et participer activement à la gestion de l’économie et de l’État. Elles devront exercer une surveillance constante sur les cadres et les responsables politiques censés les représenter et même se soulever pour déloger les traîtres bourgeois si jamais cela s’avère nécessaire. C’est ce qu’il faut retenir de l’expérience de la Grande révolution culturelle prolétarienne menée en Chine de 1966 à 1976. Dans certains cas, des campagnes d’épuration, voire des vagues de répression devront être menées pour débarrasser les organes de l’État prolétarien et du Parti de leurs éléments corrompus, criminels et embourgeoisés. Cela dit, pour lutter contre l’émergence de nouveaux éléments bourgeois, le pouvoir prolétarien privilégiera les transformations authentiquement socialistes dans l’économie. En somme, le maoïsme nous enseigne que l’expansion d’une nouvelle bourgeoisie au sein du Parti et dans les instances supérieures de l’État prolétarien n’est pas inévitable, et que si jamais elle survient, il est possible d’entraîner les masses à se révolter contre elle pour la faire tomber.

  6. Tout au long de la période de transition socialiste, les rapports de production doivent être transformés progressivement. Les rapports marchands doivent être graduellement supprimés et la socialisation de la production doit être développée. La division entre l’exécution et la direction ainsi que celle entre les fonctions manuelles et intellectuelles doivent être progressivement éliminées en cherchant leur disparition. Les écarts salariaux – déjà considérablement limités dès l’établissement du pouvoir prolétarien avec la mise en place du « maximum communiste » – doivent être réduits progressivement jusqu’à leur complète élimination. Une rotation des tâches doit être mise en place afin d’empêcher que certains travailleurs soient confinés pendant toute leur vie aux fonctions les plus pénibles tandis que d’autres occupent des postes enviables. Le travail volontaire doit être valorisé et doit remplacer progressivement le travail obligatoire. En même temps qu’elle doit permettre de stimuler la créativité des masses et de favoriser le développement de l’économie, cette transformation des rapports de production est au cœur du processus pour avancer vers le communisme. Le socialisme, ce sera un combat formidable et nous en serons ses fervents combattants!

La future direction ouvrière de l’économie

  1. Le but du socialisme est de mettre fin à l’accaparement par la bourgeoisie des richesses produites par les travailleurs : de mettre fin à l’exploitation et au gaspillage de la force de travail. Par le fait même, le socialisme doit supprimer la concurrence, l’anarchie et les crises inhérentes au mode de production capitaliste fondé sur la propriété privée et sur la recherche du profit.

  1. Contrairement au capitalisme, le socialisme organisera la production de manière rationnelle en se basant sur les besoins des masses populaires. Il instaurera une direction ouvrière des opérations de production et mettra en place une économie planifiée par le prolétariat et son Parti d’avant-garde. Les principes qui guideront le développement de l’économie socialiste seront l’utilisation optimale des ressources et des forces productives pour satisfaire les besoins de la société, l’amélioration constante des conditions de travail et du niveau de vie des masses, et l’octroi d’une fonction socialement utile et enrichissante à tous les membres de la société (excepté les saboteurs et les contre-révolutionnaires). Le socialisme obligera chaque individu – notamment les anciens bourgeois inutiles et parasitaires – à effectuer un travail qui sert la collectivité.

  2. Le socialisme sera la première société dans l’histoire à permettre aux êtres humains de devenir, comme l’a formulé Engels, « des maîtres réels et conscients de la nature, parce que et en tant que maîtres de leur propre vie en société ». Par conséquent, le socialisme sera la première société productive à se soucier véritablement de l’environnement naturel pour le bien-être de l’humanité – et non pour perpétuer l’accumulation de profits.

  3. Parmi les premières mesures économiques qui seront prises par le nouveau pouvoir prolétarien, on compte l’expropriation sans indemnisation de la bourgeoisie, notamment des banques, des grandes industries et des réseaux de communication; la nationalisation des richesses immobilières et mobilières, de la terre, du sous-sol et des eaux; le développement de la propriété sociale et collective des principaux moyens de production; la constitution, dans toutes les unités de production, d’une direction qui agira dans l’intérêt général du prolétariat; et finalement la gestion des entreprises selon un plan national et des plans locaux qui assigneront les tâches à accomplir, alloueront les ressources et détermineront la destination des produits ainsi que leur consommation. Un surplus économique sera prévu, non pas pour enrichir une classe parasitaire comme c’est le cas sous le capitalisme, mais pour faire progresser le socialisme en développant les forces productives et en améliorant les conditions de vie des masses.

  4. La révolution annulera les prêts, les hypothèques et toutes les dettes envers les banques, l’État et la bourgeoisie impérialiste. Elle annulera également les dettes et les crédits contractés auprès d’autres pays. Elle saisira de manière despotique les richesses financières de la bourgeoisie et les grandes fortunes afin de les mettre au service des masses. Elle transformera le patrimoine financier des travailleurs et de la petite-bourgeoisie en épargne ne produisant pas d’intérêts, épargne que les titulaires pourront utiliser comme revenu complémentaire ou différé, à pouvoir d’achat constant. Elle dissoudra immédiatement les fonds d’investissement et de capital de risque et fermera la Bourse. Elle protégera l’épargne, les pensions et tout autre moyen de subsistance acquis par les travailleurs.

  5. Le développement du capitalisme a conduit à ce qu’une large fraction du prolétariat se trouve écartée de la production et reléguée dans des secteurs improductifs comme la vente, sans parler des prolétaires condamnés au chômage et à l’assistance sociale. Le capital gaspille une partie de la force de travail disponible en maintenant et en faisant grossir son armée de réserve. En même temps, la diminution relative du nombre de prolétaires productifs sous le capitalisme constitue la preuve incontestable que la société a atteint un haut niveau de productivité. En effet, une minorité de la population est désormais suffisante pour faire vivre le reste de la société. Sous le socialisme, ce haut niveau de productivité permettra de répondre aux besoins des masses, tout en diminuant grandement le temps de travail que chaque prolétaire devra accomplir : nous répartirons rationnellement les tâches créatrices de richesses, au lieu de les confier à un groupe restreint de travailleurs et d’occuper tous les autres à des fonctions stériles.

  6. Notre Parti ne prétend pas que le socialisme est une course de vitesse, un sprint indifférent aux conditions réelles. Le socialisme va hériter de l’économie léguée par la société capitaliste. Il va développer les forces productives en éliminant progressivement les industries parasitaires qui détournent des capacités productives nombreuses et il va à l’inverse favoriser progressivement les branches industrielles qui répondent aux besoins des masses et qui améliorent sur le long terme la qualité de vie des millions de travailleurs (vêtements, nourriture, équipements, outils, produits de consommation, etc.). Le socialisme éliminera aussi l’ensemble des secteurs économiques socialement inutiles exclusivement liés au fonctionnement du capitalisme : la finance, les assurances, la publicité, le marketing, la sollicitation, etc. De la même manière, le socialisme réduira l’ampleur du secteur commercial développé par la bourgeoisie pour faire circuler son capital.

  7. Les forces productives détruites par la bourgeoisie seront reconstituées à travers la construction massive de nouvelles usines et le développement de nouveaux complexes industriels. La planification socialiste supprimera graduellement le chômage en offrant un travail utile à tous les membres de la société. Une grande partie des prolétaires non ouvriers relégués aujourd’hui à des tâches inutiles ou écartés du monde du travail seront redirigés dans la production. Nous retrouverons ainsi la véritable ampleur de la classe ouvrière canadienne en mettant en mouvement l’ensemble de la force de travail disponible.

  8. Les objectifs de production de l’industrie socialiste canadienne seront établis par la classe ouvrière et son Parti d’avant-garde. Tous les secteurs de la fabrication; les industries ferroviaires; le transport fluvial et maritime; l’extraction pétrolière et gazière; les industries de l’énergie, de l’hydroélectricité à l’énergie nucléaire; le génie et la construction; les services publics; les télécommunications; l’agro-alimentaire, etc. seront déployés à travers la planification socialiste selon une nouvelle rationalité. Aucune branche d’industrie n’y échappera, mais aucune ne sera négligée non plus. Toutes les ressources seront utilisées et incluses dans la planification et la nouvelle rationalité, et ce, dans la mesure où elles vont favoriser le développement du socialisme. Cela veut dire : a) remodeler les forces productives et les techniques de manière à favoriser le plein épanouissement des facultés physiques et intellectuelles des travailleurs; b) reconvertir les productions parasitaires et inutiles; c) développer l’automatisation et les procédés techniques qui libéreront une partie du travail socialement nécessaire; d) répartir entre tous le travail socialement nécessaire; e) transformer progressivement la division capitaliste du travail; f) organiser rationnellement le territoire en éliminant les divisions entre la ville et la campagne, entre les petites villes pauvres et les grandes métropoles, et en répartissant de manière équilibrée les activités économiques, de sorte que soit possible en pratique l’organisation du peuple dans les Unités populaires de production et de consommation (UPPC), cette unité de base de notre pouvoir prolétarien.

  9. La direction ouvrière de l’économie organisera la production énergétique de manière rationnelle et scientifique. L’utilisation du pétrole comme source de carburant pour le transport se poursuivra jusqu’à ce que la planification socialiste permette l’électrification intégrale des moyens de transport. L’exploitation du pétrole et du gaz naturel sera ensuite maintenue et prolongée pour servir l’industrie pétrochimique et pour d’autres applications.

  10. Le pouvoir prolétarien mettra en place un programme nucléaire socialiste pan-canadien. Ce programme visera à l’expansion sécuritaire et harmonieux du secteur nucléaire. Le programme prévoira des investissements massifs dans la recherche sur l’énergie nucléaire afin de perfectionner, dans l’avenir, la production industrielle d’électricité. Le pouvoir prolétarien développera également les sources d’énergie dites renouvelables (éolien, solaire, etc.) comme sources énergétiques d’appoint.

  11. Les sciences agronomiques et l’agriculture seront développées sur une base socialiste en éliminant la séparation entre le prolétariat agricole et la propriété privée des terres cultivées. Le pouvoir ouvrier réalisera la nationalisation des terres et des moyens de production ainsi que la collectivisation entière de l’agriculture à travers la création de grandes fermes socialistes. L’organisation du travail favorisera le principe des « larges collectifs ouvriers » et la coopération plutôt que la production familiale. Les méthodes scientifiques qui favorisent la préservation des sols seront obligatoirement implantées, de manière à ne pas accroître indûment la quantité des terres agricoles. La planification agricole utilisera les connaissances et les techniques agronomiques les plus avancées afin de combiner rationnellement une productivité élevée avec une production d’aliments sains pour les masses.

  12. Le secteur minier, l’extraction des matières premières, la foresterie, les pêcheries seront développées et améliorées. On devra éliminer le plus possible la non utilisation des résidus tout autant que le gaspillage d’une partie importante de la bio-masse. Le pouvoir ouvrier se fera une obligation de doter les installations minières et forestières – et de manière générale toutes les installations industrielles, ferroviaires et portuaires éloignées – de milieux de vie complets et agréables où des Unités populaires de production et de consommation seront constituées.

  13. Toute réorganisation des secteurs de l’économie se fera en assurant une transition fluide et respectueuse pour les travailleurs. Les ouvriers des secteurs qui seront réduits ou supprimés se verront offrir de nouveaux emplois sans aucune diminution de leur niveau de vie.

Pour la Fédération des Républiques socialistes du Canada!

  1. Notre Parti prône la prise du pouvoir par le prolétariat révolutionnaire à travers la destruction de l’État bourgeois canadien et l’écrasement de la bourgeoisie canadienne. Le nouveau pouvoir prolétarien dissoudra l’armée, la police et l’ensemble des appareils répressifs du vieil État bourgeois. Il expulsera du territoire canadien les forces armées impérialistes étrangères et se battra pour empêcher à tout prix quelque empiétement que ce soit. Il développera l’armement général des masses et la constitution de milices prolétariennes servant à la défense du nouvel État prolétarien, en plus de maintenir une armée rouge permanente chargée d’empêcher la contre-révolution et de défendre le pays contre toute menace étrangère.

  2. Le nouveau pouvoir prolétarien organisera la dissolution complète des organes de l’administration publique de la bourgeoisie (gouvernements fédéral et provinciaux, conseils de bande autochtones, conseils municipaux, organismes chargés de gérer les écoles et le système de santé, etc.). Il dissoudra également les associations et les ordres professionnels, les organisations du capital (chambres de commerce, Conseil du patronat, etc.) ainsi que les partis politiques bourgeois.

  3. Le nouveau pouvoir abolira les droits politiques et civils des membres de la grande bourgeoisie impérialiste ; il obligera tous les autres membres de la bourgeoisie à se soumettre au nouvel ordre socialiste sous peine de se voir retirer de tels droits. L’État prolétarien réprimera violemment toute tentative de la bourgeoisie de restaurer son pouvoir et ses privilèges, d’user de son autorité morale et de ses moyens pour influencer les masses et la vie sociale.

  4. Le nouveau pouvoir prolétarien annulera tous les traités militaires, politiques et commerciaux signés par l’ancien régime, en particulier ceux qui maintiennent la domination des nations du tiers-monde. Notamment, le nouveau pouvoir retirera le Canada révolutionnaire de l’OTAN et du NORAD. Il mettra fin à toute collaboration militaire avec les États-Unis – si ce pays est encore sous la dictature bourgeoise – et avec les autres États impérialistes. Le nouveau pouvoir expulsera les diplomates, les représentants officiels et les agents d’autres États qui ne respectent pas les dispositions prises par les autorités révolutionnaires.

  5. Le nouveau pouvoir prolétarien mettra en place une politique étrangère basée sur l’internationalisme prolétarien. Cette politique se caractérisera principalement par un soutien aux partis communistes du prolétariat des autres pays ainsi qu’aux mouvements de libération qui luttent contre la domination impérialiste – soutien qui pourra prendre la forme d’une aide matérielle et militaire directe dans le cas des organisations révolutionnaires qui solliciteraient un tel appui. Elle se caractérisera également par l’établissement de rapports internationaux basés sur les besoins des peuples ainsi que par la coopération étroite, fraternelle et égalitaire avec les autres États socialistes et avec les États de démocratie nouvelle. Notamment, afin de contribuer au progrès général de l’humanité, le nouvel État prolétarien mettra à la disposition des peuples des pays sous-développés l’ensemble de ses connaissances scientifiques et de ses savoir-faire techniques, et ce, sans chercher à en tirer profit.

  6. Notre Parti appelle à la création – suite au renversement de l’État bourgeois canadien – de la Fédération des Républiques socialistes du Canada (FRSC). Il s’agira d’un État fédéral de type soviétique, c’est-à-dire basé sur les conseils ouvriers et populaires, composés de délégués élus et révocables et assurant, à tous les niveaux (local, régional, national, central), une fonction législative et exécutive. Contrairement au vieil État bourgeois, les Républiques socialistes permettront l’élection par le peuple et la révocabilité des officiers de justice (juges et procureurs), des fonctionnaires et des cadres de l’administration publique ainsi que des dirigeants des forces armées et des milices.

  7. Notre Parti appelle à la création, partout sur le territoire, dUnités populaires de production et de consommation regroupant plusieurs lieux de travail (situés dans un même quartier, une même zone industrielle, un même village, etc.) et fonctionnant à partir de grandes assemblées prolétariennes. Les UPPC constitueront les unités de base de l’État soviétique canadien. Elles permettront aux masses de participer à la planification de l’économie et d’élire leurs représentants.

  8. Notre Parti appelle à la création de Communes de villes formées par les délégués élus des UPPC d’une même agglomération urbaine, fonctionnant à travers des assemblées de communes et constituant la forme soviétique du pouvoir municipal au sein de la FRSC. Les assemblées de communes éliront à leur tour des délégués de commune qui iront former les organisations régionales du pouvoir ouvrier.

  9. Notre Parti appelle à la création d’un conseil révolutionnaire central dans chaque République fédérée ainsi que d’un conseil révolutionnaire central pour l’ensemble de la fédération, ce dernier devant constituer l’organe suprême du pouvoir de la FRSC.

  10. La FRSC sera fondée sur l’union libre et volontaire des nations qui peupleront le futur Canada révolutionnaire. Elle inscrira dans sa constitution le droit des peuples du Canada à disposer d’eux-mêmes – incluant leur droit à la séparation politique – ainsi que le principe de l’égalité absolue des langues et des nations. La FRSC garantira l’égalité et la paix complète et définitive entre les nations, les peuples et les minorités du Canada.

  11. Le droit à l’autodétermination permettra aux peuples du Canada révolutionnaire de se constituer en républiques socialistes s’ils le désirent. Notre Parti estime que la FRSC devrait inclure une République socialiste du Québec et une République socialiste d’Acadie. De surcroît, notre Parti estime que la création d’une grande République socialiste des peuples du Nord (regroupant Autochtones, Métis et Inuits) est une perspective viable et puissante. L’union de ces républiques au sein de la FRSC dépendra de la volonté démocratique de leurs populations et pourrait se faire par voie de référendum.

  12. Outre la création potentielle de grandes républiques nationales, la FRSC inclura des organes administratifs territoriaux propres aux peuples autochtones, inuit, métis et acadien, organes fonctionnant dans leurs langues, étant adaptés aux conditions locales et bénéficiant de pouvoirs autonomes importants. Elle permettra le développement d’écoles, de services sociaux, de médias et d’institutions culturelles fonctionnant également dans les diverses langues nationales. Par ailleurs, le gouvernement fédéral de la FRSC intégrera les langues autochtones couramment parlées au sein de ses propres organismes en leur accordant un statut égal à l’anglais et au français et en les utilisant – en plus de ces deux langues – pour communiquer aux citoyens concernés.

  13. La FRSC aidera fraternellement les peuples autochtones, inuit et métis à combler leur retard économique et social causés par plusieurs siècles d’oppression.

La réorganisation de la vie sociale par le pouvoir prolétarien

  1. Le socialisme permettra la prise en charge par les masses elles-mêmes d’un nombre croissant d’aspects de la vie sociale : l’économie, la culture, la santé, l’éducation, l’administration de la justice, l’ordre public, la défense du territoire, l’organisation des milices prolétariennes, etc. Puisque le temps de travail sera réduit avec l’abolition de l’exploitation capitaliste, les masses bénéficieront du temps nécessaire pour participer à la vie politique et à la gestion de la société. Guidées par leur Parti d’avant-garde – et alimentant ce dernier en retour de manière créative en exprimant leurs revendications et leurs idées –, elles seront mobilisées en permanence pour transformer la société afin de répondre à leurs propres besoins.

  2. Le pouvoir prolétarien collectivisera le patrimoine immobilier urbain appartenant aux capitalistes. Il attribuera le logement de manière planifiée pour répondre aux besoins des masses populaires. Par ailleurs, le pouvoir prolétarien mettra en œuvre de grandes campagnes pour supprimer l’insalubrité des logements. Il mobilisera les masses pour rénover les bâtiments et les rendre plus fonctionnels. Il construira des unités d’habitation modernes dotées de services collectifs (cantines, buanderies, etc.). Il permettra une utilisation sécuritaire et gratuite des réseaux de distribution d’électricité, de gaz et d’eau.

  3. Le pouvoir prolétarien mettra un grand nombre d’immeubles à la disposition des masses pour leurs activités politiques, sociales et communautaires. Il bâtira de nouvelles installations publiques de grande qualité. Il réparera le réseau routier de manière globale et le réorganisera de manière rationnelle. Il étendra et perfectionnera le transport en commun en le rendant gratuit et efficace.

  4. Le pouvoir prolétarien collectivisera le travail domestique à travers l’établissement de cuisines collectives et de cafétérias publiques à faible coût, de garderies gratuites et universelles, de maisons de répit et de centres d’hébergement accessibles, de buanderies, de services d’entretien, etc., dans le but d’alléger la vie des travailleurs et d’avancer vers la dissolution de la famille en tant qu’unité économique de la société.

  5. Le pouvoir prolétarien reconnaîtra la droit pour tous à la santé et aux services sociaux. Il garantira un accès gratuit à des soins de santé de grande qualité. Il restaurera les anciens hôpitaux et centres de santé et en construira de nouveaux en assurant à l’ensemble des citoyens de la FRSC – peu importe la région où ils se trouvent – un accès égal à tous les soins dont ils ont besoin. Il supprimera entièrement la médecine privée et brisera le monopole de la bourgeoisie sur les sciences et les techniques médicales. En plus de former et d’embaucher massivement du personnel, il utilisera les ressources humaines de manière plus rationnelle afin de supprimer l’engorgement du réseau de la santé ainsi que la pression capitaliste sur les travailleurs et les patients. Il supprimera graduellement la division du travail hiérarchisée et les barrières artificielles liées aux titres bourgeois à l’intérieur système de santé, luttera contre le corporatisme et permettra une utilisation optimale de l’ensemble de la force de travail. Il mettra en place des équipes polyvalentes regroupant des travailleurs aux fonctions multiples pour attribuer les soins et diriger les hôpitaux.

  6. Le pouvoir prolétarien mettra en place une santé publique prolétarienne basée sur la prévention socialiste des maladies, c’est-à-dire sur une instruction sanitaire universelle, permanente et scientifiquement avancée, sur la promotion de saines habitudes de vie (alimentation, hygiène, activité physique, etc.) ainsi que sur la transformation des conditions d’existence matérielles du peuple afin de supprimer les causes sociales des problèmes de santé. La santé publique prolétarienne traitera la maladie non comme un problème individuel, mais comme un problème social lié aux rapports de production.

  7. L’organisation ouvrière de la production permettra de rendre les milieux de travail beaucoup plus sécuritaires. Elle perfectionnera les procédés techniques de production et réorganisera le procès de travail en répartissant les tâches à accomplir de manière équilibrée, juste et saine afin d’éviter l’assignation prolongée et intensive des travailleurs à des fonctions destructrices pour leur santé. Ainsi, l’organisation ouvrière de la production permettra d’avancer vers la suppression des accidents de travail et des maladies industrielles.

  8. La transformation des rapports de production sera liée à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs en général. Les conditions d’habitation nocives pour la santé seront éliminées. Les travailleurs ne subiront plus la pression inhumaine du capital et bénéficieront de périodes de repos plus étendues et réparatrices. La planification économique permettra de lutter contre la contamination des travailleurs par la pollution de l’air et de l’eau. L’octroi garanti d’une fonction socialement utile à tous les membres de la société permettra d’avancer vers la suppression de la toxicomanie, de l’alcoolisme et de l’usage des drogues en général. Le pouvoir prolétarien universalisera les sports et les intégrera dans la vie quotidienne de l’ensemble des travailleurs (développement d’équipes sportives d’usines, d’écoles et de quartiers; organisation de sessions d’entraînement physique et de tournois prolétariens, etc.) en respectant les capacités physiques de chacun.

  9. Le pouvoir prolétarien mettra en place une éducation sexuelle matérialiste et égalitaire afin de favoriser le développement de pratiques saines et respectueuses et d’éliminer graduellement les maladies transmises sexuellement. Le pouvoir prolétarien supprimera la prostitution et mettra fin à la marchandisation de la sexualité en général.

  10. Le pouvoir prolétarien, en éradiquant la misère et la pauvreté, sapera les bases de la criminalité et de toutes les activités socialement nocives. Il interdira les casinos et les loteries et supprimera l’ensemble des jeux d’argent. Il éliminera le trafic de stupéfiants, la traite humaine, le trafic d’armes et le crime organisé en général. Il exercera – notamment à travers les milices prolétariennes – une répression ferme et implacable contre les organisations criminelles bourgeoises afin de les détruire définitivement. Surtout, il empêchera leur réémergence en transformant les rapports sociaux et en abolissant graduellement les rapports marchands.

  11. La justice prolétarienne prendra en considération les conditions matérielles d’existence des malfaiteurs. Contrairement à la justice bourgeoise, elle sera relativement clémente envers les petits délinquants issus du prolétariat, mais très sévère envers les membres des strates supérieures de la pègre, les dirigeants contre-révolutionnaires et autres criminels bourgeois. Le pouvoir prolétarien mettra en place des prisons du peuple et des camps de rééducation afin de mettre les éléments dangereux hors d’état de nuire et de réformer par des méthodes communistes la vaste majorité des condamnés. La réhabilitation par le travail et l’étude sera le principe fondamental de la justice prolétarienne – bien que des mesures davantage punitives et exemplaires seront prises envers les contre-révolutionnaires lors des périodes de subversion bourgeoise violente ou d’agression impérialiste.

  12. Le pouvoir prolétarien mettra en place un système d’éducation gratuit et universel favorisant l’épanouissement complet de tous les individus et contribuant à la suppression des classes sociales. Ce nouveau système éducatif sera basé sur le principe de l’éducation polytechnique. Contrairement à l’éducation bourgeoise qui conduit à la spécialisation à vie dans un seul métier ou dans le maniement d’un seul outil parcellaire, l’éducation prolétarienne permettra de développer des travailleurs polyvalents capables d’occuper plusieurs fonctions – à la fois manuelles et intellectuelles – et d’assimiler l’intelligence de la production.

  13. Contrairement au système d’éducation bourgeois fondé sur un long processus « d’écrémage » à l’issue duquel seule une petite minorité accède aux niveaux supérieurs, le système d’éducation prolétarien brisera l’accès inégalitaire aux connaissances et permettra la formation scientifique continue des travailleurs tout au long de leur vie. Ainsi, les universités bourgeoises seront démantelées et transformées en centres de recherche et d’éducation prolétariens.

  14. L’éducation prolétarienne sera étroitement liée au travail productif et au développement de la lutte des classes. Les écoles amèneront les jeunes à participer – de manière sécuritaire et équilibrée – à la production dès l’enfance. Au lieu de « bourrer le crâne » des élèves comme le fait l’école bourgeoise, l’école prolétarienne leur inculquera des connaissances scientifiques avancées en les mettant en lien avec la pratique et avec le procès de transformation du monde matériel.

  15. L’école prolétarienne accordera une place importante à l’enseignement des arts et favorisera le développement d’une pratique artistique avancée chez l’ensemble des élèves (mise en place d’orchestres et de groupes musicaux, de troupes de théâtre et de danse, d’ateliers d’écriture et d’arts visuels, de studios de productions audiovisuelles, etc.) afin de permettre leur développement intellectuel complet. L’éducation physique occupera aussi une place importante dans le système éducatif prolétarien.

  16. L’école prolétarienne fournira également une éducation politique aux élèves en les préparant à participer à la gestion de la société. Le marxisme sera universellement enseigné et mis en lien avec la lutte des classes nationale et internationale. L’école prolétarienne inculquera aux élèves les normes de vie socialistes afin de contribuer à forger des êtres humains nouveaux, libérés de la conception bourgeoise du monde.

  17. L’école prolétarienne fournira également une instruction militaire minimale aux élèves afin de renforcer les milices prolétariennes, de contribuer à la défense de la révolution et d’avancer progressivement vers l’abolition de la séparation entre l’armée permanente et les masses.

  18. Afin d’atteindre concrètement l’ensemble de ces objectifs éducatifs, le pouvoir prolétarien rénovera les écoles délabrées bâties sous l’ancien régime et construira en grand nombre des centres éducatifs fonctionnels, salubres et stimulants. Le pouvoir prolétarien collectivisera le réseau des écoles dans son ensemble – y compris les écoles spécialisées – et interdira l’enseignement privé et marchand sous toutes ses formes.

  19. Le pouvoir prolétarien garantira une existence convenable aux travailleurs jusqu’à la fin de leur vie. Les travailleurs vieillissants ne subiront aucun appauvrissement et n’auront pas à craindre de sombrer dans la déchéance. Des centres d’habitation – dotées de services adéquats – seront mis en place pour les personnes âgées. Ces dernières se verront par ailleurs confier une fonction sociale utile – à la hauteur de leurs capacités – au lieu d’être séparées complètement de la production et de la vie collective.

  20. L’État prolétarien garantira la liberté de pratiquer une religion tout en propageant l’athéisme et le matérialisme. La discrimination religieuse et les crimes haineux dirigés contre les adeptes de telle ou telle religion seront sévèrement punis par la loi. L’abandon de la religion par les masses se fera naturellement et de manière non coercitive par l’éducation, et surtout, avec la transformation de leurs conditions matérielles d’existence. Les communistes sont matérialistes et s’opposent par conséquent à la religion sur le plan idéologique. Mais contrairement aux athées idéalistes qui estiment qu’on peut supprimer la religion simplement par l’argumentation, les marxistes affirment que la religion est le produit de conditions sociales matérielles et historiques. La disparition de la religion n’aura lieu que lorsque toute l’humanité – y compris les masses des pays présentement dominés par l’impérialisme – sera passée au communisme intégral.

  21. L’État prolétarien garantira l’égalité complète entre les hommes et les femmes. Il balaiera tous les vestiges restants du patriarcat féodal (aussi marginaux soient-ils) si la société bourgeoise ne l’a pas déjà fait au moment de la prise du pouvoir par la classe ouvrière.

  22. Par ailleurs, le pouvoir prolétarien portera une attention particulière aux besoins et aux capacités physiques spécifiques des femmes du peuple – besoins et capacités liés à leur sexe biologique. Il assurera la protection physique et morale des femmes enceintes pendant toute la durée de la grossesse et la période qui suit l’accouchement. Il garantira également un droit plein et entier à l’avortement et à la contraception libres et gratuits.

  1. L’État prolétarien interdira la discrimination et les actes haineux basés sur l’origine ethnique, la langue, le sexe ou l’orientation sexuelle. S’il y a lieu, il dissoudra sans hésitation les organisations réactionnaires qui prônent de tels actes haineux.

La guerre populaire prolongée

  1. Notre Parti adhère, propage et cherche à développer la théorie militaire marxiste à laquelle nous donnons le nom – victorieux et grandiose – de guerre populaire prolongée. Ce nom est à la fois générique (une définition politique universelle) et stratégique (une ligne politico-militaire de construction de la prise du pouvoir par le prolétariat et ses alliés). Ce simple nom exige de chacun d’entre nous que nous ayons une compréhension historique et dialectique des questions militaires. Cela ne vas pas de soi. Cela n’est pas facile. Mais c’est une obligation.

  2. Marxistes, communistes, maoïstes, nous avons par conviction profonde, la certitude que la société future (le socialisme) – qui mettra fin à l’exploitation et ira pas à pas vers la disparition des classes sociales – sortira des « flancs » de la société actuelle par une lutte âpre, violente, impliquant une confrontation armée prolongée. Ça ne fait plaisir à personne, mais c’est la réalité. Si par contre nous en restons là, et si nous nous en remettons à notre « bonne étoile » ou à la « magie » du futur, nous rendons un bien mauvais service à la classe ouvrière. On ne joue pas au hasard avec ces questions. Il faut préciser et s’engager.

  3. Certes, aujourd’hui au Canada, comme ailleurs, le mouvement ouvrier et le communisme ont pris du recul. Beaucoup d’acquis se sont perdus. Tout semble moins aigu et moins tranché. C’est une illusion. Et c’est temporaire. Cela ne nous dispense pas, même si la révolution semble loin, de procéder aux sommations et aux synthèses nécessaires des questions fondamentales.

  4. Après la naissance du mouvement communiste, le manifeste de 1848, les années révolutionnaires de 1848-1849, l’AIT, la Commune de Paris, la naissance des syndicats et des premières grandes grèves, la Deuxième Internationale et ses partis, ainsi que la Grande Guerre, c’est évidemment la victoire des Bolchéviks en octobre 1917 qui a amorcé une époque inégalée – aux dimensions tout simplement extraordinaires – d’organisation des classes ouvrières et paysannes et de développement de notre mouvement dans des syndicats, des associations diverses, des partis communistes rejoignant des millions de prolétaires et de paysans sur tous les continents, de la Sibérie à la Terre de Feu, de la Chine à la Colombie-Britannique! Jamais dans toute l’histoire de l’humanité les pauvres et les exploités n’avaient-ils pris une telle place sur la scène politique. Cette masse d’expériences nous a légué un colosse politique : l’insurrection. La puissance de 1917, c’est d’avoir posé sur un socle d’acier la nécessité politique de l’insurrection. Nous disons « politique » et non pas militaire. La théorie marxiste militaire de l’insurrection n’a jamais été produite. En l’espèce, cela était impossible. Le colosse avait encore des pieds d’argile!

  5. C’est Mao Zedong au sein du Parti communiste chinois qui a, de 1927 jusqu’au tout début des années cinquante (mais principalement dans les années 1930), développé la théorie militaire marxiste sous la forme de la guerre populaire prolongée (GPP). Cela doit être clair : Mao lui-même, comme nous tous, est un fils de 1917; il est un produit de cette « époque aux dimensions extraordinaires ». Il a lui aussi grandi auprès de ce colosse politique qu’est l’insurrection. Mais obligé – extraordinaire obligation – par la concrétude des conditions, d’étudier les classes et les rapports sociaux dans son pays, la paysannerie, la bourgeoisie, les féodaux, les impérialistes, le territoire, la géographie, la dialectique, le marxisme, l’histoire, la science militaire, etc., il a élaboré, par la pratique même de la chose, les principes de la guerre populaire prolongée, et ce faisant, il a fait faire un bond de géant à la théorie militaire marxiste.

  6. Nous disons aujourd’hui, après plus de 170 ans de pratique révolutionnaire du marxisme et du communisme à la tête de la classe ouvrière et des opprimés, que la ligne stratégique de notre Parti est nécessairement cette conception maoïste qui subsume toute l’expérience légale, clandestine, propagandiste, organisationnelle, insurrectionnelle et militaire du passé. Cette ligne, c’est celle de la guerre populaire prolongée.

  7. Le corps principal de cette ligne, c’est la théorie militaire de Mao. Mao fut un éducateur hors pair, un théoricien et un stratège de haut niveau, un tacticien éprouvé. Il a appliqué le matérialisme et la dialectique à la question « Comment prendre le pouvoir? ». Comment le conquérir quand on n’a rien, quand on est faible et petit en face d’adversaires riches et puissants, quand on agit au nom des classes subalternes en opposition aux classes dominantes? Cela a donné tout un corps de principes puissants qui sont maintenant passés dans le domaine programmatique du communisme révolutionnaire, avec bien sûr des formulations diverses: a) on doit mener la guerre pour pouvoir vaincre et mettre fin aux guerres; b) la guerre populaire est une guerre des masses; c) ce sont les hommes et les femmes qui sont décisifs dans la guerre et non pas d’abord l’armement; d) on apprend à combattre en combattant; e) sans armée révolutionnaire le peuple n’a rien; f) c’est le parti qui doit commander au fusil et non pas l’inverse; g) les engagements armés doivent permettre de préserver nos forces et de détruire celles de l’adversaire; h) on doit savoir disperser nos forces pour soulever les masses et concentrer nos forces pour faire face à l’ennemi; et i) on pratique d’abord la guerre de partisans (la fameuse « formule en 16 caractères ») avant d’être apte aux grandes offensives. Ce corps de principes s’applique à la guerre révolutionnaire, partout et dans tous les pays. Mao a écrit : « La tâche centrale et la forme suprême de la révolution, c’est la conquête du pouvoir par la lutte armée, c’est résoudre le problème par la guerre. Ce principe révolutionnaire du marxisme-léninisme est valable partout, en Chine comme dans les autres pays. » C’est ce qui conduit notre Parti à admettre les éléments qui suivent.

  8. Notre Parti prône la guerre populaire prolongée comme moyen de lutte pour vaincre l’appareil militaire de la bourgeoisie, détruire l’État bourgeois canadien et mettre le prolétariat au pouvoir. La lutte armée en est la forme de lutte principale : l’élément qui organise et dirige tout le reste. Nous affirmons que le prolétariat ne peut pas s’emparer du pouvoir d’État sans passer par une période relativement étendue au cours de laquelle il a commencé à attaquer militairement les forces répressives de la bourgeoisie – notamment les Forces armées canadiennes – dans le but de les affaiblir. La guerre populaire est un affrontement militaire soutenu avec la bourgeoisie. Ce n’est pas un coup d’État, une irruption d’un jour, un éclair bref dans la nuit. Elle a une durée. Cela dit, elle ne doit pas non plus s’éterniser.

  9. Nous passons d’abord par une période de préparation politique pendant laquelle nous construisons notre Parti, nous accumulons connaissances, expériences et forces, nous apprenons à maîtriser les conditions concrètes de la révolution au Canada de même qu’à diriger les masses. Nous déclencherons le moment venu la guerre populaire au Canada par une initiative politico-militaire d’une portée historique.

  10. Cela entamera pour nous la période cruciale et prolongée de la défensive stratégique. La défensive stratégique est toujours, indépendamment des circonstances, la phase la plus longue de la GPP. Il faut qu’il en soit ainsi. C’est seulement dans cette phase que peut se construire une armée révolutionnaire, en commençant par de toutes petites forces irrégulières, en allant vers des unités de partisans plus aguerries, et éventuellement des brigades de partisans aptes à manœuvrer et à se regrouper. Seule la défensive stratégique peut éprouver la qualité des actions de partisans et de guérilla sans en faire une finalité qui prendrait la forme d’une stabilisation idéologique (le guérillérisme). La liaison aux masses est à cet égard fondamentale. En allant vers la fin de la défensive stratégique, le Parti devra savoir comment maîtriser les quatre conditions de la victoire de la révolution : 1) pouvoir affronter la contre-révolution armée (qui aura pris quelle forme?); 2) avoir développé un front uni; 3) pouvoir compter lors de la phase suivante sur des bases d’appui stables; 4) avoir placé les jalons nécessaires à une « économie de la guerre populaire ». Quand le Parti estimera que ces conditions sont maîtrisées, il devra alors établir une première base d’appui sur une portion significative du territoire, par l’action militaire de ses groupes de partisans et la mobilisation des masses lors d’insurrections locales sur le territoire concerné.

  11. L’équilibre stratégique qui suit va révéler dans tout ce qu’elle a de plus concret la réalité du développement inégal de la révolution. Cette inégalité inquiète, mais en même temps c’est elle qui exposera l’équilibre politique du moment. Une nouvelle carte du Canada va se dessiner. Le Parti, les unités de partisans, éventuellement l’armée rouge, le front uni, les syndicats, les organisations de masse vont voir leurs rangs grossir. Les militants et les organisateurs du Parti vont se joindre à des rébellions partielles, à de grands mouvements et à des insurrections localisées.

  12. L’offensive stratégique est la phase finale de la guerre populaire. La classe ouvrière dans sa vaste majorité, accompagnée de ses alliés, souhaitera et contribuera à la déroute de la contre-révolution. La victoire du socialisme sera alors bien comprise pour ce qu’elle est : une occasion de libération. Le Parti et le front uni vont conduire des insurrections massives dans les grandes agglomérations et les zones ouvrières les plus importantes. Les capacités militaires de l’armée rouge vont empêcher la contre-révolution de faire barrage à la volonté populaire. Elles devront détruire et anéantir les forces armées qui répondront encore à ce moment-là à l’État bourgeois.

  13. D’aucuns soutiennent que la guerre populaire est impraticable dans les pays capitalistes les plus développés. Qu’au Canada, et dans les autres pays de ce type, les communistes doivent mener une longue lutte légale avant de songer à la lutte armée. Ces gens prétendent s’appuyer sur Mao lui-même qui a, c’est indéniable, parlé de cette nécessité d’une « longue lutte légale » dans les pays capitalistes développés. Notre Parti ne voit pas de contradiction entre la guerre populaire prolongée et la lutte légale qui la précède. Ceux qui y voient une contradiction sont les mêmes qui refusent de développer la théorie militaire marxiste. Rappelons que Mao est parti d’une caractéristique propre à la Chine (et à quelques autres pays) à l’effet que dès le début, la révolution a dû affronter la contre-révolution armée. Ce n’est pas le cas partout. Ce n’est pas le cas au Canada. Chaque révolution aura ses caractéristiques propres et ses formes à elle, cela est une évidence.

  14. Notre Parti est le continuateur au Canada d’une longue lutte légale qui a commencé en 1921 avec la fondation du Parti communiste, qui a traversé des milliers de luttes ouvrières avec la WUL (Ligue d’unité ouvrière), qui a organisé les ouvrières, les mineurs, les bûcherons, les sans-emplois, qui a été visée par la répression, s’en est remise mais mal, a été dévoyée par le révisionnisme, puis s’est relevée dans les années 1970 et 1980 avec les organisations marxistes-léninistes. Notre Parti lui-même, par sa conception du parti communiste complet, est l’enthousiaste continuateur de cette longue lutte. Toutefois, notre conception de cette longue période n’est pas celle du légalisme au sens strict. Elle inclut les trois formes de l’action révolutionnaire présentées précédemment, et donc, elle inclut une part d’activité illégale et clandestine, mais elle est déterminée par cette période de préparation et non de guerre. C’est un honneur aujourd’hui de combattre à visage découvert pour le socialisme, ce sera une fierté de le faire demain le visage couvert! La révolution est comme toute chose dans la nature et dans l’histoire: elle se transforme.

La pratique : le critère de vérité!

  1. Pour notre Parti – et nous en exigeons autant des autres –, seule la pratique peut être le critère de vérité. Le travail est une pratique. La production est une pratique. La propagande, l’éducation en sont aussi. La lutte, la grève, l’insurrection, la guerre populaire prolongée sont aussi des pratiques. Nous soumettons nos bases politiques et notre programme à ce seul critère rendant possible leur vérification. Toutefois, trop de nos adversaires se prélassent dans le monde invérifiable des « idées idéales ». Ils en restent à la littérature, aux phrases, à l’énoncé des choses plutôt qu’aux choses elles-mêmes. Cette facilité apparente sera leur défaite. La lutte des classes va les disperser comme de vulgaires châteaux de sable. Nous ne sommes pas idéalistes. Nous sommes matérialistes. Et nous sommes communistes. Nous disons avec Marx que « c’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve la vérité, c’est-à-dire la réalité et la puissance, l’ici-bas de sa pensée, dans ce monde et pour son temps. » Et nous poursuivons avec Mao : « Si, étant arrivé à une théorie juste, on se contente d’en faire un sujet de conversation, pour la laisser ensuite de côté sans la mettre en pratique, cette théorie, si belle qu’elle puisse être, est dépourvue de toute signification. »

  2. Ce sont des centaines, voire des milliers de militants maoïstes que nous formerons et qui auront la responsabilité de toujours transformer la phase courante en une phase plus relevée, supérieurement exigeante, mais fabuleusement emballante, jusqu’au communisme. Ce qui nous attend, ce sont des périodes intenses de préparation, de lutte et de combat, mais ce que nous ferons ensemble sera tout un accomplissement! Après la génération de communistes que nous sommes, bien d’autres suivront, toujours plus nombreuses et plus puissantes.

  3. Les organisateurs maoïstes ne sacrifient rien au militantisme bourgeois platement réformiste. Ils ne sont pas non plus retranchés dans l’idéalisme, l’individualisme, le défaitisme et le nihilisme petit-bourgeois. Ils vont partout, aux premières lignes, là où ça chauffe, préparés et disposés à encourager, à organiser, à canaliser et à transformer la colère des masses prolétariennes en un puissant mouvement révolutionnaire de lutte contre la société bourgeoise et l’exploitation capitaliste.

  4. Nos conceptions sur comment mener à bien la révolution socialiste au Canada deviendront aussi solides que le fer à force d’être discutées et débattues, non pas dans la tranquillité privée de nos logements, non pas sur Internet, mais dans le tourbillon de la lutte politique, auprès de tous les militants du prolétariat et des couches populaires qui se consacrent sincèrement à la lutte contre la société bourgeoise et contre l’impérialisme.

  5. C’est en organisant massivement le prolétariat canadien et ses alliés dans des luttes larges, puissantes et nombreuses, c’est en développant une propagande qui atteint toutes les masses laborieuses, c’est en renforçant le parti par l’organisation et l’adhésion de nouvelles générations de maoïstes, c’est en regroupant, éduquant et formant des partisans, que les capacités politiques de toutes les classes seront modifiées, que nos accomplissements fabuleux feront trembler la bourgeoisie, que nous pérenniserons un mouvement communiste bien vivant et que sera confirmée toute la vérité qui se cache derrière les mots « Oser lutter! Oser vaincre! ».

Montagnes de l'Afghanistan

Alors que la guerre d’agression contre l’Afghanistan déclenchée en 2001 par les États-Unis et l’OTAN vient de prendre fin avec l’expulsion de leurs forces armées et l’effondrement de leur régime fantoche, le 5e Congrès du Parti communiste révolutionnaire du Canada tient à saluer le courage et la ténacité dont ont fait preuve les masses afghanes au cours des vingt dernières années d’occupation de leur pays par les armées impérialistes occidentales.

Depuis son déclenchement, notre Parti a dénoncé la guerre injuste menée par l’impérialisme américain et ses alliés contre le peuple afghan. En particulier, nous avons dénoncé l’implication bien connue de l’impérialisme canadien et des Forces armées canadiennes dans l’occupation et la dévastation de l’Afghanistan. À présent, nous lutterons sans relâche pour que les crimes odieux de la bourgeoisie canadienne et de ses militaires ne demeurent pas impunis à jamais.

Aujourd’hui, les médias et les politiciens bourgeois occidentaux ne cessent de s’émouvoir de la crise qui fait rage en Afghanistan depuis le retrait des forces armées américaines. Ils s’indignent de l’écroulement du régime compradore corrompu mis en place par l’impérialisme et financé à coup de milliards de dollars par les États-Unis depuis vingt ans. Mais contrairement à ce qu’ils laissent entendre, le chaos afghan ne vient pas de commencer : ce sont les impérialistes qui l’engendrent eux-mêmes depuis des décennies. Le chaos afghan, c’est celui que les États-Unis et l’OTAN ont semé pendant les vingt dernières années en déployant leurs soldats dans le pays et en bombardant sa population. Contrairement aux médias et aux politiciens bourgeois, nous nous réjouissons de la débandade des États-Unis et de ses alliés. Leur défaite révèle une fois de plus que l’impérialisme n’est rien d’autre qu’un tigre de papier et que le sort inéluctable de toutes les armées bourgeoises d’occupation, c’est d’être chassées des pays qu’elles cherchent vainement à soumettre!

Malheureusement, malgré la fin tant attendue de l’occupation étrangère, les masses afghanes ne sont pas libérées pour autant et ne sont pas au bout de leurs peines. Avec le retour des Talibans au pouvoir, le peuple afghan sera soumis à un nouveau régime réactionnaire servant la classe féodale-bourgeoise compradore du pays. La domination impérialiste du pays se poursuivra – qu’il s’agisse de la domination de l’impérialisme américain, russe ou chinois. Mais le caractère anti-populaire du nouveau régime théocratique des Talibans entraînera immanquablement les masses et les forces progressistes du pays dans la lutte. Le prolétariat du monde entier doit avoir pleinement confiance en la capacité des masses afghanes et de leur parti communiste de trouver la voie qui les mènera à la véritable libération.

Les armées impérialistes ne peuvent jamais triompher!
Longue vie au peuple afghan et à sa lutte émancipatrice!
Combattons pour la révolution prolétarienne mondiale!

Plancher d'usine teinté rouge

Le document qui suit a été adopté lors du Ve Congrès du Parti communiste révolutionnaire du Canada tenu en 2021. Lors de ce Congrès, les partisans rassemblés se sont prononcés en faveur de l’objectif de doter le Parti d’un nouveau programme au terme de sa reconstruction afin de mobiliser la classe ouvrière canadienne dans la lutte pour le socialisme.

 

Le programme actuel du Parti communiste révolutionnaire du Canada, dont l’essentiel a été rédigé il y a maintenant plus de vingt ans au moment de la fondation du PCR(co) en 2000, n’est plus entièrement en phase avec la ligne politique du Parti ainsi qu’avec son analyse générale de la société canadienne. Il doit être remplacé par un nouveau programme supérieur. Même si les éléments centraux du programme actuel (le marxisme-léninisme-maoïsme, la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie, la guerre populaire prolongée comme stratégie de prise du pouvoir, les principales mesures de la transition socialiste, etc.) conservent leur caractère fondamental et se trouvent encore au cœur des perspectives du PCR, certains de ses aspects secondaires (notamment les sections sur l’aristocratie ouvrière, sur le « féminisme prolétarien et révolutionnaire », sur la question nationale autochtone, sur le « problème écologique », etc.) ne représentent plus fidèlement les positions actuelles de l’organisation, lesquelles ont évolué au fil des années à mesure que le Parti accumulait de l’expérience pratique et que se transformait également la société canadienne dans son ensemble.

En plus de ces éléments aujourd’hui en contradiction avec la ligne du Parti, le programme contient – y compris dans les sections traitant de positions fondamentales – des formulations imprécises ou partiellement inexactes pouvant favoriser une compréhension erronée de la ligne que défend véritablement le PCR. Si ces formes d’imprécision pouvaient encore apparaître sans gravité au moment de la fondation du Parti en 2007, il est désormais évident, après plusieurs années de luttes idéologiques et de débats internes corrosifs au cours desquelles les conséquences politiques de ces ambiguïtés se sont manifestées clairement, qu’elles doivent être éliminées. En effet, au cours de la dernière décennie, le PCR a été traversé par un affrontement – à la fois destructeur sur le plan organisationnel et fructueux sur le plan idéologique et théorique – entre les défenseurs des fondements politiques du Parti et du matérialisme historique, d’une part, et divers représentants de l’opportunisme petit-bourgeois et de l’idéalisme postmoderne, d’autre part. Infiltrés dans les rangs du Parti à partir de 2010, les opportunistes et les partisans du postmodernisme ont notamment utilisé les équivoques, les insuffisances et les lacunes du programme pour se faufiler et pour développer une ligne politique pseudo-maoïste et petite-bourgeoise. La lutte de lignes a ainsi obligé les représentants de la direction historique du PCR à réaffirmer les fondements politiques de l’organisation et à les exposer plus clairement. Par ailleurs, la lutte contre les positions erronées rencontrées à l’intérieur comme à l’extérieur des rangs du Parti, couplée à la pratique révolutionnaire concrète déployée depuis la fondation de l’organisation, a également fait progresser les conceptions et la ligne du PCR. Dans certains cas, le Parti a ni plus ni moins abandonné certaines de ses anciennes positions et a modifié sa ligne de manière profonde.

Il faut souligner que pendant la période d’élaboration du programme (1986-2000), un certain nombre de compromis avec des éléments petits-bourgeois divers avaient été faits par la direction révolutionnaire naissante. En fait, à ce moment, toutes prises de position organisationnelles ou presque prenaient nécessairement la forme de compromis. Cette période a permis dans les faits au PCR de se constituer et au courant maoïste d’émerger au Canada. C’est que le mouvement communiste canadien était alors presque entièrement disparu et devait renaître de ses cendres : la tâche principale du moment était donc de rassembler des militants adhérant à la perspective de la révolution, de relancer la lutte pour le socialisme au pays et de faire jaillir une avant-garde maoïste. Par ailleurs, la force de mouvement postmoderne petit-bourgeois n’était pas encore aussi grande qu’elle ne l’est aujourd’hui au Québec et au Canada. Il n’y avait pas de remise en question de la lutte de classes dans le mouvement que l’on était en train de reconstituer. Cela dit, aujourd’hui, il apparaît clairement que les compromis ayant été faits étaient des concessions au mouvement spontané petit-bourgeois, concessions qui se sont avérées fort préjudiciables par la suite. Autrement dit, tel un fruit passant de son mûrissement à son pourrissement, le processus qui a contribué à la naissance du PCR a fait fermenter un poison menaçant plus tard de le détruire. C’est pourquoi aujourd’hui, le programme du PCR ne peut plus être approximatif. La construction du Parti ne peut plus se faire à travers une coalition de tendances et de sensibilités. Le Parti doit rallier des forces sur la base d’un programme scientifique, clair, précis, tranchant, éducatif et complet.

Dans les conditions actuelles, après des années d’attaques contre les fondements politiques du PCR et alors que le postmodernisme – plus fort que jamais – a gangrené la plupart des organisations « maoïstes » dans les pays impérialistes, il n’est absolument plus possible de tolérer que des concessions à la petite-bourgeoisie militante figurent dans le programme du Parti. Aujourd’hui, l’état du mouvement maoïste dans les pays impérialistes s’est grandement dégradé, au point où il n’est même plus possible de parler d’un mouvement unifié. La plupart des organisations « maoïstes » qui se développent présentement dans ces pays adoptent les formes de lutte et les préoccupations de la petite-bourgeoisie, tout en abandonnant dans les faits la classe ouvrière, les luttes économiques et la réalité de la production. Par conséquent, il n’est plus possible de réunir dans un même mouvement ces organisations petites-bourgeoises avec celles qui sont véritablement prolétariennes et communistes. Au Canada, depuis la scission de 2017, le courant maoïste véritable, incarné par le centre historique du PCR, doit maintenant se démarquer politiquement de l’ensemble des rejetons pseudo-maoïstes de la clique opportuniste de droite qui, à l’époque, avait initié l’offensive contre les bases politiques du Parti. En réponse à la révision du maoïsme qui s’est opérée, les communistes doivent réaffirmer les fondements du matérialisme historique et de la science révolutionnaire.

L’embourgeoisement d’un grand nombre d’organisations soi-disant maoïstes dans les pays impérialistes n’est pas étranger à l’évolution des « mouvements sociaux » plus larges ainsi qu’aux grandes tendances idéologiques qui traversent les classes dominantes et les couches intermédiaires de ces pays. Depuis l’adoption du programme du PCR(co) en 2000, la société canadienne a subi des transformations importantes, notamment au niveau de sa superstructure. Le mouvement postmoderne a pris une expansion considérable au sein des institutions médiatiques, des universités, des partis politiques bourgeois et de l’appareil d’État. La prise en charge du programme postmoderne de la grande bourgeoisie – celui du perfectionnement de la démocratie bourgeoise sous la bannière du postmodernisme – est désormais plus avancée et se fait plus ouvertement que jamais auparavant. Ce phénomène se répercute dans la rue au sein des mouvements militants et parmi les courants qualifiés faussement « d’extrême gauche ». Aujourd’hui, ces courants ne sont plus tout à fait les mêmes qu’ils étaient au tournant du millénaire : leur composante combative de lutte de classe est rendue pratiquement inexistante. Parallèlement à cette tendance, le mouvement national autochtone, qui constituait un élément central de la situation politique au Canada et qui recelait encore un grand potentiel révolutionnaire lorsque le programme a été élaboré, s’est également transformé. Sa combativité des années 1990 a porté fruit et a ouvert la porte à des victoires importantes. Les formes de lutte violentes contre l’État bourgeois canadien laissent désormais de plus en plus la place à des moyens de lutte pacifiques et légaux que la classe dominante canadienne accueille favorablement, laissant entrevoir une résolution démocratique éventuelle de la question nationale dans le cadre même du capitalisme. Cette possibilité lourde de conséquences, qui n’était pas vraiment pensable il y a vingt ans, doit désormais être prise en considération par le mouvement communiste.

Par ailleurs, la société canadienne a évidemment subi des modifications sur le plan économique depuis la rédaction du programme, ce qui fait en sorte que plusieurs données qui y sont contenues ne sont plus à jour. Plus encore, l’expérience accumulée auprès des masses prolétariennes depuis la fondation du Parti montre que le nouveau programme devra être beaucoup plus détaillé sur le plan de l’analyse de l’économie et de la production nationale, et ce, afin de témoigner d’une maîtrise supérieure des conditions matérielles de la réalisation du communisme. Dans le même esprit, afin de devenir l’outil le plus percutant possible pour générer l’adhésion de la classe ouvrière, le nouveau programme devra exposer de manière beaucoup plus précise les mesures et les tâches économiques de la révolution socialiste au pays. Il devra expliquer de quelle manière le pouvoir ouvrier (tel que l’anticipe actuellement le PCR en s’appuyant sur les connaissances issues des masses laborieuses ainsi que sur les principales expériences socialistes du 20e siècle) réorganisera le secteur manufacturier, la production énergétique, l’extraction minière, la foresterie, l’agriculture, le transport des produits industriels, la distribution des biens de consommation, etc. Il devra exposer avec davantage de finesse de quelle manière le socialisme répondra aux besoins des masses populaires : de quelle manière il développera et améliorera, au bénéfice des travailleurs, le logement, les soins de santé, l’éducation, l’aménagement des espaces urbains, la vie collective, les arts et les divertissements, les sports, etc.

C’est grâce au pouvoir politique que le prolétariat réalisera l’ensemble des transformations économiques et sociales dont il a besoin. Ainsi, le nouveau programme du PCR devra également décrire de manière plus précise la forme que devrait prendre, sur le plan politique, le pouvoir ouvrier au Canada. En ce sens, le programme devra énumérer – et détailler – les tâches et les mesures suivantes :

  • La création – suite au renversement de l’État bourgeois canadien – de la Fédération des Républiques socialistes du Canada (FRSC);

  • Le développement d’un État de type soviétique, c’est-à-dire basé sur des conseils ouvriers et populaires composés de délégués élus et révocables et assurant, à tous les niveaux (local, régional, national, central), une fonction législative et exécutive;

  • La création, partout sur le territoire, d’Unités populaires de production et de consommation (UPPC) regroupant plusieurs lieux de travail (situés dans un même quartier, une même zone industrielle, un même village, etc.), fondées sur de grandes assemblées de prolétaires et constituant l’unité de base de l’État soviétique canadien;

  • La création de Communes de villes formées par les délégués élus des UPPC d’une même agglomération urbaine, fonctionnant à travers des assemblées de communes et constituant la forme soviétique du pouvoir municipal au sein de la FRSC;

  • La création d’organisations régionales du pouvoir ouvrier formées par les délégués de communes de l’ensemble des villes d’une même région;

  • La création d’un conseil révolutionnaire central dans chaque République ainsi que d’un conseil révolutionnaire central pour l’ensemble de la fédération, ce dernier devant constituer l’organe suprême du pouvoir de la FRSC.

À présent que nous avons expliqué brièvement les circonstances et les raisons politiques ayant amené la direction et les militants du PCR à jeter les bases d’un nouveau programme, il convient d’exposer en quoi ce nouveau programme doit se distinguer de l’ancien sur certaines questions spécifiques, c’est-à-dire sur la question du mouvement ouvrier, sur la question nationale autochtone et sur la question des femmes.

Sur la question du mouvement ouvrier

 

Les affrontements politiques ayant eu lieu dans le Parti au cours de la dernière décennie relativement au mouvement ouvrier ont obligé les représentants du camp révolutionnaire à préciser leur position et à abandonner certaines conceptions s’étant révélées inadéquates sur les questions de la force dirigeante au sein du prolétariat, de l’aristocratie ouvrière et de la nature des syndicats. Une grande partie des clarifications sur ces questions ont été exposées dans le texte La centralité ouvrière : les producteurs au cœur de la lutte pour le socialisme publié en octobre 2019. Considérant cette évolution de la ligne du PCR, le programme actuel n’est plus à jour sur ces questions.

Dans son quatrième chapitre, le programme affirme que « le noyau dur du camp de la révolution » est formé par « les larges couches à la base du prolétariat » qui sont « peu ou pas rejointes par le mouvement syndical traditionnel », lequel « organise et s’appuie désormais surtout sur les secteurs privilégiés du prolétariat et sur la petite-bourgeoisie salariée » et « ne représente plus les intérêts fondamentaux du prolétariat ». Ces formulations ambiguës et partiellement erronées ne reflètent plus adéquatement les positions actuelles du Parti.

Tout d’abord, elles peuvent laisser entendre que le noyau dur de la révolution serait composé par les couches les plus pauvres du prolétariat. C’est ce que l’on peut facilement être amené à comprendre en lisant de quoi sont composées ces « couches à la base du prolétariat » : « les travailleurs et les travailleuses pauvres et exploités, qui sont relégués au bas de l’échelle »; « les prolétaires présentement exclus du marché du travail et qui forment l’armée industrielle de réserve des capitalistes »; « les nouvelles couches du prolétariat issues de l’immigration »; « les femmes qui continuent à investir massivement le marché du travail et que les capitalistes surexploitent »; « les jeunes qui font face plus que tout autre au travail précaire et sous-payé » ; « les prolétaires d’origine autochtone, pour qui le chômage constitue la règle et qui souffrent de la discrimination la plus éhontée ». En réalité, le noyau dur de la révolution socialiste est constitué par la classe ouvrière (c’est-à-dire la fraction du prolétariat engagée dans la production et générant de la plus-value pour les capitalistes) et plus particulièrement par la masse d’ouvriers concentrés dans la grande industrie (c’est-à-dire dans les grands secteurs au cœur de la production capitaliste que sont l’extraction des ressources naturelles et l’agriculture, la fabrication en usines, le transport et l’entreposage ainsi que la construction). Selon les données du recensement national de 2016, la classe ouvrière dans son ensemble était composée d’environ 5 millions de travailleurs en 2015 (soit un peu plus de 25% des personnes ayant un revenu d’emploi) dont plus de la moitié (c’est-à-dire 2,8 millions) étaient regroupés dans l’un des secteurs de la grande industrie. Ce sont ces millions d’ouvriers que l’avant-garde communiste doit mobiliser en priorité puisque ce sont eux qui ont la capacité d’entraîner le reste du prolétariat dans la lutte pour renverser le capitalisme et édifier le socialisme. Bien sûr, des immigrants, des femmes, des jeunes, des autochtones et des « travailleurs pauvres » font partie de la classe ouvrière. Mais s’ils font partie du noyau de classe du socialisme, ce n’est pas parce qu’ils sont plus pauvres (ou plus « opprimés ») que les autres prolétaires : c’est parce qu’ils sont liés aux forces productives les plus avancées, parce qu’ils produisent directement les richesses utiles à l’ensemble de la société et parce qu’ils se trouvent au cœur de l’exploitation capitaliste. D’ailleurs, une grande partie des travailleurs les moins pauvres font aussi partie de la classe ouvrière, ce qui ne les empêche nullement d’appartenir au noyau dirigeant du prolétariat.

Or, le programme actuel du PCR affirme que les intérêts des « couches à la base du prolétariat » s’opposeraient à ceux de ses couches les plus aisées formant « l’aristocratie ouvrière ». Le sixième chapitre du programme affirme d’ailleurs explicitement que cette « aristocratie ouvrière » serait composée de « secteurs non négligeables du prolétariat » corrompus par la bourgeoisie impérialiste et qui, « pour un avenir prévisible, […] ont encore un intérêt certain à défendre le capitalisme. » Dans les dernières années, le PCR a rejeté ce point de vue selon lequel « l’aristocratie ouvrière » engloberait des pans entiers du prolétariat liés à certains secteurs économiques (les mines, le pétrole, etc.) ou à certaines positions dans la production (par exemple les ouvriers qualifiés) et dont les intérêts matériels convergeraient avec ceux de la bourgeoisie. Dans le texte La centralité ouvrière : les producteurs au cœur de la lutte pour le socialisme, le Parti a rectifié et clarifié sa position sur cette question en affirmant « qu’à l’époque actuelle, la catégorie même ‘d’aristocratie ouvrière’ n’est plus pertinente pour comprendre la structure de classe d’un pays impérialiste comme le Canada » et « qu’il s’agit d’un concept dangereux qui lie les mains des communistes dans le combat quotidien qu’ils doivent mener pour établir une liaison avec le prolétariat ». En réalité, il n’existe pas de fraction dans le prolétariat liée à la division du travail et à l’organisation de la production qui aurait des intérêts fondamentaux opposés à ceux du reste des travailleurs. Même les ouvriers les mieux payés n’ont aucun intérêt au maintien du capitalisme. Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas forcément les moins exploités et peuvent parfois se montrer très combatifs dans la lutte économique contre le capital. En fait, alors qu’à l’origine, le concept « d’aristocratie ouvrière » – tel qu’employé par Engels puis par Lénine – servait surtout à condamner des chefs ouvriers soudoyés par la bourgeoisie et trahissant, dans le feu de la lutte des classes, les intérêts de la masse des travailleurs au profit de gains immédiats bénéficiant à une poignée d’ouvriers, son usage s’est élargi erronément au fil du temps pour désigner une fraction de classe permanente (fraction devenant de plus en plus vaste jusqu’à englober dans certains cas l’entièreté des ouvriers, voire la quasi-totalité du prolétariat) et à condamner le mouvement ouvrier dans son ensemble. Le concept « d’aristocratie ouvrière » pourrait néanmoins retrouver une certaine utilité pour les révolutionnaires canadiens s’il servait strictement à désigner des agents syndicaux véritablement corrompus et des fonctionnaires ouvriers bien rémunérés trahissant les travailleurs qu’ils représentent pour leur enrichissement personnel, ce qui existe effectivement dans le mouvement syndical actuel au Canada.

Cela dit, le fait qu’il puisse y avoir actuellement parmi les cadres syndicaux des éléments corrompus, des militants « embourgeoisés », des carriéristes, des agents directs du capital, des réactionnaires et des traîtres à la classe ouvrière ne doit pas conduire à condamner en bloc le mouvement syndical. Malheureusement, c’est à une telle condamnation en bloc que semble appeler le programme actuel du PCR. Par exemple, au sixième chapitre, le programme affirme ce qui suit :

« Le mouvement syndical actuel, notamment – qui reste le principal mode d’organisation du prolétariat –, ne représente pas ses intérêts fondamentaux. Il n’arrive plus à exprimer autre chose qu’une banale orientation de collaboration de classes, et il est devenu en fait un instrument aux mains des capitalistes pour contrôler et mater la classe ouvrière. »

Au fil des années, le PCR a remplacé ce genre de jugements simplistes sur le mouvement ouvrier par la formulation d’une conception beaucoup plus précise et juste. Sauf dans les cas très spécifiques où ils ont été créés de toutes pièces par les capitalistes (comme cela se voit parfois), les syndicats ouvriers sont l’émanation de leur base, c’est-à-dire de la masse ouvrière exploitée. Autrement dit, dans son ensemble, le mouvement syndical est l’expression des intérêts immédiats du Travail dans sa lutte contre le Capital. Malgré les trahisons et les compromissions fréquentes de ses cadres supérieurs, malgré que sa direction soit mauvaise et qu’elle soit politiquement pro-capitaliste, le mouvement syndical tel qu’il existe joue encore un rôle utile et nécessaire dans la défense économique immédiate des travailleurs. Ainsi, il est faux d’affirmer que le mouvement syndical serait purement et simplement, dans son ensemble, un « instrument » entre les mains de la bourgeoisie. On voit encore d’ailleurs, d’un côté, les patrons lutter avec acharnement pour tenter d’entraver le plus possible l’activité syndicale des prolétaires qu’ils exploitent, et de l’autre côté, les travailleurs les plus avancés lutter pour développer et rendre plus vivantes et efficaces leurs organisations de défense.

Il est également simpliste d’affirmer que le mouvement syndical « n’arrive plus à exprimer autre chose qu’une banale orientation de collaboration de classes ». Tout d’abord, en dehors d’une période de montée révolutionnaire, la lutte syndicale, en elle-même, représente nécessairement une forme de collaboration de classes, puisqu’elle consiste essentiellement à négocier le plus avantageusement possible le prix de vente de la force de travail des prolétaires (et non à détruire la classe bourgeoise et à abolir le salariat lui-même). Voilà le point de vue premier des communistes sur les syndicats. Or, cette forme de collaboration de classe ne peut être condamnée tant et aussi longtemps que le prolétariat ne sera pas à la veille de prendre le pouvoir. Plus encore, la négociation du prix de vente de la force de travail doit être jugée sur la base de son efficacité, et non sur la base des qualités morales et idéologiques des représentants ouvriers qui négocient avec les capitalistes. Ces représentants syndicaux, par exemple, ne doivent pas être automatiquement rejetés pour la simple raison qu’ils ne sont pas communistes. Cela dit, si l’on entend par « collaboration de classe » la collusion directe avec les capitalistes et la trahison des intérêts économiques immédiats des ouvriers, cette forme de collaboration doit effectivement être dénoncée et combattue. Mais dans ce cas, il serait erroné d’affirmer que le mouvement syndical n’est plus en mesure d’exprimer autre chose qu’une telle forme de collaboration de classe. En effet, l’idée selon laquelle les syndicats trahiraient partout et toujours les travailleurs dans la lutte économique est tout simplement fausse. Finalement, si l’on entend par « collaboration de classe » l’appui politique déclaré des dirigeants syndicaux à la « social-démocratie » et au pouvoir bourgeois, alors les communistes doivent évidemment s’opposer radicalement à cette forme de collaboration de classe, puisque leur raison d’être est précisément d’entraîner les masses prolétariennes dans la lutte politique pour renverser la bourgeoisie et instaurer le socialisme.

En somme, si les communistes s’opposent politiquement à la direction actuelle du mouvement ouvrier, ils ne doivent pas s’opposer au mouvement lui-même, car cela les conduirait à s’isoler complètement des masses prolétariennes et de la lutte des classes réelle. Or, c’est ce que font les « révolutionnaires » opportunistes et petits-bourgeois qui se fixent comme tâche la construction d’un nouveau mouvement ouvrier correspondant à un idéal. Contrairement à ces militants petits-bourgeois, les communistes doivent prendre le mouvement ouvrier organisé tel qu’il est. Ils doivent impérativement se lier avec lui en se saisissant des revendications qui y sont exprimées pour gagner la confiance – et éventuellement la direction – des masses ouvrières. Ils doivent donc militer avec les ouvriers dans leurs syndicats et y établir des noyaux organisés pour y faire progresser leurs idées, leurs perspectives politiques et leurs mots d’ordre. Pour ce faire, ils doivent élaborer une ligne syndicale tactique leur permettant notamment de se positionner face aux enjeux concrets et immédiats du mouvement syndical et de la lutte économique.

S’ils doivent se ranger résolument derrière les travailleurs les plus combatifs qui souhaitent déloger des agents syndicaux corrompus et les appuyer dans leur volonté de pousser plus loin la lutte syndicale, ils doivent toujours tâcher de révéler aux travailleurs que le fond du problème ne se situe pas dans la corruption ou la lâcheté généralisées de la direction du mouvement syndical, mais bien dans les limites inhérentes à la lutte économique elle-même, laquelle, lorsqu’elle n’est pas subordonnée à la lutte politique révolutionnaire, constitue essentiellement une lutte défensive menée dans le cadre d’un régime servant les intérêts généraux de la classe capitaliste. Autrement dit, laissée à elle-même, cette lutte ne peut donc pas améliorer radicalement le sort du prolétariat ni même garantir la satisfaction des revendications immédiates des travailleurs. Aussi, même si les communistes peuvent dénoncer les fautes concrètes commises par tel ou tel chef syndical lorsqu’elles sont avérées ou encore mener des luttes pour déloger tel ou tel agent syndical réactionnaire lorsque c’est tactiquement utile, et même s’ils peuvent bien entendu critiquer ouvertement des aspects généraux du mouvement syndical actuel (par exemple l’écart matériel excessif qui existe entre les dirigeants du mouvement et les travailleurs qu’ils sont censés représenter) afin de gagner la sympathie des travailleurs avancés, ils ne doivent pas mener une guerre stérile, désincarnée et outrancière contre la direction du mouvement syndical (comme le font par exemple la plupart des groupes trotskystes). Dans leur lutte au sein du mouvement ouvrier, ils doivent focaliser leurs énergies sur le rapport entre le Travail et le Capital. À l’heure actuelle, concentrer ses forces dans une grande lutte pour transformer l’ensemble du mouvement ouvrier en remplaçant sa direction est non seulement inutile, mais ne peut conduire qu’à sombrer dans un combat abstrait, détaché de la réalité vivante de la lutte des classes. La véritable victoire dans les syndicats – la fusion complète du socialisme et du mouvement ouvrier – se produira avec la montée révolutionnaire du prolétariat vers le pouvoir, sous l’impulsion de l’affrontement politique ouvert qui opposera matériellement la classe ouvrière à la bourgeoisie. Cet affrontement se déroulera non pas principalement à l’intérieur des rapports immédiats entre patrons et travailleurs, mais bien à l’extérieur de ceux-ci.

Finalement, tout en évitant de considérer d’emblée les délégués et les agents syndicaux en place comme des éléments hostiles aux intérêts véritables de la classe ouvrière (en fait, il est généralement plus judicieux tactiquement de les traiter comme des amis jusqu’à preuve du contraire), les communistes doivent s’intéresser et se lier principalement aux masses de travailleurs à la base de la hiérarchie syndicale ainsi qu’à la majorité de travailleurs non organisés. Ce sont les masses qui sont porteuses de la vérité et qui expriment les revendications authentiques du prolétariat. Ce sont elles qui se soulèveront contre la bourgeoisie et qui dirigeront la future société socialiste. Ainsi, c’est seulement pour désigner la base du mouvement syndical et l’ensemble des prolétaires non syndiqués qu’il convient de parler des « larges couches à la base du prolétariat ». Entendue ainsi, cette « base » n’exclut aucunement les couches les plus élevées du prolétariat en ce qui a trait aux salaires, aux conditions de travail et aux conditions de vie en général. Autrement dit, « aller dans les profondeurs du prolétariat », cela ne signifie pas s’éloigner de certains pans de la classe ouvrière rangés erronément dans « l’aristocratie ouvrière » : cela signifie simplement ne pas se concentrer sur le sommet de la structure organisationnelle du mouvement ouvrier. Cela signifie demeurer en contact étroit avec les grandes masses de travailleurs, qu’elles soient syndiquées ou non. En effet, les communistes doivent aller là où se trouvent les « masses dangereuses » de leur époque : celles qui sont les moins encadrées et les moins disciplinées par la bourgeoisie. Dans le contexte canadien actuel, il s’agit de la quasi-totalité du prolétariat. C’est ainsi – et seulement ainsi – qu’il faut comprendre et appliquer dans notre contexte le mot d’ordre « plus profondément dans les masses » formulé par Lénine en 1920 dans la résolution du 2e Congrès de l’Internationale Communiste portant sur Les tâches principales de l'Internationale Communiste. Malheureusement, ce mot d’ordre a longtemps été interprété par les partisans du PCR comme un appel à développer une pratique anti-syndicale ultra-gauchiste : un appel à condamner le mouvement ouvrier en bloc et à travailler exclusivement hors des syndicats. Pourtant, s’il faut bien sûr déployer la plus grande énergie possible pour rejoindre les vastes sections du prolétariat qui ne sont pas syndiquées, travailler à l’intérieur du mouvement syndical est une nécessité stratégique en soi dans le contexte canadien actuel. Cette nécessité impose la mise en œuvre d’un travail ciblé et spécifique.

Considérant ce qui vient d’être énoncé, le nouveau programme du PCR devra :

  • Affirmer clairement le principe de la centralité ouvrière, c’est-à-dire la vérité selon laquelle le prolétariat ouvrier – et plus particulièrement son noyau concentré dans la grande production industrielle constitue la force motrice de la classe travailleuse et de la révolution socialiste;

  • Affirmer l’indivisibilité des intérêts fondamentaux du prolétariat et prôner l’unité absolue de l’ensemble des prolétaires peu importe leur secteur d’activité, leur degré de qualification ou leurs conditions d’existence actuelles;

  • Affirmer la nécessité de se lier au mouvement ouvrier réel, de participer aux luttes économiques spontanées, de constituer des noyaux communistes organisés dans les syndicats et de développer un fort courant de lutte pour le socialisme dans le mouvement syndical;

  • Exposer la double nature du mouvement syndical actuel, c’est-à-dire, d’une part, son rôle utile et indispensable dans la défense économique immédiate des travailleurs, et d’autre part le caractère bourgeois de sa direction sur le plan politique;

  • Remettre de l’avant le mot d’ordre d’aller « plus profondément dans les masses », en entendant par ce mot d’ordre la nécessité pour les communistes de se lier principalement aux masses ouvrières à la base de la hiérarchie organisationnelle du mouvement ouvrier ainsi qu’aux vastes sections du prolétariat qui ne sont pas syndiquées.

Sur la question nationale autochtone

 

Le programme actuel du PCR, dans son septième chapitre, affirme ce qui suit à propos du mouvement national autochtone :

« Les dures conditions de vie dans les réserves, auxquelles les gouvernements ont montré qu’ils étaient incapables d’apporter quelque solution que ce soit, le développement des luttes ainsi que leurs radicalisation, jumelés au blocage constitutionnel et au cul-de-sac des négociations entourant les droits territoriaux, aboutissent à une situation explosive.

Présentement au Canada, la montée des luttes et du mouvement revendicatif des nations autochtones constitue un fait majeur de la situation politique. »

Conséquemment à cette analyse, le programme établit la tâche suivante pour la révolution prolétarienne au Canada :

« Le prolétariat révolutionnaire doit forger une alliance solide avec les nations autochtones dans un grand mouvement de lutte contre la bourgeoisie impérialiste canadienne. »

La perspective exprimée dans ce passage est celle de la création, pendant la guerre populaire prolongée, d’un front uni entre le prolétariat révolutionnaire et les peuples autochtones soulevés contre l’État bourgeois canadien, perspective que l’on trouve exposée avec plus de précision dans les numéros 3 et 8 de la revue Arsenal du PCR publiés en 2004 et en 2008 respectivement. Au moment de sa fondation, le PCR considérait en effet que la création d’un tel front uni faisant fusionner la lutte de la classe ouvrière pour le socialisme avec la révolution de démocratie nouvelle des peuples autochtones allait inévitablement constituer une composante essentielle de la guerre populaire au Canada : que son établissement était une condition nécessaire au renversement de la bourgeoisie impérialiste canadienne. L’élaboration de cet objectif au moment de la genèse du programme et des plans stratégiques du PCR découlait d’une évaluation juste de la montée des luttes autochtones combatives contre l’État canadien dans les années 1990 : la lutte des Mohawks à l’été 1990 (aussi appelée la « crise d’Oka »), la lutte d’Ipperwash en 1995, la lutte de Gustafsen Lake en 1995, etc. Ces affrontements marquants étaient eux-mêmes l’aboutissement de trois décennies de militantisme combatif notamment inspiré par l’American Indian Movement apparu aux États-Unis à la fin des années 1960. Parmi les luttes admirables de cette période, on peut par exemple penser aux multiples actions militantes menées par le Mohawk Warrior Society durant les années 1970 et 1980, ou encore à l’important affrontement entre les Micmacs et l’État québécois lors de la « crise du saumon » à Restigouche en 1981.

Or, les développements des deux dernières décennies conduisent à remettre en question le caractère stratégique du front uni entre le prolétariat et les peuples autochtones. Si son établissement est encore souhaitable dans les conditions actuelles, il faut reconnaître que les conditions objectives n’évoluent pas dans cette direction. Il se pourrait donc que la création de ce front uni ne soit tout simplement plus à l’ordre du jour au moment du déclenchement de la guerre populaire. En effet, l’évolution du mouvement national autochtone au cours des deux dernières décennies a progressivement amené ses formes de lutte les plus combatives à être écartées. En même temps, la bourgeoisie a cessé de répondre aux revendications du mouvement par la répression brutale comme elle l’avait notamment fait en déployant l’armée lors du soulèvement des Mohawks en 1990. L’une des manifestations les plus notables de ce changement a été la réaction plutôt passive du gouvernement canadien lors des blocages ferroviaires de l’hiver 2020, malgré les dommages importants qu’ils ont causé à l’économie capitaliste canadienne. On peut également mentionner en exemple la manière dont ce même gouvernement a défendu publiquement les pêcheurs micmacs lors du conflit de 2020 avec les pêcheurs non autochtones en Nouvelle-Écosse.

En fait, tout indique que la classe dominante canadienne, sous la pression des luttes combatives et exemplaires menées par les peuples autochtones au cours des deux derniers siècles – et notamment en réponse aux confrontations violentes des dernières décennies du 20e siècle entre militants autochtones et forces répressives de l’État canadien – cherche désormais à trouver une solution démocratique à la question nationale autochtone. La « réconciliation » mise de l’avant par le gouvernement actuel de Justin Trudeau – processus qui occupe une place centrale dans l’agenda politique de ce gouvernement depuis l’accession au pouvoir du Parti libéral du Canada en 2015 – en témoigne d’ailleurs. La bourgeoisie canadienne cherche aujourd’hui à restaurer la crédibilité de ses institutions et de son État. Surtout, elle doit éviter la résurgence de troubles politiques à caractère national à l’intérieur de ses frontières afin d’empêcher que son économie ne soit déstabilisée et que son pouvoir ne soit fragilisé. Elle est consciente du fait que l’aiguisement de la contradiction qui l’a historiquement opposée aux peuples autochtones tendait vers la lutte armée – comme elle l’a appris à ses dépens lors de l’épisode de la « crise d’Oka » –, ce qu’elle veut empêcher à tout prix.

Par ailleurs, il faut comprendre que l’oppression des Autochtones a d’abord été un résultat du colonialisme européen, puis une conséquence de l’unification de la bourgeoisie canadienne, de l’édification de l’État bourgeois canadien et de l’émergence du capitalisme au pays. Or, aujourd’hui, on ne peut plus affirmer que cette oppression soit encore indispensable à l’extraction de plus-value et à l’accumulation de capital par la bourgeoisie canadienne. Autrement dit, il n’y a plus de raisons fondamentales pour le capital canadien de s’opposer fermement à l’émancipation des peuples autochtones. Au contraire, le maintien de cette oppression pourrait s’avérer, à long terme, plus nuisible que son abolition pour la bourgeoisie, ce que ses représentants les plus lucides semblent présentement reconnaître.

Plus encore, l’histoire de la seconde moitié du 20e siècle – période marquée par l’affranchissement politique des colonies d’Afrique et d’Asie, d’une part, ainsi que par une démocratisation plus avancée de la plupart des États capitalistes occidentaux, d’autre part – a montré que la bourgeoisie impérialiste pouvait très bien se passer, de manière générale, de l’oppression nationale au sens étroit du terme, c’est-à-dire de la négation du droit des nations à se constituer en États indépendants et des politiques répressives visant l’existence même des communautés nationales (restrictions à l’usage de la langue, entraves à l’exercice de la religion, fermeture des écoles, suppression des droits électoraux, destruction par la force des us et coutumes, etc.). Entendue ainsi, l’oppression nationale ne constitue pas un élément économique fondamental du mode de production capitaliste – même si le capitalisme en a historiquement été la base matérielle –, ce qui explique comment sa suppression a pu être réalisée dans bon nombre de cas, en grande partie grâce aux révolutions et aux luttes de libération nationales ayant eu lieu suite à la Seconde Guerre mondiale, sans que l’impérialisme lui-même ne doive être renversé. Grâce aux luttes populaires et démocratiques, l’inégalité formelle des langues et des nations, si elle existe encore, se limite souvent désormais – à tout le moins au sein des pays impérialistes – aux manifestations les plus minimes, à de simples imperfections ne suscitant pas de grands conflits (même si l’on doit encore s’y opposer) et pouvant être éliminées aisément (ce qui n’est bien sûr pas encore le cas au Canada en ce qui concerne le statut des langues et des nations autochtones).

Dans La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, Lénine expliquait d’ailleurs déjà, en 1916, que l’abolition de l’oppression nationale, abolition pour laquelle devait lutter fermement et inconditionnellement le prolétariat révolutionnaire, n’était pas incompatible avec le régime capitaliste et relevait simplement de l’application conséquente de la démocratie bourgeoise. Voici, par exemple, ce qu’il écrivait à ce propos :

« L'affirmation selon laquelle le droit des nations à disposer d'elles-mêmes est irréalisable dans le cadre du capitalisme peut être prise soit dans un sens absolu, économique, soit dans un sens relatif, politique.

Dans le premier cas, cette affirmation est foncièrement erronée au point de vue théorique. Premièrement, sont irréalisables dans ce sens, en régime capitaliste, par exemple la monnaie de travail ou la suppression des crises, etc. Mais il est absolument faux que le droit des nations à disposer d'elles-mêmes soit également irréalisable. Deuxièmement, l'exemple de la séparation de la Norvège d'avec la Suède, en 1905, suffit à lui seul pour réfuter ce "caractère irréalisable" compris dans ce sens. Troisièmement, il serait ridicule de nier qu'un petit changement du rapport des forces politiques et stratégiques, par exemple entre l'Allemagne et l'Angleterre, rendrait parfaitement "réalisable" aujourd'hui ou demain la formation de nouveaux Etats : polonais, indien, etc. »

Dans son ouvrage Le marxisme et la question nationale rédigé en 1913, Staline exposait la même vérité en la formulant ainsi :

« Les destinées du mouvement national bourgeois quant à son fond, sont naturellement liées au sort de la bourgeoisie. La chute définitive du mouvement national n’est possible qu’avec la chute de la bourgeoisie. La paix totale ne peut être instaurée que sous le règne du socialisme. Mais réduire la lutte nationale au minimum, la saper à la racine, la rendre au maximum inoffensive pour le prolétariat,— cela est possible aussi dans le cadre du capitalisme. Témoin, ne fût-ce que l’exemple de la Suisse et de l’Amérique. Pour cela, il faut démocratiser le pays et permettre aux nations de se développer librement. »

Ceci étant dit, il faut préciser que la fin de l’oppression d’une nation, au sens strict, ne signifie pas forcément la fin de l’emprise exercée sur elle par les monopoles des nations impérialistes, ni la fin des liens de dépendance économique qui en résultent. Même si l’impérialisme ne réside généralement plus dans la suppression des nations elles-mêmes ou encore dans la négation pure et simple de leurs droits et de leur existence (comme c’était le cas à l’époque des régimes coloniaux), il se poursuit aujourd’hui sous d’autres formes. Le capital financier des pays impérialistes continue d’exploiter les nations économiquement arriérées. Par ailleurs, ces liens de dépendance économique se transposent la plupart du temps dans le domaine politique, comme on le voit avec l’ingérence des grandes puissances telles que les États-Unis et le Canada dans les affaires intérieures des pays latino-américains, moyen-orientaux, africains, etc. Cette ingérence s’exerce par divers moyens (financement, sanctions, interventions militaires, coups d’État, etc.) et s’exprime à divers degrés pouvant parfois aller jusqu’au contrôle complet. Elle provoque régulièrement des conflits aigus (Venezuela, Iran, etc.) et conduit périodiquement à la guerre (Afghanistan, Irak, etc.). Autrement dit, la fin de l’oppression nationale ne signifie pas la fin du développement inégal de l’économie et des institutions politiques.

Puisque l’impérialisme divise inévitablement le monde en nations dominantes et en nations dominées – et puisqu’il met également en concurrence les bourgeoisies des nations impérialistes entre elles –, la « paix totale » entre les nations (ainsi que leur fusion éventuelle) est seulement réalisable, comme l’affirmaient Lénine et Staline, dans le cadre du socialisme mondial. Or, même si l’égalité effective de l’ensemble des nations et des peuples de la planète est absolument impossible à atteindre à l’époque actuelle sans la victoire de la révolution prolétarienne mondiale, la libération d’une nation dominée en particulier par des moyens pacifiques et non révolutionnaires demeure toujours une possibilité, la concurrence internationale modifiant sans cesse les rapports entre les bourgeoisies des diverses nations (ce qui ne veut bien sûr pas dire qu’une telle voie soit possible à tout moment et pour chaque nation dominée prise séparément). C’est ainsi, par exemple, que la nation québécoise, au cours des années 1960 et 1970, s’est libérée de la domination du capital anglo-saxon sans passer par une révolution armée contre l’impérialisme et en demeurant dans le cadre du régime capitaliste canadien. La bourgeoisie québécoise francophone a fini par se constituer en bourgeoisie monopoliste, s’est associée à la bourgeoisie canadienne et a pris sa place dans un bloc bourgeois impérialiste nord-américain.

En ce sens, il n’est pas exclu que les nations et les peuples autochtones puissent également en arriver à s’émanciper de l’oppression et de la domination exercées sur eux par la bourgeoisie canadienne sans mener de révolution de démocratie nouvelle et sans détruire l’État capitaliste canadien. La bourgeoisie canadienne pourrait effectivement en arriver, dans les prochaines années ou décennies, à abolir ou modifier substantiellement la Loi sur les Indiens, à signer des ententes territoriales conformément à la reconnaissance des droits ancestraux par la Cour suprême, à accorder l’autonomie gouvernementale à l’ensemble des nations et peuples autochtones, voire éventuellement à leur concéder un véritable droit à l’auto-détermination incluant le droit de faire sécession. L’arrêt Calder de 1973, avec lequel la Cour suprême du Canada reconnaissait les droits territoriaux des Autochtones, a ouvert la porte à la signature de traités modernes – aussi appelés Ententes sur les revendications territoriales globales – entre les peuples autochtones et les gouvernements fédéral et provinciaux. Ces ententes permettent aux nations et aux peuples autochtones d’acquérir une plus grande autonomie politique, économique et culturelle, de participer directement aux grands projets économiques touchant leurs communautés, de bénéficier de redevances importantes et d’enclencher un processus indépendant d’accumulation de capital. Suite à la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ) en 1975 par le gouvernement du Québec et les représentants des Cris et des Inuits du Nord-du-Québec – le premier traité moderne de l’histoire du Canada –, vingt-cinq ententes du même genre ont été conclues au pays. La vaste majorité d’entre elles sont survenues entre les années 1990 et aujourd’hui. À partir des années 2000, l’ensemble des traités modernes ont également inclus des dispositions relatives à l’autonomie gouvernementale, laquelle permet aux communautés concernées de s’affranchir de la Loi sur les Indiens – loi constituant la principale expression juridique de l’oppression nationale des Autochtones au Canada. En 2016, on comptait environ 100 tables de négociations au pays portant sur des revendications territoriales globales et sur l’autonomie gouvernementale (le Canada compte actuellement 630 communautés autochtones représentant un peu plus de 50 peuples et langues autochtones), bien que plusieurs d’entre elles soient pour l’instant des coquilles vides.

Aujourd’hui, les possibilités qu’ouvrent les nouvelles ententes territoriales entre les peuples autochtones et les gouvernements fédéral et provinciaux sont notamment exemplifiées par l’épanouissement qu’a commencé à connaître la nation crie dans le Nord-du-Québec suite à la signature de la CBJNQ en 1975. Cet essor national s’observe surtout depuis que la Paix des Bravesune nouvelle entente historique survenue en 2002 entre les Cris et le gouvernement du Québec – a permis de mettre fin aux conflits ayant entouré l’application de la CBJNQ pendant les 25 années ayant suivi sa signature et de réaliser pleinement son potentiel. Avec le recul, on peut affirmer que la Paix des Braves a constitué un tournant majeur dans les relations entre la bourgeoisie québécoise et la nation crie. Cette entente a permis aux Cris de participer aux prises de décision économiques importantes affectant leurs conditions d’existence, de profiter réellement des retombées économiques des grands projets hydroélectriques et de l’exploitation de ressources naturelles sur leur territoire, et de commencer à accumuler un capital national autonome. Dix ans après la signature de la Paix des Braves, la nation crie possédait plusieurs entreprises florissantes jouant un rôle économique important et brassant des millions de dollars de chiffre d’affaires : le holding CREECO – qui détenait en 2012 une dizaine d’entreprises dans le transport, la construction, l’hébergement et l’énergie et dont les revenus s’élevaient en 2011 à 160 millions de dollars –, la Compagnie de construction et de développement crie Ltée, Air Creebec, Quality Inn & Suites, Eeyou Power, Tawich Development Corporation, Petronor, Youdin Investments, Apitsiu Construction, etc. Grâce à la prise en charge de l’exploitation des ressources et du développement économique de leur nation, les Cris disposaient en 2011 d’un revenu personnel disponible supérieur de 16% en moyenne à celui de l’ensemble des habitants de la province québécoise selon l’Institut de la statistique du Québec. Suite à la Paix des Braves, d’autres ententes majeures conclues avec le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral ont permis aux Cris de renforcer leur autonomie politique et économique : l’Entente pour une nouvelle relation fédérale signée en 2008, l’Entente sur la gouvernance dans le territoire de la Baie James d’Eeyou Istchee signée en 2012 ou encore l’Entente sur la gouvernance de la Nation Crie signée en 2017, entente qui, avec la rédaction de la Constitution crie, a établi un régime global d’autonomie gouvernementale des Cris sur certaines terres. Aujourd’hui, la nation crie au Québec connaît un niveau d’épanouissement économique, culturel et social relativement avancé. L’exemple de cette nation ayant réussi à enclencher un véritable processus d’accumulation de capital grâce à des ententes avec la grande bourgeoisie québécoise et canadienne trace la voie pour l’ensemble des nations et des peuples autochtones au Canada. Évidemment, les ententes territoriales pourraient n’être qu’une étape intermédiaire dans la résolution des tâches démocratiques relatives à l’émancipation des nations et des peuples autochtones au pays, étape précédent l’apparition – également dans le cadre du capitalisme – de formes d’organisation politiques et économiques supérieures. Il n’en demeure pas moins que ces ententes – qui sont le résultat objectif de plusieurs décennies de luttes exemplaires – ont ouvert une brèche dans le régime d’oppression nationale canadien et qu’elles sont l’expression d’un mouvement – propulsé par la bourgeoisie nationale autochtone et accepté par la grande bourgeoisie canadienne – qui tend indéniablement vers la résolution démocratique de la question nationale dans le cadre bourgeois.

À l’échelle de l’ensemble du pays, plusieurs éléments témoignent d’ailleurs du développement embryonnaire d’un capitalisme autochtone relativement indépendant. On peut mentionner, entre autres, la création et l’expansion d’institutions telles que la Société de crédit commercial autochtone – fondée en 1992 au Québec –, Investissement Premières nations du Québec – fondé en 1992 –, la Banque des premières Nations du Canada – fondée en 1996 – ou encore l’Association nationale des sociétés autochtones de financement (ANSAF)créée en 1997. On peut également mentionner l’émergence d’initiatives plus récentes telles que la création en 2021 du Fonds de croissance autochtone par l’ANSAF, le gouvernement du Canada et la Banque de développement du Canada, un fonds permanent géré par l’ANSAF visant à permettre « aux PME autochtones de combler un manque de capitaux persistant ». On peut aussi mentionner des transactions importantes survenues dernièrement, comme par exemple l’acquisition, en novembre 2020, de 50% du géant Clearwater Seafoods – la plus grande entreprise productrice de mollusques et de crustacés en Amérique du Nord – par une coalition de communautés micmaques de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador.

Aujourd’hui, les communistes doivent absolument prendre acte de ces transformations et de ces développements objectifs. Ils doivent se préparer politiquement à la situation de plus en plus probable selon laquelle le Canada impérialiste ne constituera plus une « prison des nations autochtones » comme le qualifie le programme actuel du PCR. La reconnaissance de cette situation vers laquelle tend objectivement l’évolution de la société canadienne entraîne des conséquences stratégiques importantes pour les révolutionnaires. La nécessité du front uni militaire entre le prolétariat canadien et les peuples autochtones pourrait éventuellement être remplacée par celle de l’unité de classe des prolétaires canadiens et autochtones. Les tâches de la révolution de démocratie nouvelle au sein des nations et des peuples autochtones pourraient être remplacées par celles de la révolution socialiste, laquelle serait alors à l’ordre du jour partout au pays. Cela dit, dépendamment du stade de développement économique auquel seront rendus les peuples autochtones au moment du déclenchement de la guerre populaire, il se pourrait fort bien que les révolutionnaires doivent faire face à une situation hybride prenant des formes très particulières selon les régions du pays. Devant la montée du prolétariat – et en particulier devant la montée de « leur » prolétariat –, des éléments, des couches, voire la quasi-totalité de certaines bourgeoisies autochtones moins développées pourraient ainsi tout de même se ranger dans le camp de la révolution et appuyer – au moins momentanément – l’établissement d’une fédération de type soviétique au Canada étant donné qu’un tel régime politique respecterait l’existence et les droits fondamentaux des nations et des peuples autochtones, en plus de permettre une répartition plus équilibrée des richesses à l’échelle du pays.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le rôle des communistes de prédire avec exactitude comment sera la société bourgeoise dans le futur : seule l’histoire nous le dira. Les communistes doivent prévoir toutes les possibilités et toutes les éventualités pour pouvoir se positionner de manière révolutionnaire en toutes circonstances. En ce sens, tant et aussi longtemps que l’émancipation pleine et entière des nations et des peuples autochtones restera à gagner, les communistes continueront à soutenir leurs luttes progressistes en défendant les solutions les plus démocratiques. Par ailleurs, tant et aussi longtemps que la démocratie nouvelle sera possible, les communistes devront également continuer à promouvoir cette solution générale comme voie privilégiée – puisqu’elle est dirigée par le peuple, qu’elle est révolutionnaire et qu’elle conduit directement au socialisme. Par contre, il faut désormais reconnaître que cette voie a perdu sa force stratégique dans la révolution prolétarienne au Canada. Dans le contexte actuel, les communistes doivent également accueillir favorablement l’aspect positif du développement économique des nations et des peuples autochtones même s’il prend une forme capitaliste (et critiquer les courants idéologiques rétrogrades – comme ceux portés par les chefs autochtones traditionalistes mis de l’avant par le grand mouvement postmoderne – qui s’opposent de manière réactionnaire à ce développement), tout en soulignant le contenu strictement bourgeois de cette forme de développement national et en insistant sur ses étroitesses et ses limites historiques, c’est-à-dire sa finalité non socialiste. Ainsi, ils doivent surtout mettre de l’avant les intérêts indépendants du prolétariat autochtone, intérêts qui convergent avec ceux de l’ensemble du prolétariat et qui, nécessairement, se sépareront de plus en plus nettement de ceux de la bourgeoisie nationale autochtone à mesure que cette dernière se développera et se consolidera. Tout en appuyant le droit à l’auto-détermination des nations autochtones, les communistes doivent donc travailler à l’émergence d’un puissant courant de lutte pour le socialisme au sein du prolétariat autochtone, ainsi qu’à l’union des ouvriers autochtones et non autochtones dans la lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie. Afin de contribuer à réduire la méfiance des prolétaires autochtones envers les prolétaires non autochtones (méfiance engendrée par l’oppression historique de leurs nations et de leurs peuples), mais aussi afin de contribuer à mobiliser pour la révolution certaines couches non prolétariennes des peuples autochtones, le nouveau programme du PCR devra notamment exposer avec plus de détails la forme du nouveau régime politique qu’il appelle à mettre en place au Canada. Surtout, il devra expliquer de quelle manière un tel régime politique s’opposera à tout privilège national et garantira l’égalité des langues et des nations au pays.

Considérant ce qui vient d’être énoncé, le nouveau programme du PCR devra donc :

  • Défendre le droit des peuples autochtones à disposer d’eux-mêmes incluant leur droit à la séparation politique;

  • Défendre l’égalité absolue des langues et des nations au Canada;

  • Appuyer et promouvoir le développement économique des nations et des peuples autochtones ainsi que la lutte pour éradiquer la misère extrême découlant de leur oppression historique;

  • Prôner l’unité complète et absolue entre les prolétaires canadiens et autochtones – y compris sur le plan organisationnel – en mettant de l’avant leurs intérêts communs face à ceux des capitalistes de toutes les nations et en appelant à leur mobilisation unifiée dans la lutte pour le socialisme partout au Canada;

  • Appeler à l’établissement de la Fédération des Républiques socialistes du Canada (FRSC), un régime politique basé sur l’union libre et volontaire des nations et des peuples qui occuperont le futur Canada révolutionnaire;

  • Préciser que la FRSC inclura des organes administratifs territoriaux propres aux différentes nations et aux différents peuples autochtones, organes qui fonctionneront dans leurs langues nationales, qui seront adaptés aux conditions locales et qui bénéficieront de pouvoirs autonomes importants;

  • Préciser que la FRSC permettra le développement d’écoles, de services sociaux, de médias et d’institutions culturelles fonctionnant également dans les langues autochtones;

  • Préciser que le gouvernement fédéral de la FRSC intégrera les langues autochtones couramment parlées au sein de ses propres organismes en leur accordant un statut égal à l’anglais et au français et en les utilisant – en plus de ces deux langues – pour communiquer aux citoyens autochtones concernés.

  • Préciser que la FRSC pourrait possiblement inclure, dépendamment de la volonté démocratique des nations et peuples autochtones ainsi que du stade de développement économique auquel ces nations et ces peuples seront rendus, une grande république populaire autochtone fédérée (dirigée par un front uni avec la bourgeoisie nationale autochtone et devant évoluer vers le socialisme) ou une grande république socialiste autochtone fédérée dans le Nord du Canada;

  • Préciser qu’une grande république populaire ou socialiste autochtone dans le Nord du Canada rassemblerait plusieurs nations et peuples autochtones à l’intérieur d’une même entité politique fédérée à la FRSC, facilitant l’unité économique et la mise en commun des ressources de ces peuples dont la population est peu nombreuse; et qu’elle pourrait également coexister avec des républiques populaires ou socialistes autochtones de moindre envergure.

Sur la question des femmes et du « féminisme prolétarien »

 

Au cours de la dernière décennie, la question de « l’oppression des femmes » a suscité des luttes politiques intenses dans le mouvement maoïste canadien. Ce n’est pas surprenant, puisqu’il s’agit de l’une des questions à propos de laquelle règne présentement – et depuis au moins deux décennies – la plus grande confusion parmi les organisations se revendiquant du communisme et du maoïsme dans les pays impérialistes. Thème de prédilection du grand mouvement postmoderne, la « lutte contre l’oppression des femmes » a servi à détourner les nouveaux militants communistes de leurs tâches réelles et, de plus en plus, à les entraîner dans des luttes petites-bourgeoises inventées et à introduire l’idéalisme dans les rangs de leurs organisations.

Au sein du PCR, bien que la véritable campagne anti-matérialiste ait débuté au début des années 2010 suite à l’intégration regrettable des « opportunistes canadiens » et à leur promotion agressive d’une ligne postmoderne consolidée, une certaine confusion ainsi que certaines positions erronées à propos de la question des femmes, notamment celles relatives à la notion de « féminisme prolétarien et révolutionnaire », étaient présentes dès la fondation du Parti, ce qui a d’ailleurs éventuellement aidé les opportunistes dans leur tentative de transformer complètement l’organisation en un groupe « anti-oppressif » petit-bourgeois. Ces erreurs, qui étaient en fait des emprunts et des concessions au féminisme tout court, se reflètent dans le programme actuel du Parti. Si une lutte d’opinions a été menée dès le départ pour faire valoir un point de vue plus juste, certaines conceptions erronées ont néanmoins été introduites dans le programme lorsqu’il a été adopté.

C’est le huitième chapitre du programme qui aborde la question de l’oppression des femmes et du « féminisme prolétarien et révolutionnaire ». Avant de continuer, il est important de préciser que l’expression « féminisme prolétarien », au moment de la genèse du programme du PCR, avait été initialement formulée, au sein du groupe dirigeant à l’origine de la fondation du Parti, dans un sens tout à fait différent de celui ayant finalement prévalu lors de l’adoption du programme. L’expression devait d’abord simplement désigner la fraction prolétarienne du mouvement des femmes ayant existé à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, mouvement s’étant développé en réponse à l’injustice qui frappait les femmes dans leur ensemble à l’époque où elles étaient privées des droits et du statut social dont jouissaient alors les hommes. Autrement dit, l’expression « féminisme prolétarien » avait été utilisée non pas pour désigner un courant théorique particulier, ni pour évoquer des objectifs politiques actuels, mais simplement pour décrire l’engagement et la pratique des militantes et des militants qui, en plus d’avoir historiquement participé à cette grande lutte démocratique pour l’émancipation du sexe féminin au moment où elle était encore nécessaire, appartenaient au mouvement ouvrier, s’intéressaient au sort des travailleuses (parmi l’ensemble des femmes) et luttaient pour le communisme. Ces militantes et ces militants historiques, ce sont Clara Zetkin, Auguste Bebel, Alexandra Kollontai, Lénine, etc. Entendue ainsi, l’expression « féminisme prolétarien » n’est pas préjudiciable et n’entraîne pas nécessairement de déviations dans la pratique, même si elle peut prêter à confusion. Malheureusement, ce n’est pas le sens qu’ont voulu lui donner la majorité des militants au moment de l’adoption du programme final (le chapitre sur les femmes a été ajouté en 2003). On a plutôt insisté, par peur du rejet de la « gauche » petite-bourgeoise, pour que le programme acquiert un caractère féministe au sens strict, c’est-à-dire au sens de l’idéologie. Il faut comprendre que le mouvement des femmes est un mouvement revendicatif historique qui est tombé en caducité au Canada. Conséquemment, le mouvement militant étiqueté « féministe » qui perdure au pays est désormais presque entièrement basé sur de l’idéologie. Le féminisme, dans les pays impérialistes occidentaux, a perdu tout contenu démocratique et est désormais strictement idéaliste et petit-bourgeois. Or, c’est cette idéologie féministe qui transparaît partiellement dans le huitième chapitre du programme actuel.

Ainsi, l’expression « féminisme prolétarien et révolutionnaire » est devenue le porte-étendard d’un ensemble de revendications et d’objectifs actuels se résumant à vouloir mettre fin, à travers la révolution socialiste, à « l’oppression des femmes ». C’est malheureusement le contenu qu’ont également donné au « féminisme prolétarien » un bon nombre d’organisations maoïstes nées au cours des deux dernières décennies au sein des autres pays impérialistes occidentaux (par exemple le Parti Communiste maoïste de France), conduisant à une situation de confusion généralisée sur cette question ainsi qu’à un enlisement dans des formes d’activité inutiles. La conception erronée du « féminisme prolétarien » est devenue si solidement ancrée en Amérique du Nord et en Europe que les pseudo-maoïstes américains regroupés derrière le journal Struggle Sessions, prétendant s’être démarqués des autres organisations et avoir enfin trouvé la ligne juste sur la question des femmes, ont rejeté superficiellement l’usage du terme tout en conservant intégralement son contenu anti-marxiste et petit-bourgeois et en le mettant en pratique de la manière la plus mauvaise, la plus opportuniste et la plus postmoderne (ce dont nous avons traité dans le texte Le maoïsme tel qu’en lui-même : contre l’idéalisme du courant « principalement maoïste » publié en janvier 2020).

En réalité, même si les communistes doivent lutter pour l’émancipation des femmes partout où cette tâche est nécessaire (ce qu’ils ont fait historiquement, notamment en Russie, et ce qu’ils continuent à faire aujourd’hui dans les pays comme l’Inde où subsistent l’inégalité en droits et les rapports sociaux patriarcaux), le remplacement du mode de production capitaliste par le mode de production communiste n’est nullement nécessaire pour mettre fin à l’oppression patriarcale. En fait, l’oppression des femmes est liée aux rapports de production féodaux et esclavagistes. Par conséquent, le développement du capitalisme conduit lui-même à leur émancipation en détruisant le patriarcat et les idées qui y sont associées. Il est vrai qu’à l’époque de l’impérialisme, les bourgeoisies nationales des pays dominés parviennent difficilement – ou ne cherchent tout simplement plus – à accomplir les tâches démocratiques qu’elles auraient dû assumer. L’exploitation économique organisée par les pays riches maintient la plupart des pays du monde dans un état d’arriération et de sous-développement, favorisant à plusieurs endroits le maintien de structures sociales et de régimes juridiques extrêmement rétrogrades, comme on peut le voir par exemple au Moyen-Orient. Dans ce contexte, la libération complète de l’ensemble des femmes de la planète se fera effectivement dans le cadre de la révolution prolétarienne mondiale – incluant des révolutions nationales et démocratiques dans la plupart des pays dominés. Mais cela ne signifie nullement que la direction prolétarienne soit absolument indispensable dans chaque pays arriéré sans exception pour permettre aux femmes d’atteindre l’égalité avec les hommes (même si les partis prolétariens de ces pays doivent toujours être politiquement à l’avant-garde sur cette question). Et surtout, cela n’implique aucunement que les partis communistes doivent encore lutter pour réaliser cette tâche dans les pays capitalistes développés. En fait, au Canada et dans les pays impérialistes similaires, le capitalisme a déjà aboli l’oppression patriarcale depuis un bon moment, rendant caduc cet objectif que se fixaient autrefois les partis prolétariens occidentaux et que se fixent encore – avec raison – les partis maoïstes opérant dans des pays semi-féodaux où la lutte pour l’émancipation des femmes est encore à l’ordre du jour.

Historiquement, l’oppression des femmes a reposé sur la famille patriarcale apparue lors du passage entre le communisme primitif et le mode de production esclavagiste – passage induit par le développement des forces productives et notamment par l’apparition de l’élevage – et ayant éventuellement pris la forme de la famille individuelle monogame. Dans la famille patriarcale, l’homme est le seul détenteur légitime de la propriété privée, laquelle est transmise à ses héritiers selon la filiation paternelle. En même temps, la femme est exclue de la production publique et sociale en étant confinée à la sphère domestique privée. Telles ont été les causes historiques de l’oppression patriarcale. Ainsi, le statut social de la femme dépend de sa position économique dans la société. Voici ce qu’écrit Engels à ce propos dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État :

« D'après la division du travail en vigueur dans la famille à cette époque, il incombait à l'homme de procurer la nourriture et les instruments de travail nécessaires à cet effet; par suite, il était donc propriétaire de ces instruments de travail; il les emportait, en cas de séparation, tandis que la femme gardait les objets de ménage. Selon la coutume en vigueur dans cette société, l'homme était donc également propriétaire de la nouvelle source d'alimentation, le bétail, et plus tard du nouveau moyen de travail, les esclaves. […] Donc, au fur et à mesure que les richesses s'accroissaient, d'une part elles donnaient dans la famille une situation plus importante à l'homme qu'à la femme, et, d'autre part, elles engendraient la tendance à utiliser cette situation affermie pour renverser au profit des enfants l'ordre de succession traditionnel. Mais cela n'était pas possible, tant que restait en vigueur la filiation selon le droit maternel. C'est donc celle-ci qu'il fallait renverser tout d'abord, et elle fut renversée. […] Le renversement du droit maternel fut la grande défaite historique du sexe féminin. Même à la maison, ce fut l'homme qui prit en main le gouvernail; la femme fut dégradée, asservie, elle devint esclave du plaisir de l'homme et simple instrument de reproduction. » (1884)

Concernant l’exclusion des femmes de la sphère productive conduisant à lui donner statut social inférieur, il écrit :

« L'inégalité de droits entre les deux parties [l'homme et la femme dans le mariage], que nous avons héritée de conditions sociales antérieures, n'est point la cause, mais l'effet de l'oppression économique de la femme. Dans l'ancienne économie domestique communiste, qui comprenait beaucoup de couples conjugaux avec leurs enfants, la direction du ménage, confiée aux femmes, était une industrie publique de nécessité sociale, au même titre que la fourniture des vivres par les hommes. Avec la famille patriarcale, et plus encore avec la famille individuelle monogamique, il en alla tout autrement. La direction du ménage perdit son caractère public. Elle ne concerna plus la société; elle devint un service privé; la femme devint une première servante, elle fut écartée de la participation à la production sociale. »

Le caractère étroit et borné des forces productives a maintenu pendant des millénaires les conditions de la famille patriarcale et l’obligation pour la femme de demeurer cloîtrée dans la sphère domestique. Mais les choses ont changé avec l’apparition du capitalisme et de la grande industrie moderne. En créant une masse d’individus dépourvue de toute propriété, d’une part, et en introduisant massivement – notamment grâce au machinisme – les femmes du prolétariat dans la production, d’autre part, le capitalisme a sapé les bases de la famille patriarcale et l’a ultimement détruite. Voici, encore une fois, ce qu’écrit Engels :


« L'amour sexuel ne peut être et n'est règle véritable des relations avec la femme que dans les classes opprimées, c'est-à-dire, de nos jours, dans le prolétariat, que ces relations soient ou non officiellement sanctionnées. Mais c'est qu'ici tous les fondements de la monogamie classique sont sapés. Il ne s'y trouve aucune propriété, pour la conservation et la transmission de laquelle furent précisément instituées la monogamie et la suprématie de l'homme; il y manque donc tout stimulant pour faire valoir la suprématie masculine. […] Et par surcroît, depuis que la grande industrie, arrachant la femme à la maison, l'a envoyée sur le marché du travail et dans la fabrique, et qu'elle en fait assez souvent le soutien de la famille, toute base a été enlevée, dans la maison du prolétaire, à l'ultime vestige de la suprématie masculine – sauf, peut-être encore, un reste de la brutalité envers les femmes qui est entrée dans les mœurs avec l'introduction de la monogamie. Ainsi, la famille du prolétaire n'est plus monogamique au sens strict du terme, même s'il y a, de part et d'autre, l'amour le plus passionné et la fidélité la plus absolue, et malgré toutes les éventuelles bénédictions spirituelles et terrestres. […] [L]a femme a effectivement reconquis le droit au divorce, et, si l'on ne peut pas se souffrir, on préfère se séparer. Bref, le mariage prolétarien est monogamique au sens étymologique du mot, mais point du tout au sens historique. »

L’émancipation du sexe féminin repose donc, historiquement, sur la suppression du droit d’héritage paternel ainsi que sur la fin du confinement des femmes dans la sphère domestique privée. Sans la famille patriarcale et sans l’ordre juridique qui la sanctionne, il n’est pas possible de parler d’oppression des femmes. Citons Engels une dernière fois :

« [L]e caractère particulier de la prédominance de l'homme sur la femme dans la famille moderne, ainsi que la nécessité et la manière d'établir une véritable égalité sociale des deux sexes, ne se montreront en pleine lumière qu'une fois que l'homme et la femme auront juridiquement des droits absolument égaux. On verra alors que l'affranchissement de la femme a pour condition première la rentrée de tout le sexe féminin dans l'industrie publique et que cette condition exige à son tour la suppression de la famille conjugale en tant qu'unité économique de la société. »

Au Canada, l’égalité juridique sur tous les plans entre les hommes et les femmes est essentiellement acquise depuis au moins le début des années 1980. Rappelons que la Charte canadienne des droits et libertés incluse dans la Loi constitutionnelle de 1982 reconnaissait explicitement l’égalité entre les sexes dès son adoption. Mais les bases juridiques de l’égalité avaient été posées bien avant cela. Plus particulièrement, l’absence de droits de propriété pour les femmes mariées – principale expression juridique de la famille patriarcale – n’existe plus au Canada depuis les années 1960. Les femmes mariées ayant obtenu les mêmes droits que les hommes en matière de propriété dès 1884 en Ontario et dès 1900 au Manitoba avec la Loi sur les biens de la femme mariée, elles ont acquis ces droits dans toutes les autres provinces au cours du 20e siècle jusqu’à la signature de la Loi par le Québec en 1964. Par la suite, les lois régissant les biens matrimoniaux adoptées dans la majorité des provinces vers la fin des années 1970 ont assuré un partage égal des biens en cas de divorce. Avec la légalisation des droits de propriété des femmes mariées, l’État bourgeois a sanctionné juridiquement la destruction de la famille patriarcale, dont le but était précisément la transmission de la richesse par le père exclusivement.

 

Pour ce qui est de la libération des femmes du travail domestique et de leur intégration à la vie économique publique, il est clair que cela a été accompli au Canada. Si l’apparition du machinisme et de la grande industrie ont conduit dès le 19e siècle à une introduction massive des femmes et des enfants de la classe ouvrière dans la production – comme en témoignent entre autres les écrits de Marx et Engels –, l’évolution du capitalisme au cours du 20e siècle, incluant notamment l’accroissement des besoins du capital en force de travail et l’augmentation relative et absolue de la quantité de prolétaires embauchés par la bourgeoisie, a poussé beaucoup plus loin l’incorporation des femmes dans le travail salarié. Ainsi, selon Statistique Canada, la présence des femmes âgées de 25 à 54 ans sur le marché du travail canadien est passé d’un taux de 23,5% en 1953 à un taux de 81,9% en 2014, tandis que celle des hommes du même groupe d’âge est passé d’un taux de 95,9% à un taux de 90,5%. La différence dans le taux d’activité entre les hommes et les femmes est donc passé de plus de 70% à moins de 10% pendant cette période au pays. Par ailleurs, en 2014, les femmes constituaient près de la moitié (47%) de la « population active » au Canada. On peut donc dire que l’intégration des femmes à « l’industrie publique » a été essentiellement complétée.


Quant à la famille conjugale, si elle n’a pas été supprimée en tant « qu’unité économique de la société » – car elle ne peut pas l’être dans le cadre du capitalisme –, elle n’impose plus du tout aujourd’hui aux femmes un fardeau de même nature que celui qu’elle leur imposait à l’époque d’Engels. Surtout, elle a perdu tout caractère patriarcal, n’étant plus marquée par l’assujettissement de la femme ni par l’indissolubilité du mariage, ce qu’Engels reconnaissait déjà pour la famille prolétarienne de son temps, qu’il déclarait n’être « plus monogamique au sens strict du terme ». Il faut comprendre qu’à l’époque où Engels écrivait, l’éducation des enfants était beaucoup moins socialisée qu’aujourd’hui : le développement de l’école publique commençait à peine, sans parler des garderies qui étaient pratiquement inexistantes, ces dernières étant apparues sur une vaste échelle au 20e siècle seulement (d’abord dans les pays socialistes, puis dans les pays capitalistes également). D’autres transformations ont également contribué à réduire l’ampleur du travail domestique dans les pays capitalistes entre le 19e siècle et la seconde moitié du 20e siècle : la baisse de la natalité, l’introduction des électroménagers, etc. Finalement, si la famille constitue encore une unité économique fondamentale de la société capitaliste, l’intégration de plus en plus grande des femmes au travail salarié combinée à l’évolution des mœurs a fait en sorte que les tâches qui y sont effectuées ne reposent plus seulement sur les femmes, les hommes y prenant désormais part eux aussi. En effet, le capital n’a que faire du sexe sur lequel repose l’entretien de la force de travail. Malgré le fait qu’on puisse encore constater, d’après les statistiques disponibles, une certaine inégalité dans la répartition de ces tâches à l’échelle de la société entière, cette inégalité (principalement engendrée par des habitudes culturelles héritées de conditions sociales qui ne sont plus celles d’aujourd’hui dans les pays impérialistes) tend nécessairement à se résorber. Par exemple, selon une étude de Statistique Canada, le taux de participation des pères canadiens aux tâches domestiques au cours d’une journée moyenne est passé de 51% en 1986 à 76% en 2015, tandis que celui des mères canadiennes est demeuré de 93% pendant la même période. Par ailleurs, toujours entre 1986 et 2015, la quantité de temps consacré en moyenne par les pères canadiens aux tâches domestiques lors des journées où ils y ont pris part est passé de 120 minutes à 145 minutes, tandis que cette quantité moyenne de temps a suivi une évolution inverse chez les mères canadiennes en passant de 203 minutes à 181 minutes. Si l’on peut déplorer que l’écart soit encore trop élevé, il n’y a aucune raison de penser qu’il ne continuera pas à suivre la même tendance au cours des prochaines années et décennies. Mais il faut aussi – et surtout – souligner que cette répartition inégale ne s’impose plus de manière implacable à toutes les femmes : elle n’a plus aucun caractère obligatoire – ce qui est l’élément le plus fondamental – puisque les liens autrefois indissolubles du mariage ont été rompus et que le mariage hétérosexuel lui-même n’est plus une nécessité pour les femmes.

 

Ainsi, si Engels croyait en 1884 que l’intégration pleine et entière des femmes dans la production sociale exigerait l’abolition pure et simple de la famille conjugale en tant qu’unité économique – puisqu’il constatait alors l’existence d’un conflit entre la participation des femmes au travail salarié, d’une part, et leurs « devoirs familiaux », d’autre part –, les facteurs énumérés précédemment auront finalement permis « la rentrée de tout le sexe féminin dans l'industrie publique », et par le fait même, l’émancipation effective des femmes. Notons toutefois qu’Engels avait raison de considérer que la révolution socialiste devait nécessairement libérer les femmes en transformant, d’une part, la propriété privée en propriété sociale, faisant disparaître l’enjeu de la transmission héréditaire à l’origine de la famille patriarcale, et en assurant, d’autre part, la prise en charge sociale des tâches domestiques privées, libérant les femmes de ce fardeau écrasant et faisant disparaître la famille conjugale « en tant qu’unité économique de la société ». C’est effectivement ce qui se serait passé si la révolution prolétarienne avait triomphé avant que l’émancipation des femmes ne soit complétée dans les pays capitalistes développés. Pour le dire autrement, puisqu’il adoptait une perspective révolutionnaire, il est normal qu’Engels ait mis de l’avant la solution révolutionnaire au problème de l’émancipation des femmes, solution qui n’était pas une lubie, mais qui correspondait au contraire à des conditions et à des possibilités réelles. C’est d’ailleurs la voie qu’ont effectivement emprunté les pays socialistes comme l’URSS et la Chine, notamment en poussant la socialisation du travail domestique beaucoup plus loin qu’elle ne l’a jamais été dans les pays capitalistes (et ce, même s’ils n’ont pas pu se rendre jusqu’à la suppression complète de l’unité économique familiale, laquelle n’est possible qu’avec le communisme intégral). Or, plus d’un siècle après la rédaction de L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Engels aurait été forcé de constater que l’émancipation des femmes a suivi une autre voie, non révolutionnaire, et qu’elle n’a pas impliqué l’abolition de la propriété privée et de la famille conjugale elle-même.

Les vérités qui précèdent ne se trouvent malheureusement pas exposées clairement – et sont même en partie contredites – dans le huitième chapitre du programme actuel du PCR. Reflétant les débats et les opinions contradictoires qui existaient dans le Parti sur la question des femmes au moment de sa fondation, le huitième chapitre du programme exprime en effet un point de vue incohérent et discordant. D’un côté, le programme reconnaît avec justesse que le capitalisme a historiquement supprimé le patriarcat dans les pays comme le Canada :

« Alors que dans les pays dominés par l’impérialisme, le patriarcat et les institutions qui en découlent jouent un rôle important dans le maintien de l’oppression des femmes et dans l’exploitation dont elles sont victimes, la situation générale dans un pays impérialiste développé est différente. Plus de 100 ans de capitalisme et de lutte de classes ont fait en sorte que le patriarcat, comme rapport social, n’occupe plus un terrain déterminant dans l’organisation sociale du capitalisme au Canada. »

Mais d’un autre côté, il appelle à lutter pour la libération des femmes sous la bannière du « féminisme prolétarien et révolutionnaire » en dénonçant les limites du « féminisme bourgeois et réformiste », lequel chercherait « à résoudre les questions qui touchent les femmes en dehors du cadre de la lutte des classes ». Il met de l’avant des slogans équivoques tels que « La révolution, la seule solution! » tout en affirmant « qu’il est impossible aux femmes du prolétariat d’atteindre l’égalité totale en laissant la structure et le système de production capitaliste inchangés ». Afin de dissiper une fois pour toutes la confusion ayant été encouragée durant les vingt dernières années par ces formules incorrectes, et alors qu’il n’y a plus aucune raison aujourd’hui de ne pas rejeter en bloc les conceptions fausses liées au « féminisme prolétarien », affirmons-le sans ambages : le PCR considère la question de l’oppression des femmes et de l’égalité entre les sexes comme étant objectivement résolue au Canada aujourd’hui. Par conséquent, le PCR ne reconnaît plus l’utilité de la notion de « féminisme prolétarien et révolutionnaire » et encore moins celle de sa mise en pratique, peu importe l’étiquette qu’on lui donne.

Si certains vestiges du patriarcat peuvent encore subsister dans la superstructure comme l’affirme le huitième chapitre du programme (inégalités dans la répartition des tâches domestiques, misogynie, discrimination envers les femmes, etc.), la société bourgeoise exerce « naturellement » sur eux une influence dissolvante décisive. Soit elle les rend de plus en plus anecdotiques et insignifiants – transformant leur caractère patriarcal originel en caractère anti-social –, soit elle les fait disparaître entièrement. Ainsi, l’importance des « vestiges du patriarcat » dont parle le huitième chapitre doit être grandement relativisée. Sinon, certains militants petits-bourgeois pourraient se servir de cette notion pour donner un vernis « marxiste » à leurs conceptions intersectionnelles et pour justifier les mêmes formes de lutte et d’organisation qu’ils auraient proposées pour lutter contre l’oppression patriarcale elle-même (telle que la conçoivent les idéologues postmodernes). Ainsi, le fait que ces vestiges évanescents puissent exister n’a aucune implication pratique sérieuse pour l’avant-garde communiste. De la même manière, il n’en découle aucune tâche stratégique spécifique. Si les communistes s’opposent bien sûr avec vigueur – comme n’importe quels démocrates conséquents – aux idées et aux actions allant à l’encontre du principe de l’égalité entre les êtres humains (peu importe leur sexe, leur nationalité, etc.), les partis révolutionnaires agissant au cœur des démocraties bourgeoises avancées de notre époque n’ont pas de rôle particulier à jouer dans la lutte contre les derniers vestiges idéologiques des modes de production antérieurs (même si le pouvoir prolétarien se chargera bien entendu d’éradiquer toutes les souillures que la bourgeoisie n’aura pas eu le temps de nettoyer, aussi minimes soient-elles rendues au moment de l’établissement du socialisme).

Cela dit, il existe un vestige du patriarcat qui, vraisemblablement, subsistera dans le cadre du capitalisme : la prostitution. En effet, il s’agit d’une activité lucrative qui, pour cette raison, est extrêmement difficile, voire impossible à détruire dans le cadre de la société marchande, de la même manière que le sont le commerce illicite de stupéfiants, les jeux d’argent et le crime organisé en général. Par ailleurs, au lieu de susciter une désapprobation morale de plus en plus grande comme cela devrait être le cas, la prostitution (rebaptisée « travail du sexe ») tend de plus en plus à être légitimée idéologiquement par le mouvement postmoderne qui domine maintenant la superstructure de la société. Or, cette activité, aussi aberrante soit-elle, ne concerne qu’une fraction minoritaire – pour ne pas dire marginale – de la société et ne touche qu’une poignée de femmes : sa persistance à notre époque ne peut donc amener à conclure au maintien de « l’oppression patriarcale ». Quoi qu’il en soit, la révolution socialiste extirpera cette pratique sordide et dégradante, de la même manière qu’elle nettoiera la société de toutes les tares similaires et de l’ensemble des activités parasitaires et socialement nocives liées à la pègre.

L’idée selon laquelle la société actuelle serait encore patriarcale conduit les révolutionnaires à vouloir refaire une lutte démocratique déjà gagnée, c’est-à-dire à poser devant eux un obstacle imaginaire les empêchant de déployer leurs forces au bon endroit. Dans l’histoire du PCR, l’application des principes et des mots d’ordre contenus dans le huitième chapitre a conduit à des errements nombreux. Avec le recul, nous pouvons aujourd’hui affirmer, par exemple, que la mise sur pied du Front féministe prolétarien et révolutionnaire (FFPR) suite à la fondation du PCR a constitué une expérience peu profitable et même néfaste. D’abord, cette initiative a absorbé une quantité de temps et d’énergie qui auraient dû être concentrés ailleurs, c’est-à-dire notamment dans le mouvement ouvrier et dans la participation aux luttes économiques spontanées du prolétariat. Ensuite, même si le FFPR était officiellement voué à organiser des femmes du prolétariat – et même s’il a initialement servi l’objectif valable de développer la solidarité avec les luttes des femmes dans les pays dominés –, sa création a éventuellement eu pour effet d’attirer des militantes étudiantes féministes dans l’orbite du PCR, contribuant ainsi à l’introduction d’éléments anti-marxistes dans le maoïsme canadien. Aujourd’hui, il convient de reconnaître qu’il s’agit du seul effet possible de la création d’une organisation appelant à lutter contre l’oppression des femmes au Canada à l’époque actuelle. Plus encore, dans le contexte de la montée du grand mouvement postmoderne dans les pays impérialistes, le FFPR devait nécessairement dégénérer et s’écarter de ses propres objectifs prolétariens et internationalistes pour devenir le lieu de débats ultra-idéalistes sur « l’identité de genre », la « transphobie », etc. Le réseau pan-canadien de groupes « FFPR », créé dans les années 2010, a d’ailleurs constitué l’un des principaux canaux grâce auxquels s’est organisée l’offensive débridée des opportunistes canadiens contre le centre dirigeant historique du PCR.

Puisque l’oppression des femmes n’existe plus matériellement dans les pays impérialistes occidentaux, ceux qui veulent continuer à lutter contre elle sont amenés à en inventer des manifestations toujours plus nombreuses. Au sein du PCR, les militants postmodernes attirés par la bannière du « féminisme prolétarien » se sont ainsi mis à voir des « comportements patriarcaux » partout où il n’y en avait pas, et ce, même si le plus grand respect règne entre les hommes et les femmes dans l’organisation et même si le Parti traite l’ensemble de ses militants de manière égale peu importe leur sexe. Aux yeux de ces petits-bourgeois, un militant donnant simplement une consigne à une militante pouvait par exemple devenir coupable d’une « micro-agression » sexiste. Ces idéologues postmodernes concevaient l’activité militante non pas comme une lutte politique, mais comme une lutte constante entre les membres de l’organisation, lutte visant à changer la forme de leurs interactions et à « purifier » intérieurement les camarades soi-disant imprégnés par le « sexisme inconscient ». Ils organisaient des séances de « rééducation » postmoderne et paralysaient le travail politique avec des fausses accusations, allant jusqu’à inventer de toutes pièces une grave histoire d’abus sexuel. Évidemment, les opportunistes postmodernes, qui étendaient « l’oppression des femmes » à celle des personnes « trans » et « non binaires », faisaient également éclater des scandales ridicules liés à l’usage des « mauvais » pronoms, faisant perdre un temps précieux aux militants sérieux de l’organisation. Heureusement, aujourd’hui, plus aucun de ces militants postmodernes ne se trouve dans les rangs du PCR. Ou bien ils ont été séparés du Parti au moment de la scission de 2017, ou bien ils ont été forcés de quitter l’organisation lors de l’épuration de 2018-2019.

Comme nous l’avons dit, la question des femmes est objectivement réglée au Canada pour ce qui est de l’essentiel. Sa résolution ne fait donc pas partie des tâches révolutionnaires de l’avant-garde communiste. Cela dit, le PCR continuera bien entendu à prôner l’égalité complète entre les hommes et les femmes – comme il ne cessera jamais de s’opposer à toutes pratiques discriminatoires basées sur la couleur de peau, la nationalité, la religion, etc. Le PCR continuera également à appuyer fermement, dans le cadre de ses devoirs internationalistes, les luttes démocratiques des ouvrières et des paysannes des pays semi-féodaux et semi-coloniaux où les femmes sont privées de droits fondamentaux et où la question de l’oppression patriarcale est encore à résoudre. Aussi, mobiliser les ouvrières et les travailleuses demeurera bien entendu une nécessité pour le Parti – non pas parce qu’elles font partie des « couches les plus opprimées » et « qu’elles sont parmi les plus exploitées » comme l’affirme le programme actuel, mais simplement parce qu’elles constituent au moins la moitié du prolétariat. Mais la mobilisation des femmes du prolétariat ne passera pas, stratégiquement, par le déploiement d’un travail organisationnel spécifique et distinct. Les femmes du prolétariat seront intégrées dans le mouvement révolutionnaire à travers la mobilisation générale de leur classe : à travers le travail d’agitation et de propagande déployé vers tous les secteurs prolétariens sans exception, y compris les domaines où l’on retrouve actuellement une majorité de femmes (par exemple parmi les préposées aux bénéficiaires). Ainsi, cette mobilisation n’impliquera pas « la construction d’un mouvement des femmes du prolétariat » comme cela est formulé dans le programme actuel, mais plutôt la construction d’un mouvement prolétarien ayant une forte composante féminine. Cela dit, le PCR n’exclut pas la possibilité de créer, à un stade beaucoup plus avancé de son développement, des fronts, des organisations ou des sous-groupes de femmes si cela s’avère utile pour renforcer l’organisation générale et tentaculaire du prolétariat canadien par l’avant-garde communiste. Ces fronts de femme (qui pourraient par exemple servir à déployer un travail de solidarité internationaliste avec les femmes des pays dominés, au combat contre le féminisme et son influence dans le mouvement ouvrier, etc.) seraient analogues aux diverses organisations spécialisées que le PCR sera éventuellement amené à générer (lorsque le Parti sera assez puissant et non à un stade prématuré comme cela a été le cas dans l’histoire du PCR) pour étendre son influence et sa direction sur toutes les couches du peuple (par exemple un front des travailleurs haïtiens de Montréal, un front des mineurs de la Côte-Nord, un front des pêcheurs des Maritimes, un front des jeunes, un front étudiant, etc.). Par contre, il doit être clair que ces groupes de femmes ne serviraient pas à lutter contre une oppression patriarcale inexistante au Canada ou encore à participer au mouvement féministe petit-bourgeois. En ce sens, le PCR ne mettra plus jamais sur pied d’organisations spéciales sous la bannière du « féminisme prolétarien » comme il l’a fait par le passé avec la création du FFPR. En somme, il faut garder en tête que les femmes du prolétariat doivent être mobilisées en tant que prolétaires d’abord et avant tout, c’est-à-dire sans chercher d’emblée à donner un caractère spécifiquement féminin à leur combat (et surtout sans le séparer du combat de leurs frères de classe). Pour reprendre les termes employés par la grande militante communiste Clara Zetkin :

« Comme nous ne voulons absolument pas séparer notre cause de celle des travailleurs en général, nous ne demandons aucune protection particulière si ce n’est celle que le travail en général exige du capital. Nous n’admettons qu’une seule exception au profit des femmes enceintes, dont l’état exige des mesures particulières dans l’intérêt de la femme même et de sa progéniture. Nous nions qu’il existe une question féminine spécifique, nous nions qu’il existe un problème spécifique des travailleuses. »

Cela dit, le PCR continuera bien sûr de reconnaître la différence anatomique entre les hommes et les femmes – contrairement aux idéologues postmodernes qui nient l’existence du sexe biologique –, différence qui induit certains besoins particuliers pour les femmes, notamment en ce qui a trait, comme le soulignait Clara Zetkin, à la maternité ainsi qu’à tous les phénomènes corporels qui y sont liés directement et indirectement. Ainsi, parmi l’ensemble des revendications prolétariennes, certaines sont propres aux femmes, ce dont le Parti doit tenir compte. Il le fera toutefois sans les placer en dehors du cadre général de la lutte des classes, contrairement aux militants petits-bourgeois qui voient dans le fait que ces revendications féminines ne sont pas satisfaites la preuve que le capitalisme serait sexiste (alors qu’il ne s’agit en réalité que de la confirmation que le capitalisme ne répond pas aux besoin du prolétariat en général). Sous le socialisme, alors que l’économie sera planifiée en fonction des besoins de l’ensemble des travailleurs, une attention spécifique devra être consacrée aux besoins particuliers des femmes. La distribution de certaines tâches sera également effectuée en tenant compte des capacités physiques différentes des individus de sexe masculin et féminin. Étant donné que le nouveau programme du PCR détaillera davantage la manière dont le pouvoir ouvrier organisera la société et améliorera la vie du peuple, il énumérera plusieurs mesures à mettre en place qui bénéficieront spécifiquement aux travailleuses. Le programme actuel le fait d’ailleurs déjà de manière sommaire en prévoyant la « protection physique et morale des femmes enceintes pendant toute la durée de la grossesse et la période qui suit l’accouchement » et le « droit à l’avortement et à la contraception libres et gratuits ».

Considérant ce qui vient d’être énoncé, le nouveau programme du PCR devra donc :

  • Affirmer clairement que la question de l’oppression des femmes est globalement résolue au Canada à notre époque;

  • Dénoncer le féminisme en tant que courant idéologique petit-bourgeois n’ayant plus aucun contenu démocratique et progressiste dans les pays où le mouvement historique des femmes a permis l’obtention de l’égalité juridique entre les sexes;

  • Prôner l’égalité totale entre les hommes et les femmes et préciser que le PCR s’oppose à toute forme de discrimination basée sur le sexe;

  • Prôner la solidarité internationaliste avec les luttes démocratiques des femmes dans les pays dominés;

  • Affirmer que la révolution socialiste balaiera tous les vestiges restants du patriarcat – aussi marginaux soient-ils – si la société bourgeoise ne l’a pas déjà fait;

  • Prôner l’abolition totale de la prostitution et affirmer que le pouvoir prolétarien se chargera d’éliminer cette activité dégradante et parasitaire;

  • Affirmer la nécessité de porter une attention particulière aux besoins spécifiques – liés à leur anatomie – des femmes du peuple et dénoncer le mouvement trans qui se base sur une négation anti-scientifique du sexe biologique;

  • Affirmer que la révolution socialiste permettra la collectivisation du travail domestique à travers l’établissement de cantines publiques, de garderies universelles, de buanderies, de logements collectifs, de services d’entretien domestique, etc., sans toutefois présenter ces mesures comme le levier de la lutte contre « l’oppression des femmes »; expliquer que ces mesures serviront surtout à améliorer le sort des prolétaires en général et affirmer qu’elles permettront d’avancer vers la dissolution de la famille « en tant qu’unité économique de la société » ainsi que vers le communisme intégral.

Emparons-nous des nouvelles bases politiques de notre mouvement!

 

En plus des positions incorrectes sur la question du mouvement ouvrier, sur la question nationale autochtone et sur la question des femmes, le programme actuel du PCR contient d’autres éléments ne reflétant plus adéquatement la ligne actuelle de l’organisation. Par exemple, l’évaluation que fait le programme actuel de l’état du mouvement communiste international n’est plus à jour. La position exprimée dans le programme sur le « problème écologique » est erronée. Les passages sur la « lutte de lignes » reflètent une ancienne conception ayant été rejetée par le Parti. Certains passages sur la propagande armée et sur la guerre populaire sont imprécis ou incomplets et ne sont plus en phase avec la progression politique qu’a connu le PCR sur ces questions.

Ainsi, le présent rapport ne constitue pas une énumération exhaustive et complète des insuffisances et des failles du programme actuel du PCR. Mais le rejet des principaux éléments périmés du programme a été exposé dans ses grandes lignes. Il s’agit maintenant d’assimiler les bases politiques du nouveau programme du PCR, de les développer et d’aller de l’avant vers l’élaboration du programme en tant que tel. C’est cette tâche cruciale qui incombe désormais aux militants et à la direction du Parti.

 

Armons-nous du matérialisme dialectique et continuons à progresser vers une clarté supérieure!
Continuons
la lutte pour appliquer le marxisme-léninisme-maoïsme au Canada!
Emparons-nous des bases politiques du nouveau programme du PCR!
Complétons la reconstruction du Parti pour avancer vers la guerre populair
e!